Énergie, climat, alimentation. Adaptation des espèces.

 

 


Il n’y a plus assez de terre

 

Nous avons pris conscience du réchauffement climatique ; ce serait "l'affaire du siècle".

Mais la sécurité alimentaire aussi est une "affaire du siècle", même si nous n'en sommes pas encore conscients.

La population augmente... il faut donc produire plus de nourriture.
Mais la terre agricole disparaît, mangée par l'artificialisation des sols, par l'asphalte et le béton.

Il faut produire plus... mais avec moins de terre !

Il faut donc inventer des agricultures plus performantes, développer de nouvelles variétés, augmenter les rendements...

Sinon il faudra déforester.
... C'est déjà commencé.

 

 

La terre agricole disparaît

L'augmentation de la population entraîne nécessairement l'artificialisation des sols par la croissance des villes, banlieues, routes, etc. Avec ce résultat :

 

agriculture biologique, terres cultivables dans le monde, population mondiale

Source : D'après données Banque Mondiale

 

► Chacun de nous dispose de moins en moins de terre pour se nourrir.

C'est inquiétant parce que nous sommes déjà à la limite de la suffisance alimentaire. Il suffit d'un accroc, climatique, économique, politique, pour que les prix alimentaires s'envolent, pour que des foules manifestent. Ce fut le cas lors de la crise alimentaire mondiale de 2007-2008.

Il faut réagir :

« Si l’on veut parvenir à la sécurité alimentaire et à une production durable il est essentiel d’accroître la productivité des terres et de l’eau. » (L’ÉTAT DES RESSOURCES EN TERRES ET EN EAU POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE DANS LE MONDE – FAO - 2021)

Il faut produire plus avec moins de terre.
... Ou alors, gagner des terres sur la forêt.

 

La déforestation exportée

Autrefois aussi il fallait produire plus pour nourrir une population en croissance. La solution n'était pas alors "d'accroître la productivité", on ne savait pas faire. Mais on savait tailler la forêt ; les Gaulois l'on fait, à la sueur du front, à la hache. Ils ont déforesté pendant des siècles... jusqu'a ce qu'il n'y ait plus de forêt sur des terres fertiles en Gaule, bonnes à défricher ! Mais la population continuait à augmenter, il a fallu trouver autre chose : on a alors inventé la déforestation exportée. On va maintenant défricher l'Amazonie.

« Quand les Européens consomment, les forêts tropicales se consument » (WWF – 2021).

« la dépendance alimentaire de la France dévore 9 millions d'hectares à l'étranger » (La Tribune - 2022).

La disparition la forêt d'Amazonie aujourd'hui est la continuation "naturelle", "obligée", de ce que nous faisons depuis des siècles en Europe : convertir la forêt en terre agricole pour nourrir une population croissante.

La France importe des fruits et légumes, des aliments pour le bétail, de l'huile, etc. Il faudrait la surface de quelques départements pour produire tout cela en France.
Nous n'avons plus de départements disponibles sous la main...

Nous n'avons pas conscience que la terre manque, parce que nous n'en subissons pas – encore – de conséquences, ici ; nous mangeons à notre faim, sans restriction ; les étals des magasins débordent de victuailles... jusqu'ici tout va bien...
… Nous voyons bien, au loin, la forêt dévastée ; mais nous ne voyons pas le lien, nous ne voyons pas que c'est pour assurer notre abondance que la forêt est rackettée.

La révolution verte
Le vrai miracle de la multiplication des pains

Selon Greenpeace « 88% de la déforestation mondiale est générée par l’agriculture intensive » (2022).

Au contraire ! Si l'agriculture européenne par exemple n'était pas aussi performante, aussi "intensive", l'Europe importerait encore davantage de denrées alimentaires produites sur des terres gagnées sur la forêt. Pour sauver ce qui reste de forêt en Amazonie ou ailleurs, il faut augmenter encore les rendements sur les terres déjà cultivées. C'est en cours.

Une première avancée décisive a eu lieu au début du XXe siècle, lorsque Fritz Haber parvint à mettre au point la synthèse de l'ammoniac, permettant la fabrication massive d'engrais azotés [1].

L'étape suivante fut la "révolution verte" (années 60).

Les moteurs de la révolution verte furent de nouvelles variétés plus productives, des pesticides, et une mécanisation accrue du travail des agriculteurs. Il en est résulté une envolée extraordinaire des rendements, qui ont doublé, triplé, quadruplé...

On ne souligne pas assez l'extraordinaire réussite de cette révolution verte qui a permis de

- mieux nourrir,
- une population plus nombreuse,
- sans pour cela recourir à une déforestation massive pour gagner de nouvelles terres à cultiver.

Cela a l’apparence d’un conte de fées, la couleur d’un conte de fées, la saveur d’un conte de fées ; mais ce n’est pas un conte de fées. Les fées, tout le monde le sait, ça n'existe pas.

De la magie ? Non, la magie, tout le monde le sait, ça n’existe pas.

Un miracle ? Oui ! Les miracles, tout le monde le sait, ça existe. Donner à un malade un nouveau cœur, un nouveau rein, ce sont de vrais miracles. La révolution verte fut le vrai miracle de la multiplication des pains, à une échelle planétaire, rien à voir avec ce vieux récit du dépannage de quelques pèlerins imprévoyants qui avaient oublié le panier du pique-nique avec les sandwiches et le sel.

Aucun dieu d'hier ou d'aujourd'hui n'avait pu vaincre la famine.

Les hommes l'ont fait.

Combien faudrait-il de planètes Terre
pour nourrir huit milliards de Terriens
avec les rendements d'avant la révolution verte ?

Touche pas à ma Nature !

Les pays développés sont maintenant rassasiés et repus ; tout le monde devrait être content. Mais non. Des nostalgiques souffrant de frilosité passéiste pleurent que c'était mieux avant. Ils ont oublié qu'avant, c'était disette et famines. Ils sont montés au créneau, en criant "Touche pas à ma Nature !" et ont déclaré la guerre à toutes ces innovations, à toutes ces "diableries chimiques", engrais et pesticides. Ils voudraient remonter le temps, revenir en arrière, avant la révolution verte, au temps du charmant petit champ familial, avec des variétés du bon vieux temps, cultivées comme dans le bon vieux temps, avec sarclette et serfouette. Comme faisaient nos grands-pères. Fi ! de la technique !

C'est le fameux mythe du "bon vieux bon sens paysan".

... Mais le fameux bon sens paysan n'a jamais vaincu les disettes et les famines ; les techniques l'ont fait.

Le miracle de la malbouffe !

Nous avons appris à faire fructifier la terre pingre, en l’engraissant, en domptant les fleuves, en canalisant l’eau, en protégeant les bourgeons de l’appétit vorace des parasites. Les famines, c’est le passé ; voyez maintenant les interminables rayons des supermarchés, croulants de victuailles… Tout le monde devrait être content.

… Pourtant, quelques fins becs font la fine bouche : "mais c'est de la malbouffe !" La nourriture "conventionnelle" n'est pas la nourriture de luxe dont rêvent ces fins gourmets ; on y trouve plus de simples poulets que de ces chapons dont se régalaient les châtelains aisés autrefois. Malbouffe !, disent-ils. Les fins gourmets froncent le nez et font leur délicat devant certaines tomates insipides d'aujourd'hui. Ils rêvent de variétés anciennes, cultivées comme au bon vieux temps.

Ce qu'ils oublient, c’est que si nous pouvons manger des tomates aujourd’hui en Europe, des bonnes (il y en a) et des moins bonnes (il y en a de vraiment moins bonnes), c’est parce que nos ancêtres ne souffraient pas de frilosité passéiste, ils n'avaient pas le regard braqué sur un mythique bon vieux temps, au contraire, ils ne craignaient pas d'aller de l'avant, d'explorer, de découvrir. C'est ainsi qu'ils ont découvert... un Nouveau Monde ! Ils en ont rapporté... la tomate. Il n’y avait aucune tomate malbouffe en Europe dans bon vieux temps... il n'y avait même aucune tomate ; il a fallu l'audace d'aller les chercher dans le nouveau monde.

Les Européens ont apporté dans le Nouveau Monde, vigne, blé, oliviers, chevaux, etc. ; et la petite vérole.

Ils en ont ramené en retour, coca, tabac, quinoa, maïs, pommes de terre, etc. ; et la tomate.

C'est ce qui a été appelé "l'échange colombien".

La tomate est une immigrée, et les Napolitains applaudissent ; que serait une pizza sans tomate ?

Les récriminations des fins becs des pays riches stupéfient les pays du Sud. Eux, ils rêvent d'avoir autant de cette malbouffe. C'est le cas de ces populations dont l'alimentation est à base de riz presque exclusivement, un régime qui a de terribles conséquences : chaque année 300 000 enfants deviennent aveugles par manque de vitamine A, la moitié d'entre eux meurent. C'est pour sauver ces enfants que le riz doré OGM a été conçu (Voir Le mythe du naturel). Mais les fins becs n'aiment pas les OGM, ni pour eux, ni pour les enfants du Sud ; ils fauchent.
Ils ont fauché un essai de riz doré aux Philippines en 2013.

Quelle est la priorité : assurer son pain quotidien à tous, ou défendre le chapon des riches des pays riches ?

C'est quand il y aura enfin assez de bouffe pour tous que l'on pourra se permettre le luxe de mépriser la bouffe du peuple, de la traiter de malbouffe.

Que les fins gourmets qui tordent le nez devant la supposée malbouffe se rassurent : il y a encore quelques épiceries fines avec chapons pour leurs papilles délicates de privilégiés. Mais la grande et bonne nouvelle est qu’aujourd’hui il y a aussi des épiceries pour tous, pour le peuple, avec des produits en suffisance, contrôlés, sains.

Au début il y avait la non-bouffe, la famine.

Il y a maintenant la bouffe pour tous.

Vive le miracle de la malbouffe !

 

 

[1] Chaque récolte se traduit par un prélèvement, une exportation hors du champ, de ce que la plante avait puisé dans le sol ; de l'azote par exemple. Si ces prélèvements ne sont pas compensés par des apports d'engrais azotés le sol s'appauvrit. On reviendra sur cette dépendance de l’agriculture aux engrais. (Comment nourrir le monde – sans déforestation ?)

 

 
 
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Mise à jour : 1 décembre 2022