écologie, dogmes, agriculture bio, OGM, nucléaire

 

 


Il n’y a plus assez de terre

 

Le réchauffement climatique serait "l'affaire du siècle".

On n'en a pas encore pris conscience, mais la sécurité alimentaire aussi est une "affaire du siècle".

Parce que la population augmente... il faut donc produire plus de nourriture.

Mais la terre agricole disparaît, mangée par l'artificialisation des sols, par l'asphalte et le béton.

Il faut produire plus... mais avec moins de terre !

Il faut donc, plaise ou non, inventer des agricultures plus performantes, augmenter les rendements...

Sinon il faudra déforester.
... C'est déjà commencé.

 

 

La terre agricole disparaît

agriculture biologique, terres cultivables dans le monde, population mondiale

Source : D'après données Banque Mondiale

L’augmentation de la population entraîne nécessairement l'artificialisation des sols par la croissance des villes, banlieues, routes, etc.

► Chacun de nous dispose de moins en moins de terre pour se nourrir.

Conséquence :

« Si l’on veut parvenir à la sécurité alimentaire et à une production durable il est essentiel d’accroître la productivité des terres et de l’eau. » (L’ÉTAT DES RESSOURCES EN TERRES ET EN EAU POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE DANS LE MONDE – FAO - 2021)

Il faut produire plus avec moins de terre.
... Ou alors, gagner des terres sur la forêt.

 

Autrefois aussi il fallait produire plus pour nourrir une population en croissance, pour combattre famines et disettes qui étaient toujours en embuscade. La solution n'était pas alors "d'accroître la productivité", on ne savait pas faire ; mais on savait tailler la forêt. Les Gaulois l'on fait, à la sueur du front, à la hache.

La déforestation a continué pendant des siècles... jusqu'a ce qu'il n'y ait plus de forêt à défricher en Gaule [0] ! La déforestation ne s'est pas arrêtée pour autant ; maintenant on exporte la déforestation, on va déforester l'Amazonie.

On sait aussi, maintenant, augmenter des rendements ; c'est ce qui pourrait sauver ce qui reste de forêt. Une première avancée décisive a eu lieu au début du XXe siècle, lorsque Fritz Haber parvint à mettre au point la synthèse de l'ammoniac, permettant la fabrication massive d'engrais azotés en suffisance [1]. Il en est résulté plus de nourriture, moins de disettes.

La révolution verte
Le vrai miracle de la multiplication des pains

Mais la population continuait à augmenter, il fallait encore plus de nourriture, il fallait encore inventer ; on a inventé la "révolution verte" (années 60).

Les moteurs de la révolution verte furent de nouvelles variétés plus productives, des pesticides, et une mécanisation accrue du travail des agriculteurs. Il en est résulté une envolée extraordinaire des rendements, qui ont doublé, triplé, quadruplé...

On ne souligne pas assez l'extraordinaire réussite de cette révolution verte qui a permis de

- mieux nourrir,

- une population plus nombreuse,

- sans pour cela recourir à une déforestation massive pour gagner de nouvelles terres à cultiver.

Cela a l’apparence d’un conte de fées, la couleur d’un conte de fées, la saveur d’un conte de fées ; mais ce n’est pas un conte de fées. Les fées, tout le monde le sait, ça n'existe pas.

De la magie ? Non, la magie, tout le monde le sait, ça n’existe pas.

Un miracle ? Oui ! Les miracles, tout le monde le sait, ça existe. Donner à un malade un nouveau cœur, un nouveau rein, ce sont de vrais miracles. La révolution verte fut le vrai miracle de la multiplication des pains, à une échelle planétaire, rien à voir avec ce vieux récit du dépannage de quelques pèlerins imprévoyants qui avaient oublié le panier du pique-nique avec les sandwiches et le sel.

Aucun dieu d'hier ou d'aujourd'hui n'avait pu vaincre la famine.

Les hommes l'ont fait.

Combien faudrait-il de planètes Terre
pour nourrir sept milliards de Terriens
avec les rendements d'avant la révolution verte ?

Touche pas à ma Nature !

Les pays développés sont maintenant rassasiés et repus ; tout le monde devrait être content. Mais non. Des écologistes souffrants de frilosité passéiste pleurent que c'était mieux avant. Ils ont oublié qu'avant, c'était disette et famines. Ils sont montés au créneau, en criant "Touche pas à ma Nature !" et ont déclaré la guerre à toutes ces innovations, à toutes ces "diableries chimiques", engrais et pesticides. Ils voudraient remonter le temps, revenir en arrière, avant la révolution verte, au temps du charmant petit champ familial, avec des variétés du bon vieux temps, cultivées comme dans le bon vieux temps, avec sarclette et serfouette. Comme faisaient nos grands-pères. Fi ! de la technique ! C’est le vieux bon sens paysan qui est la vraie solution pour nourrir les hommes !

... Mais le fameux bon sens paysan n'a jamais vaincu les disettes et les faminesV; les techniques l'ont fait.

Le miracle de la malbouffe !

Nous avons appris à faire fructifier la terre pingre, en l’engraissant, en domptant les fleuves, en canalisant l’eau, en protégeant les bourgeons de l’appétit vorace des parasites. Les famines, c’est le passé ; voyez maintenant les interminables rayons des supermarchés, croulants de victuailles… Tout le monde devrait être content.

… Pourtant, quelques fins becs font la fine bouche : "mais c'est de la malbouffe !" – expression popularisée par José Bové. L'agriculture conventionnelle produit en abondance une nourriture saine, contrôlée, de bonne qualité sans toutefois être une nourriture de luxe ; mais il est vrai qu'elle produit aussi, à bas coût, une nourriture, toujours saine et contrôlée, mais sans goût. Les fins gourmets froncent le nez et font leur délicat devant certaines tomates insipides d'aujourd'hui. Ils rêvent de variétés anciennes, cultivées comme au bon vieux temps.

Ce qu'ils oublient, c’est que si nous pouvons manger des tomates aujourd’hui en Europe, des bonnes et des moins bonnes (il y en a de vraiment moins bonnes), c’est parce que nos ancêtres n'étaient pas paralysés par la peur de la nouveauté, ils n'avaient pas le regard braqué sur un mythique bon vieux temps, au contraire, ils ne craignaient pas d'aller de l'avant, d'explorer, de découvrir. C'est ainsi qu'ils ont découvert le Nouveau Monde et en ont rapporté... la tomate. Il n’y avait aucune tomate malbouffe en Europe autrefois... il n'y avait même aucune tomate ; il a fallu l'audace d'aller les chercher dans le nouveau monde.

Les Européens ont apporté dans le Nouveau Monde, vigne, blé, oliviers, chevaux, etc. ; et la petite vérole.

Ils en ont ramené en retour, coca, tabac, quinoa, maïs, pommes de terre, etc. ; et la tomate.

La tomate est une immigrée, et les Napolitains applaudissent ; que serait une pizza sans tomate ?

On peut accorder que dans les rayons des supermarchés on trouve surtout des poulets, de simples poulets, rien à voir avec les délicieux chapons dont se régalaient les châtelains aisés autrefois. Mais cela n'empêche pas que des régions du Sud rêvent d'avoir autant de ces poulets, autant de cette malbouffe. Par exemple ces populations dont l'alimentation est à base de riz presque exclusivement, un régime qui a de terribles conséquences : chaque année 300 000 enfants deviennent aveugles par manque de vitamine A, la moitié d'entre eux meurent. C'est pour ces populations que le riz doré OGM a été conçu (Voir Le mythe du naturel).

Quelle est la priorité : assurer son pain quotidien à tous, ou défendre le chapon des riches des pays riches ?

C'est quand il y aura enfin assez de bouffe pour tous que l'on pourra se permettre le luxe de mépriser la bouffe du peuple, de la traiter de malbouffe.

Que les fins gourmets qui tordent le nez devant la supposée malbouffe se rassurent : il y a encore quelques épiceries fines avec chapons pour leurs papilles délicates. Mais la grande et bonne nouvelle est qu’aujourd’hui il y a aussi des épiceries pour tous, pour le peuple, avec des produits en suffisance, contrôlés, sains.

Au début il y avait la non-bouffe, la famine.

Il y a maintenant la bouffe pour tous.

Vive le miracle de la malbouffe !

La "déforestation exportée"

Mais maintenant nous avons exploité "jusqu'à l'os" les possibilités des techniques de la révolution verte. Les rendements ont tendance à plafonner, il faut trouver autre chose pour nourrir une population qui continue à augmenter.

Alors on continue les vieilles habitudes millénaires : on taille dans la forêt. Pas en Gaule, c'est déjà fait. Maintenant on va déforester au loin, en Amazonie. C’est une "déforestation exportée".

C'est pourquoi les forêts primaires, l'Amazonie et autres, disparaissent à grande vitesse.

Il n’y a plus assez de terre ici.
Alors on déforeste ailleurs.

Nous n'avons pas pris conscience que la terre manque, parce nous n'en subissons pas de conséquences directes ; nous mangeons encore à notre faim, sans restriction ; nous voyons les étals des magasins qui débordent de victuailles... tout va bien...

… Mais nous ne voyons pas, au loin, la forêt dévastée qui est rackettée pour assurer cette abondance.

La terre manque.

C'est pourquoi on taille dans la forêt.

Pourquoi se fatiguerait-on à couper les arbres, à désoucher, s'il y avait assez de terre déjà prête à l'emploi ?

Les chercheurs l'annonçaient. Mais il a fallu des dizaines d'années pour enfin prendre vraiment conscience du défi du changement climatique, "l'affaire du siècle.
Combien d'années faudra-t-il pour que nous prenions conscience du défi alimentaire, l'autre "affaire du siècle" ?

 

 

[0] Tout au moins, on s'efforce de préserver un peu de forêt.

[1] Chaque récolte se traduit par un prélèvement, une exportation hors du champ, de ce que la plante avait puisé dans le sol ; de l'azote par exemple. Si ces prélèvements ne sont pas compensés par des apports d'engrais azotés le sol s'appauvrit. On reviendra sur cette dépendance de l’agriculture aux engrais.

 

 
 
facebook

 

Mise à jour : 15 mai 2022