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L'agriculture biologique peut-elle nourrir l'humanité ?

 

Agriculture biologique et faim dans le monde

Du bio ou rien ! réclament les bio-addicts.

Ce pourrait être rien. Parce que l’agriculture bio n'a pas pris la précaution élémentaire de s'assurer qu'elle pourrait nourrir toute la planète. On sait pourtant les famines d'autrefois, lorsque tout le monde mangeait bio.

De nombreuses études indépendantes ont évalué les performances de l'agriculture biologique (Seufert et al., 2012 - De Ponti et al., 2012 - Guyomard H. (sous la direction de), 2013, Vers des agricultures à hautes performances. Volume 1. - Analyse des performances de l’agriculture biologique", Inra). Les résultats dépendent évidemment des différents cas étudiés.

agriculture biologique et traditionnelleA] Dans des régions pauvres d'agriculture traditionnelle, peu productives, manquant de technologie, d'engrais, de pesticides, quelques techniques expérimentées par l’agriculture bio peuvent améliorer les très faibles rendements locaux.

B] Mais les rendements du bio sont inférieurs à ceux de l'agriculture conventionnelle dans les pays développés, de 20 % et plus.

Ne citer que le résultat partiel A] serait évidemment une tromperie. Ça s'est déjà vu.

 

agriculture biologique, terres cultivablesLes succès obtenus dans les pays pauvres doivent être exploités au maximum, mais ils sont loin de compenser le déficit de rendement par rapport à l'agriculture conventionnelle productive. C'est-à-dire que globalement, l'agriculture bio nécessite plus de terre ; nourrir toute la planète en bio nécessiterait ainsi de nouvelles terres cultivables ; où les trouver ? La terre manque déjà, et manquera de plus en plus pour de multiples raisons :

 

Parce que la population mondiale continue de croître. Sept milliards aujourd’hui, neuf milliards bientôt.

Parce que le niveau de vie de la multitude des pauvres croît également. Ce qui se traduit par une demande encore plus importante, au-delà du seul accroissement numérique de la population.

Parce que nous avons mangé notre pain blanc – ou plutôt nos terres noires, les meilleures, les plus productives ; il faudra donc une plus grande surface de terres nouvelles pour produire la même quantité de nourriture.

Parce que la terre nourricière est grignotée par les routes, autoroutes, aéroports, résidences secondaires...

Parce que les "merveilleux" biocarburants transforment la terre nourricière en champ de pétrole.

 

La terre est de plus en plus rare, de plus en plus de pays en manquent et en recherchent pour nourrir leurs populations. La Chine, le Japon, la Corée du Sud, les Émirats arabes unis, etc. Alors ils en achètent ou en louent, en Afrique, en Amérique du Sud, etc. Ils disposent aujourd'hui de millions d’hectares "externes", 6 fois la surface agricole utile de la Belgique. Ces terres externes doivent servir à nourrir le plus de personnes possible, on imagine qu'elles ne seront pas cultivées en bio.

La terre manque déjà, et manquera de plus en plus :

« Répondre à la demande alimentaire mondiale croissante impliquera soit une agriculture intensifiée (en utilisant davantage de produits chimiques, d'énergie et d'eau et des cultures et des espèces plus efficaces) ou de cultiver plus de terres. » (Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) - rapport 2007 "Global Environment Outlook" (GEO-4))

deforestation"Cultiver plus de terres"... cela signifie : "abattre des forêts". C'est déjà commencé ! Dans la forêt amazonienne, en Afrique équatoriale, en Asie...
Le problème est en outre accentué par la croissance des routes, autoroutes, aéroports, résidences secondaires, etc, qui phagocyte la terre nourricière. Cinq pour cent des surfaces cultivées disparaissent ainsi tous les dix ans [0]. Il y a quelques siècles, les New-yorkais campaient dans leur tipi au bord de l'Hudson, et les Champs-Élysées furent tracés au milieu des champs et des bois. Maintenant les villes envahissent l'espace, et l'espace manque.

"S’ils n’ont pas de riz, qu’ils mangent du bio !"

Le défi alimentaire qui s’annonce pour les années à venir est gigantesque [1]. Surtout et d'abord pour les pays pauvres, déjà souvent au bord du déséquilibre alimentaire. Les pays développés connaissent au contraire la sécurité alimentaire, même l'excès, et le gaspillage qui est compagnon naturel de l'excès. Ils peuvent se permettre le luxe de cracher dans la soupe, c'est-à-dire sur les engrais et pesticides qui leur assurent une table bien garnie. Ce que les développés recherchent maintenant, ce ne sont pas des calories, ils en ont en abondance, ils recherchent du raffinement, dont le supposé raffinement du bio. Mais le rêve vert d'une France toute bio... serait un cauchemar ! Les Français aisés mangeraient encore à leur faim ; mais le pays produirait moins, exporterait moins, aggravant globalement les difficultés alimentaires dans le monde [4].

Le bio est un sport de riches ; le bio du riche mange le riz du pauvre.

Agriculture biologique – information et désinformation

La FAO ("Food and Agriculture Organization of the United Nations", ou "Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture") a organisé une conférence à Rome, en mai 2007, pour faire le point sur les possibilités de l'agriculture biologique. La conclusion de la FAO est parfaitement claire et lisible par tous sur son site :

« Il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui six milliards de personnes, et neuf milliards en 2050, sans une utilisation judicieuse d’engrais chimiques [2]. » (FAO, décembre 2007)

Alimentaire mon cher Watson ! L'agriculture bio ne peut nourrir la planète.

Pourtant, les militants propagent exactement l'information contraire ; par exemple le site Rue89 : « Selon la FAO, l'agriculture bio peut nourrir la planète. » ; ou encore Corinne Lepage et Jean-François Bouvet dans leur livre Sans nucléaire on s'éclairerait à la bougie et autres tartes à la crème du discours techno-scientifique (Seuil, 2010, page 29).

Comment est-il possible de diffuser une information dont tout le monde peut vérifier à tout instant qu'elle est fausse ? Est-ce le fait de personnes qui parlent de ce qu'elles ne connaissent pas, de militants qui ne reculent pas devant la désinformation, ou autre ?
Cette fausse information, s'appuie sur un tour de passe-passe : à l’occasion de la conférence de Rome, la FAO a publié le compte-rendu des débats des participants, ainsi que le texte de l'ensemble des contributions présentées. Ces publications exprimaient les opinions de leurs auteurs, mais ne traduisaient évidemment pas la position de la FAO. C'est pourtant ce que firent mine de croire les militants, qui ont collé l'étiquette "parole de FAO" à tous les documents présentés.
La FAO fut rapidement consciente de cette supercherie. Le président Jacques Diouf la dénonce explicitement sur le site de la FAO :

« En mai de cette année, la FAO a accueilli une Conférence internationale sur l’agriculture biologique. Selon l’un des documents présentés à cette occasion – mais il ne s’agissait pas d’un document de la FAO – l’agriculture biologique devrait pouvoir produire suffisamment d’aliments pour nourrir la population mondiale actuelle. Il n’empêche que, selon la FAO, […] le potentiel de l’agriculture biologique n’est pas suffisant, loin s’en faut, pour nourrir le monde. »

 

La position de la FAO s'appuie naturellement sur de nombreuses études indépendantes, de nombreux rapports indépendants, de nombreuses alertes sur l’urgence du problème alimentaire :

« La catastrophe la plus grave à laquelle l’humanité pourrait être confrontée au cours de ce siècle n’est pas le réchauffement de la planète, mais une conversion généralisée à l’agriculture biologique : selon les estimations, 2 milliards de personnes en mourraient [3]. »

 

« […] le défi consistant à alimenter une population croissante figure parmi les nombreux problèmes qui n'ont pas été résolus et qui mettent l'humanité en danger. […]
La sécurité alimentaire des deux tiers de la population mondiale dépend des engrais, en particulier de l'azote. […]
D'ici 2030, les pays en voie de développement auront probablement besoin de 120 millions d'hectares supplémentaires pour se nourrir. » (Rapport du PNUE, Programme des Nations Unies pour l'Environnement, Global Environment Outlook (GEO-4) – Octobre 2007)

 

« En vue de maintenir les niveaux actuels moyens de production agricole sans épuisement des éléments nutritifs des sols, l'Afrique aura besoin d'environ 11,7 millions de tonnes d'APK [Azote, Phosphore, Potassium] chaque année, environ trois fois plus que ce qu'elle utilise maintenant. » (IFPRI - International Food Policy Research Institute – L'Epuisement Des Elements Nutritifs Dans Les Terres Agricoles De L'Afrique)

agriculture biologique est une vache sacreeVous n'avez pas entendu parler de ces études et rapports ? C'est normal, les médias n'en disent rien. Parce que, attention, le bio aujourd'hui est aussi intouchable qu'une vache en Inde, ou l'Église au Moyen Âge ; ça ne se discute pas ! Ce serait comme ouvrir une boîte de corned-beef en Inde, ou défendre l'athéisme au Moyen Âge.

 

« Nous n’allons pas nourrir 6 milliards d’êtres humains avec des engrais biologiques. Si nous essayons de le faire, nous abattrons la majorité de nos forêts. » Norman Borlaug, agronome, Prix Nobel de la paix en 1970 pour sa participation à la révolution verte, lors d’une conférence en 2002)

 



[0] Quel est l'habitat le plus écologique ? La petite maison dans la prairie ? La yourte dans la steppe ? Le petit pavillon avec sa pelouse ? Non, tout cela nécessite beaucoup trop d'espace, et l'espace manque. Ce qui est écologique, ce sont les tours, hautes, qui concentrent, sauvent la terre et économisent les déplacements.
[1] Voir ce document de la FAO : Une voie étroite pour la sécurité alimentaire d'ici à 2050... - ici
[2] Déclaration de Jacques Diouf directeur de la FAO, le 10 décembre 2007 - ici (page vue en décembre 2012)
[3] John Emsley de la Cambridge University. Cité dans l’avis d’annonce de la conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire, organisée à Rome par la FAO, mai 2007. ici
[4] Les nobles de l'ancien régime ne savaient même pas, ou feignaient d'ignorer, que les paysans avaient faim.
Les pays développés ne savent même pas, ou feignent d'ignorer, qu'une partie de la planète a faim.

L'écologie, oui ;
le dogmatisme écologique, non.


Par Pierre Yves Morvan-Ameslon
Écolo sensible, mais pas écolo-rêveur.


Les pages de ce site s'inspirent du livre :
Écologie et environnement - Mythes et réalité

 

écologie, environnement, mythes et réalité

Le livre est disponible en version numérique :

- Format Kindle : Écologie et environnement - Mythes et réalité

- Format E-pub : ici

Les fichiers numériques peuvent être lus sur PC, iPhone, iPad... via des applications Amazon ou Google télécheargeables gratuitement.
Ils peuvent également être lu sur des liseuses de livres électroniques (ebooks).
Le livre "Transition énergétique et changement climatique" (format Kindle seulement), est un sous-ensemble du livre complet, "Écologie, environnement... Mythes et réalité".


Du même auteur :

Dieu est-il un gaucher qui joue aux dés ?
Histoire drôle, mais vraie, de la découverte de l’univers, et des environs

Éditions l’Harmattan.
ISBN : 2-7475-2507-4 • 2002 • 512 pages
Découverte de l'univers... et des environs


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Présentation rapide

Nous sommes maintenant conscients, presque tous, de l'urgence écologique, convaincus qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique, l'ennemi public No1. Mais nous n'avons pas encore tous pris conscience qu'il est nécessaire de lutter par tous les moyens.

La combinaison du nombre des Terriens et de leur prospérité constitue un mélange explosif, et la mèche est allumée. Quelques bons sauvages cueillant une poignée de baies dans la forêt, c'est fini. Une poignée de baies, ça va, sept milliards de poignées de baies, bonjour les dégâts ! Le monde change, il ne peut plus être du même Vert d'avant, avec seulement les rayons du soleil pour nous réchauffer, les petits oiseaux pour nous enchanter, des baies bio pour nous régaler. La petite maison dans la prairie c'est le passé à jamais, il faut s'adapter.

S'adapter, c'est ne pas gaspiller les baies, économiser l'énergie, mais cela ne suffit pas ! Il faut aussi produire plus de baies et plus d'énergie, pour répondre aux énormes besoins des énormes foules des énormes pays pauvres et émergents... Un énorme défi ! qui nécessite précaution, respect de l'environnement, mais aussi réalisme, sans frilosité passéiste, sans dogmatisme ; nous ne pouvons nous permettre le luxe de rejeter dogmatiquement pesticides et engrais de synthèse, OGM, énergie nucléaire, etc. Le danger n'est pas dans les techniques nouvelles, il est au contraire dans le climat anti-science et les peurs irrationnelles des nouveautés – qui justement permettent de s'adapter à un monde de plus en plus nouveau ; le danger est de se recroqueviller et se réfugier dans la recherche d'un mythique bon vieux temps. "C'était mieux avant". Le mythique bon vieux temps était celui des disettes des famines et des épidémies ; le vrai bon vieux temps, c'est aujourd'hui.

L'écologie, oui ;
le dogmatisme écologique, non.




 

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Mission d'animation des agrobiosciences

 

 

 

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Mise à jour : 22 juin 2017

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