La nature n’est pas une sainte-nitouche. Elle est corne d’abondance parfois, catastrophes naturelles parfois.
L’homme n’est pas un saint.
Le bon sauvage d’autrefois était un prédateur sans limite.
Mais l’homme nouveau est ce héros qui tente de préserver la nature et en corrige les imperfections.
Nous rêvons aujourd’hui du « bon » vieux temps d’il y a cent ans… Mais de quoi rêvaient donc nos aïeux d’il y a cent ans ? La réponse étonnante est qu’ils rêvaient… du bon vieux temps d’il y a cent ans – cent ans avant eux… Et ainsi de suite. La recherche du temps perdu est perdue d’avance ; aussi loin que l’on remonte dans le passé, on retrouve le mythe du bon vieux temps d’avant. Il y a cinq mille ans, on rêvait déjà du bon vieux temps.
Version sumérienne du bon vieux temps :
« [en ce temps-là] Le lion ne tue pas, / Le loup ne s’empare pas de l’agneau, / Inconnu est le chien sauvage dévoreur de chevreaux… / Celui qui a mal aux yeux ne dit pas « j’ai mal aux yeux » ; / Celui qui a mal à la tête ne dit pas « j’ai mal à la tête » ; /La vieille femme ne dit pas : « je suis une vieille femme »… » (Retrouvé sur ces tablettes d’argile exhumées du côté du Tigre et de l’Euphrate, recouvertes de cette étonnante écriture cunéiforme – pattes de mouche ou art abstrait – 3 000 AV J.C.)
Version grecque :
« [Les hommes] vivaient comme des dieux, le cœur libre de soucis, à l’écart et à l’abri des peines et des misères : la vieillesse misérable sur eux ne pesait pas ; mais, bras et jarret toujours jeunes, ils s’égayaient dans les festins, loin de tous les maux. […] Tous les biens étaient à eux : le sol fécond produisait de lui-même une abondante et généreuse récolte, et eux, dans la joie et la paix, vivaient de leurs champs, au milieu de biens sans nombre. »
Version Biblique :
« Puis l’Éternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait formé. L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger… »
Hélas, les portes du jardin en Éden sont maintenant fermées – et nous sommes du mauvais côté de la porte, exposés aux ouragans, sécheresses, inondations, tremblements de terre, tsunamis, volcans, et aussi à la famine, la maladie, la douleur, et l’innommable naufrage de la vieillesse… Qui fut responsable de ce désastre ? Depuis des millénaires les plus fins limiers se penchent sur ces événements pour démasquer les coupables.
Deux suspects sont en examen : l’homme et la nature.
La nature n’est pas une sainte-nitouche.
Docteur Jekyll et mister Hyde
L’enquête a montré que la nature est généreuse – parfois.
Mais qu’elle est aussi désastres et catastrophes – parfois.
Elle est docteur Jekyll, et en même temps mister Hyde.
Elle est amie quand elle est corne d’abondance et sacre du printemps. Mais elle est aussi récoltes ravagées, famines et maladies, tempêtes et ouragans, et le général hiver.
Il est naturel de respecter nature-Jekyll, mais naturel aussi de se défendre de nature-Hyde. Pourtant, il existe des chapelles qui ne veulent voir dans la nature que l’âme du bon docteur Jekyll. Le mantra de ces animistes adorateurs de la nature est « Vivre selon la nature », « Suivre l’exemple de la nature », « Respecter la nature », etc.
Mais jusqu’où respecter la nature ? Respecter même les ravageurs des cultures ? Et pourquoi pas avec révérences et ronds de jambe, genre « Après vous Monsieur le Ravageur, je vous en prie, servez-vous le premier… »
L’homme n’est pas un saint
Dès les débuts de l’enquête, les hommes ont été soupçonnés. Les vieux rapports d’enquête racontent comment les choses se seraient passées.
Au début il y avait le bon vieux temps. Séquence paradis terrestre, brise tropicale, fleurs multicolores, papillons et libellules…
Mais les hommes en ont voulu plus, ils ont manigancé pour se procurer quelque avantage supplémentaire. Selon des témoins dignes de foi ils auraient volé le feu (version grecque), ou une pomme (version biblique). Séquence chapardage.
Les voleurs sont pris la main dans le sac et expulsés. Séquence eau et pain sec.
Ces vieux rapports ont été recyclés, adaptés, à peine relookés, pour raconter nos tribulations aujourd’hui :
Il y avait le bon vieux temps. Comprenons : la nature vierge, les fleurs, les papillons… et des laboureurs sifflotant allègrement derrière la charrue tirée par « deux beaux bœufs blancs marqués de roux ».
Mais les hommes en ont voulu plus, ils ont croqué la pomme. Comprenons : ils violentent la terre, ils l’ont asservie, exploitée, pressurée, ils ont utilisé engrais et pesticides.
La planète se venge en se détraquant. Comprenons : tout est pollué, tout va mal, il n’y a plus d’oiseaux pour chanter le lever du soleil.
On accuse les hommes modernes d’utiliser les moyens que la technique leur donne pour exploiter la terre à outrance, sciant la branche nature sur laquelle ils sont assis. Alors que les hommes d’autrefois auraient été des exemples de frugalité et de respect de la nature. On imagine que le brave homme de Cro-Magnon se contentait de ce que la nature offrait ; une grotte, une peau de bête, quelques baies…
Mais Cro-Magnon lui-même s’est laissé aller à la fâcheuse tendance à rechercher un peu plus de confort, un peu moins de précarité – que le premier à n’avoir jamais succombé lance la première pierre. Cro-Magnon a voulu un peu plus et un peu mieux, c’est ainsi que le drame a commencé ; les hommes ont inventé l’agriculture, la maison et le chauffage central, le village et la ville, les machines et le commerce…
La sagesse des anciens ?
En réalité, la sagesse supposée des premiers hommes d’autrefois n’était rien d’autre que leur petit nombre et leurs médiocres moyens techniques. Lorsque les hommes étaient rares sur une terre immense, ils puisaient sans retenue et sans vergogne dans la nature, et ne se préoccupaient pas des déchets de leur petit campement, qu’ils laissaient à l’abandon, aux bons soins des vautours, des hyènes, et autres éboueurs naturels. Ils n’avaient pas l’idée d’épargner les forêts qu’ils brûlaient pour faire place aux cultures ; ni l’idée d’épargner la faune [1], ni même l’idée d’épargner les tribus concurrentes. Il est vrai que les pêcheurs de morue du siècle dernier n’ont pas épuisé les réserves de l’océan ; mais, était-ce là l’effet d’une conscience écologique précoce… ou la simple mesure de leur impuissance ? Ils n’avaient pas de sonar, pas de chalut, pas de moteurs. Ils partaient sur des bateaux à voiles (la dernière campagne d’un morutier à voiles eut lieu en 1948), ils pêchaient à la ligne dans leurs minuscules doris… ils étaient tout simplement incapables de pêcher davantage.
En revanche, lorsque leur technique permettait à nos pères d’aller jusqu’au bout des choses, ils l’ont fait sans retenue. Ils ont toujours considéré qu’ils étaient les meilleurs et les plus beaux, que même la nature devait subir leur loi.
Ils ont commencé très fort, en exterminant les mammouths ;
… et les néandertaliens de surcroît.
Puis les Romains ont anéanti des populations entières d’animaux sauvages d’Afrique et d’Orient, parce qu’il leur fallait du pain et du cirque (500 lions exterminés lors de l’inauguration du théâtre de Pompée à Rome).
Puis, avec Buffalo Bill, ils ont exterminé les bisons ;
… et les Indiens de surcroît.
Les anciens ont aussi quasi exterminé les loutres de mer, les phoques, les bébés phoques, les éléphants de mer, les éléphants de terre, les bêtes à fourrure [2]… et les autres peuples et tribus aussi. On sait ce qui s’est passé après la découverte du Nouveau Monde, l’anéantissement de peuples et de cultures ; on est moins conscient que la guerre fut toujours « l’état de nature », même là où on ne s’y attendrait pas :
« [les Tahitiens] sont presque toujours en guerre avec les habitants des îles voisines. […] La guerre se fait chez eux d’une manière cruelle. Suivant ce que nous a appris Aotourou, ils tuent les hommes et les enfants mâles pris dans les combats [3]; ils leur lèvent la peau du menton avec la barbe, qu’ils portent comme un trophée de victoire ; ils conservent seulement les femmes et les filles, que les vainqueurs ne dédaignent pas d’admettre dans leur lit. » (Bougainville [4], l’un des premiers à visiter la Polynésie nouvellement découverte, à propos des Tahitiens)
(On appréciera le style délicat et raffiné du XVIIIe siècle : « que les vainqueurs ne dédaignent pas d’admettre dans leur lit »… Qu’en termes galants ces choses-là sont dites… )
Nos ancêtres n’ont pas vraiment fait preuve de sagesse, nulle part, pas seulement en Occident où ils avaient la prétendue excuse qu’en haut lieu, en très haut lieu, on leur avait donné carte blanche :
« Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la, soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre… » (Genèse 1:28).
Les Amérindiens avaient un autre rapport avec la nature :
« Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge. […]
Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. […]
Quel intérêt y-a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? […]
Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. » (discours du chef indien Seattle en pourparler avec le gouvernement des États-Unis d’Amérique)
C’est très émouvant.
Mais cette poésie n’empêchait pas que la noble occupation des fiers guerriers emplumés était de faire la guerre aux tribus voisines.
L’homme n’est pas un saint, ne le fut jamais, ne le deviendra pas d’ici longtemps, c’est entendu ; il a une trop lourde hérédité. Dans un groupe de lions, le mâle se sert le premier, laissant aux femelles et aux lionceaux ce qu’il ne peut plus avaler. Il en reste sans doute quelques séquences d’ADN dans les gènes des hommes d’aujourd’hui qui ont encore parfois ces comportements ; mais ils se soignent, ils affichent maintenant « Les femmes et les enfants d’abord ». Lorsque le Titanic coulait, on n’en était encore qu’à « Les riches et les nantis d’abord ».
Les hommes anciens ont exterminé les mammouths, les néandertaliens, les bisons, les Indiens, etc. Ces vices existent encore aujourd’hui ici ou là, il n’est pas question de les excuser sous prétexte qu’ils sont des vices de toujours, mais on ne peut que constater que les choses évoluent, en mieux. On ne va plus au cirque pour faire applaudir la mort de gladiateurs ou de lions ; et plus personne, ou presque, ne rêve de devenir un Buffalo Bill, massacreur de buffles à la Winchester.
Maintenant au contraire, on protège la vie sauvage, on ne va pas chasser les bisons ou les baleines on va les photographier, et de braves petits jeunes gens s’étaient mobilisés jour et nuit, prêts à se battre pour sauver, disaient-ils, le petit campagnol amphibie de Notre-Dame-des-Landes et son territoire.
Le bon sauvage d’autrefois était un prédateur sans limite.
L’homme nouveau est ce héros qui tente de préserver la nature.
Ces affirmations surprennent, nous avons l’impression qu’au contraire l’homme moderne détruit de plus en plus la nature. Cette impression vient de ce que nous ne tenons pas compte du facteur population.
Dans le bon vieux temps les hommes étaient insouciants de la nature, ils laissaient leurs déchets à l’abandon, ils chassaient sans retenue ; ils pouvaient faire des dégâts considérables localement – ils le firent, on vient d’en parler – mais ils n’étaient pas assez nombreux pour que cela ait des conséquences planétaires. (Voir par exemple : Sapiens, par Yuval Noah Harari – Albin Michel : « Les chasseurs-cueilleurs furent des « serial killers » écologique »)
Aujourd’hui les sensibilités ont évolué, on préserve, ce qu’il est encore possible de préserver. Mais cela n’empêche pas que la foule des hommes est si dense maintenant que même si chacun est plus attentif à l’environnement, l’impact global sur l’ensemble de la planète est bien plus considérable que tout ce que pouvaient faire nos ancêtres si peu nombreux.
L’homme ce héros qui rend la nature aimable
En haut lieu, en très haut lieu, on avait donné mission aux hommes de « dominer la terre ». Facile à dire… mais en ce temps-là, ce sont les hommes qui étaient dominés par la terre. Transis, menacés, affamés, ils devaient se défendre d’une nature hostile pour survivre. Il y a deux mille ans Lucrèce dénonçait combien il fallait d’efforts pour espérer quelques grains de la terre :
« Ce qui reste de champs, la nature le couvrirait
de broussailles si l’homme à sa force ne résistait
et pour vivre ne gémissait sur la lourde charrue
à labourer la terre, à peser toujours sur le soc. » (Lucrèce – 98 / 55 AV J.C. – De Rerum Natura.)
Les hommes ont persévéré. Ils ont réussi.
On loue la nature pour les belles pelouses, les cultures prospères… en oubliant combien tout cela résulte, aussi, du travail des hommes. L’Égypte serait un « Don du Nil » ? En effet il fallait le Nil ; mais il fallait aussi la sueur des millions de fellahs qui l’ont mis en valeur au cours des millénaires. C’est l’homme qui transforme une terre sauvage en champs de blé. Laissons un lopin de terre à l’abandon, aux bons soins de mère nature, que naîtra-t-il ? Un jardin ? Un champ de blé ou un verger plein de fruits et de fleurs ? Non ; il viendra des épines et des chardons.
Nous ne connaissons plus que la nature bien peignée qui sort de chez le coiffeur – c’est-à-dire entretenue par le jardinier ou l’agriculteur – bien débroussaillée, bien épouillée de ses parasites. Mais cette nature maquillée, fardée, ces jardins, cette pelouse parfaite, ce petit sentier qui serpente entre les bosquets, ces champs colorés de cultures variées, ces forêts entretenues, avec petits chemins et aires pour pique-nique, cela ce n’est pas la « vraie » nature. Nous avons gommé partout la nature primitive et sauvage, et oublié qu’elle était enchevêtrement de ronces et de branches pourrissantes, boue et eau croupie, insectes répugnants et bêtes visqueuses.
La nature n’existe plus ! Un champ de blé est artificiel – même bio.
Ce sont les hommes qui rendent la nature aimable. Il faut chanter les louanges de l’homme, ce héros :
« [L’homme] embellit la Nature même, il la cultive, l’étend et la polit, en élague le chardon et la ronce, y multiplie le raisin et la rose. Voyez ces plages désertes, ces tristes contrées où l’homme n’a jamais résidé, couvertes ou plutôt hérissées de bois épais et noirs dans toutes les parties : des arbres sans écorce et sans cime, courbés, rompus, tombant de vétusté ; d’autres, en plus grand nombre, gisant auprès des premiers, pour pourrir sur des monceaux déjà pourris, étouffent, ensevelissent les germes prêts à éclore. […] La Nature brute est hideuse et mourante ; c’est moi, moi seul qui peux la rendre agréable et vivante : desséchons ces marais, animons ces eaux mortes […] mettons le feu à ces vieilles forêts […] une Nature nouvelle va sortir de nos mains. » (Buffon – De la nature)
« Quant aux premiers nés parmi les humains, installés, à ce que l’on dit, dans une vie désordonnée et sauvage ils se rendaient en ordre dispersé dans les herbages et mangeaient ce qui convenait le mieux parmi les herbes et les fruits qui poussaient spontanément sur les arbres. […]. Comme rien de ce qui était utile à la vie n’avait été découvert, les premiers hommes menaient par conséquent une vie pénible, privés de vêtements, ne connaissant ni l’habitation ni le feu, étant totalement ignorants de la nourriture cultivée. Ignorant la récolte de la nourriture sauvage, ils ne se faisaient aucune provision des fruits en cas de besoin ; c’est pourquoi beaucoup d’entre eux périssaient en hiver à cause du froid et de la rareté de la nourriture. […]. Le feu ayant été connu, ainsi que les autres choses utiles, peu à peu les techniques furent découvertes, ainsi que les autres choses aptes à porter aide à la vie en commun. » (Diodore de Sicile, 90 – 30 AV J.C.)
La machine à laver de Nausicaa
Diodore de Sicile louait déjà les inventions qui aident les hommes, l’agriculture, le feu, et autres techniques. Nous devrions être comblés aujourd’hui, alors que nous sommes enfin convenablement nourris, que nous sommes assistés d’une armée d’esclaves mécaniques, aspirateurs, machines à laver le linge… Nous avons oublié que dans le bon vieux temps, la belle Nausicaa, bien que fille de roi, allait laver le linge de famille à la rivière. Décrit par Homère, cela donne un tableau charmant et bucolique. « L’aurore au trône éclatant » avait réveillé Nausicaa. Elle avait mis son linge souillé sur une « charrette aux belles roues » tirée par des mules, elle avait pris « dans un panier toutes sortes de choses bonnes à manger, ainsi qu’une outre en peau de chèvre remplie de vin » ; aidée de ses « servantes à la belle chevelure », elles « avaient enlevé le linge de la charrette à pleins bras, l’avaient porté dans l’eau sombre des bassins, où elles l’avaient foulé, rivalisant entre elles d’activité. »
Quelle charmante scène ! Nous pourrions même être tentés de basculer par la fenêtre notre machine à laver, qui nous prive de ces délicieuses joies simples de la lessive à la rivière. Mais avant de passer à l’acte, réfléchissons bien. Où garer les mules entre deux lessives ? Le bord de la rivière dans une île grecque à la belle saison, est-ce vraiment la même chose que le bord d’une rivière d’un pays du Nord, quand le ciel pleure de froid ? Pierre-Jakez Hélias raconte la vie des femmes du pays bigouden, en Bretagne, au début du XXe siècle, le « retour du lavoir ou des champs, écrasée d’un fardeau de linge, d’herbe ou de choux, crottée jusqu’aux reins, refroidie jusqu’aux moelles et les hardes si trempées qu’elles ont doublé de poids. » (Le cheval d’orgueil – pierre jacquez – Plon).
Il y a loin du rêve ensoleillé d’un poète grec à la réalité bretonne ! On a chanté que « la misère serait moins pénible au soleil ». Il faudrait demander l’avis de ceux qui risquent leur vie en affrontant la Méditerranée vers l’Europe promise, dans l’espoir d’échapper à la misère, même ensoleillée.
C’est ainsi que l’histoire de l’humanité et de ses relations avec la nature peut être racontée selon deux versions totalement opposées.
Les uns voient l’histoire d’une nature généreuse, autrefois enchantée mais maintenant dégradée par la cupidité des hommes, où il ne reste que les décombres d’un ancien paradis terrestre. Ceux-là seront évidemment tentés de se tourner vers le passé, de s’accrocher en soupirant aux quelques vestiges encore debout du paradis perdu, de rejeter toutes les inventions des hommes, toute nouvelle évolution, qui ne pourrait qu’entraîner de nouvelles déchéances.
Les autres racontent au contraire l’histoire des efforts et des réussites des hommes pour acquérir les techniques nécessaires pour se protéger des rigueurs d’une nature adverse, défectueuse, dangereuse ; se protéger du froid, des maladies, de la famine… Ils n’hésiteront pas alors à continuer le chantier, pour corriger les imperfections de la nature, l’embellir même, et améliorer le sort des hommes. Ceux-là se tourneront naturellement vers l’avenir, vers le monde de demain qu’il faut édifier jour après jour.
Le bon temps est-il enseveli à jamais sous les décombres du paradis perdu, ou est-il devant-nous, encore à construire ?
[1] Internet permet de remonter le temps et de revoir cet homme ancien (en réalité très peu ancien), en pleine activité. On trouve sur Internet ces photos jaunies, montrant d’ »intrépides » chasseurs posant fièrement devant le tigre royal qu’ils viennent d’abattre : India Prince Philip & Queen Hunting Tiger ou Tiger hunt etc.
[2] « ?Les aristocrates, les membres du haut clergé, les princes, les rois ou les riches marchands achètent de l’écureuil [le vair], de l’hermine, du renard, de la belette blanche, de la loutre, du castor, et font venir des forêt plus froides de l’Europe centrale des zibelines. Pour une houppelande, il faut jusqu’à 2 250 peaux d’écureuil ou 500 peaux de zibeline. Quand les princes ou les rois habillent leur « maison » [leurs familiers], ils peuvent acheter, à l’instar du roi de France, sur six mois en 1322… un million de peaux fines. ?» (Le Moyen Äge – Madeleine Michaud – Eyrolles)
On peut saluer le chauffage central et les vêtements « polaires » en fibre polyester, qui permettent de se passer de fourrures.
[3] Mémoire de ces anciens temps, Teahupoo qui est aujourd’hui un haut lieu du surf mondial. Il n’est pas certain que les surfers sachent que Teahupoo signifie « mur de crâne » ?: les crânes des ennemis tués lors des batailles étaient utilisés pour construire des murs délimitant leur territoire.
[4] Qui a donné son nom au bougainvillier.