écologie, dogmes, agriculture bio, OGM, nucléaire

 

 


Consommation durable.
Économiser, partager, consommer moins, mieux, ne suffit pas

 

La croissance durable nous mène dans le mur.

Pourrait-on, sans croître, au moins consommer durablement ?

On pourrait par exemple partager, économiser.

Ça a la couleur d'une bonne idée, l'odeur d'une bonne idée...

… Mais après, que faire des économies ainsi réalisées ?

Les économies n'existent pas.

Économiser, ce n'est que reculer pour mieux dépenser.

 

Il faudrait consommer moins, être plus sobres... ce qui ne soulève pas un fol enthousiasme.
Alors on a inventé une autre idée, plus sexy : "continuons à consommer, il suffit de consommer mieux, autrement".
C'était l'invention de la consommation dite durable.

Il "suffirait" d'un nouveau monde, où les hommes ne jetteraient pas leur vieille machine à laver, ils la garderaient auprès d'eux, en prendraient soin, au lieu de la remplacer par une petite jeune, fraîche et pimpante ; ils isoleraient mieux leurs logements ; ils ne jetteraient pas leurs vêtements encore presque neufs pour suivre la mode ; ils prendraient un vélo plutôt que leur voiture, ou partageraient leur voiture en covoiturage. Ce serait un monde merveilleux de sobriété et de partage, peuplé de femmes et d'hommes merveilleux qui ne succomberaient plus aux sirènes de la mode.

Mais ces hommes-là, ces femmes-là, n'existent pas.

Pas en dehors de quelques moines ermites, qui en effet ne suivent pas la mode.

Les économies n'existent pas ; économiser, ce n'est que reculer pour mieux dépenser

Et même si ce monde merveilleux de sobriété et de partage existait un jour... il faut penser au coup d'après... On partage, on est sobre, on consomme peu, on dépense peu... et après ?

Après... il resterait sur les bras le pouvoir d'achat économisé, non (encore) dépensé. Qu'en faire ? Les économies ne resteront pas éternellement dans un bas de laine, elles seront dépensées tôt ou tard, par nous, par nos héritiers, ou par quelque brave personne dévouée de bonne volonté, il se trouvera facilement des volontaires.

Les moines du Moyen Âge qui avaient fait vœu de pauvreté avaient bien compris le paradoxe : "comment, vivant de peu, ne pas finir par dormir sur un matelas d'économies ?"

La solution était dans la formule d'alors, "Moine pauvre, abbaye riche".
Les pauvres moines travaillaient comme des forçats – beaucoup.
Consommaient comme des forçats – peu.
Et donc ils accumulaient des montagnes d'économies.
Ce sont ces économies, entre autres, qui devenaient de grandioses abbayes.

Que faire d'un pouvoir d'achat non dépensé ?
Autre que des abbayes.

Quelques-uns peut-être suivront l’exemple du maître en économies, Harpagon, qui enterrait sa chère cassette dans le jardin.
Mais tout le monde n’a pas de jardin.

Les autres, la plupart, résisteront-ils, ou finiront-ils par craquer et par dépenser leurs économies en vanités ?

Pour garantir que les économies ne soient pas recyclées en nouvelle consommation, la solution serait peut-être d'organiser des autodafés les soirs de pleine lune, où chacun jetterait les billets de banque qu'il aurait économisés – à l'image du "bûcher des vanités" de Savonarole [2].

Économiser, partager, consommer moins et mieux... ?
Et après ?
Que faire du pouvoir d'achat non dépensé ?

 

En allant au travail à vélo on économise... Mais, qu'importe la vertu écologique des mollets de quelques jeunes sportifs si les économies de carburant ainsi réalisées sont utilisées pour s'offrir un voyage en voiture pendant le week-end suivant ? À part que le vélo, c'est bon pour la santé.

Les économies n'existent pas.
Économiser, ce n'est que reculer pour mieux dépenser.

Et même si par extraordinaire quelqu'un faisait vraiment des économies – un moine ermite retiré en haut d'une montagne, un dépressif las de vivre – son pouvoir d'achat ne disparaîtrait pas pour autant, ses héritiers s'en chargeraient avec plaisir.

Le pouvoir d'achat est toujours dépensé, tôt ou tard.
Économiser, partager, consommer autrement, etc., cela ne réduit pas globalement la consommation.
La consommation n'est limitée que par le pouvoir d'achat.

Le match de la remanufacturation contre la prime à la casse

La "remanufacturation" est une autre proposition pour aller vers la consommation supposée durable. Il s'agit d'inciter les industriels à concevoir les « produits de manière à allonger leur durée de vie en les rendant faciles à réparer, à reconditionner, à remanufacturer et à recycler [pour jeter] les bases d’une fabrication en cycle fermé » (PNUE, Programme des Nations Unies pour l’environnement : "Vers une économie verte : Pour un développement durable et une éradication de la pauvreté" - 2011)

Ainsi définie, la remanufacturation ne concernerait que les industriels ; c'est faire peu de cas des comportements humain des consommateurs. Face à la panne de sa bonne vieille machine à laver le consommateur pourrait la faire réparer. Mais en a-t-il vraiment envie ? A-t-il envie de maintenir en vie cette vieille machine cabossée, rayée, bruyante ? Au contraire, depuis un moment déjà il rêvait de la changer, il manquait un prétexte. Le voilà le prétexte, enfin elle est en panne, maintenant il n'y a plus de raison de ne pas la changer. Les consommateurs tels-que-nous-sommes aiment changer ; changer, de chemise, de voiture, de machine à laver... Pour des raisons futiles comme la mode, l'apparence, ou même sans raison, pour changer, pour le fun.

On réclame la remanufacturation.
On la réclame aux industriels.
Mais nous-mêmes, nous ne reprisons plus les chaussettes [1]...

On peut aussi changer un appareil, sans remanufacturer, pour bénéficier des progrès écologiques de la technique.

Les voitures d'il y a cinquante ans consommaient beaucoup plus que les voitures d'aujourd'hui à même puissance, émettaient beaucoup plus de particules fines et de polluants ; elles étaient également moins sûres : pas d'air-bag, pas de ceintures de sécurité, pneus étroits, pas de freinage anti-blocage... fallait-il développer la remanufacturation, opérer de multiples transplantations d'organes, pratiquer l'acharnement thérapeutique, pour maintenir en vie ces vieilles voitures ? Le bilan aurait-il été "globalement positif" ?

C'est pour cela que l'on a inventé la "prime à la non-remanufacturation" ; elle s'appelle "prime à la casse". Prime pour remplacer les vieilles voitures, même encore utilisables.

On réclame la remanufacturation.
Ce qui n'empêche pas de profiter de prime à la casse...
qui est l'exact contraire de la remanufacturation.

Bien entendu, toute tentative d'obsolescence programmée est condamnable. Toutefois l'obsolescence programmée est probablement un phénomène relativement rare. La réputation de qualité et de robustesse pour une marque est bien plus précieuse que les bénéfices éventuels de l'obsolescence programmée.

On peut remarquer que c'est la nature elle-même qui a inventé l'obsolescence programmée, et non les industriels. Elle a inventé la panne programmée irréparable des êtres vivants : la vieillesse et la mort ! Un vivant, ça ne dure qu'un temps, c'est calculé comme ça – même si l'ingénieur en chef avait, au départ, calculé une vie éternelle pour ses deux prototypes, Adam et Ève. Tout le monde peut se tromper. Lors des premiers tests (dans un jardin fleuri, avec un pommier au milieu), le service contrôle qualité a détecté un défaut de conception, un bug, et l'ingénieur en chef a changé ses plans.

Aujourd'hui, ce sont les chirurgiens qui rattrapent le coup, qui luttent contre cette obsolescence programmée naturelle ; ils remanufacturent en implantant des hanches d'acier, en greffant des reins et des cœurs...

L'énergie clandestine

Il faudrait consommer mieux, particulièrement consommer moins d'énergie... Le problème est qu'il y a de l'énergie partout ! De l'énergie, cachée, clandestine, sournoise, tapie partout, dans tous les produits que nous consommons (Voir Énergie et réchauffement climatique / consommation et énergie).

C'est parce qu'il y a de l'énergie clandestine partout que des petits gestes supposés vertueux peuvent avoir des effets négatifs. Par exemple nous débranchons nos chargeurs de téléphone, nous éteignons la veille de la télévision, nous éteignons la lumière en sortant de la pièce... Bravo ! Nous avons ainsi économisé un peu d’énergie électrique à notre modeste petit niveau. C’est bon pour la planète, mais en plus, c’est également bon pour notre budget. Nous avons gagné le beurre et l’argent du beurre !

Sauf… sauf que ces quelques sous d’énergie que nous avons économisés sont donc maintenant disponibles dans notre budget ; qu’en ferons-nous ? Les cacher sous le matelas ? Non, nous ne sommes pas Harpagon, nous achèterons une nouvelle robe ou un nouveau pantalon ; un de plus.

Hélas, un pantalon aussi, comme pratiquement tout ce que nous consommons, c’est AUSSI de l’énergie et donc du CO2 émis.

Un pantalon, c’est d’abord un champ de coton, dans lequel un tracteur a travaillé la terre.

Le tracteur utilise de l'énergie, du pétrole, avec émission de CO2…

Le coton sera récolté, puis transporté. Il faudra encore de l’énergie, du pétrole, avec émission de CO2...

Le coton sera filé, tissé… il faudra de l’énergie, du pétrole, avec émission de CO2...

Le pantalon fabriqué, emballé, sera transporté… il faudra de l’énergie, du pétrole, avec émission de CO2...

Le pantalon sera mis en vente, dans un magasin éclairé, chauffé...

Le pantalon sera acheté...

… et peut-être sera-t-il jeté au bout de quelque temps, parce qu'il ne plaira plus, ou ne sera plus à la mode.

Finalement, en France, où l’électricité est bas carbone car principalement nucléaire, économiser un peu d’électricité pour investir ensuite dans un pantalon est une vraiment fausse bonne idée ; il peut en résulter plus de CO2 émis sur la planète, en comptant le champ de coton en Asie, la filature Dieu sait où, le cargo sur l’océan, la boutique de pantalon, etc.

Économiser l'énergie électrique en France, énergie nucléaire bas carbone, peut se traduire par plus d'émissions de CO2.

 

[...]

 

 

 

[1] Autrefois on faisait de la remanufacturation sans le savoir. Les grands-mères raccommodaient les chaussettes. Plus loin dans le temps, même les plus riches faisaient de même : dans les cours princières, les robes avaient des manches amovibles car elles s'usaient plus vite que le reste de la robe. Les manches usées étaient remplacées par de nouvelles manches neuves, c'était déjà de la remanufacturation, et les courtisans flatteurs s'exclamaient : "C'est une autre paire de manches !"

[2] Organisé par le moine Savonarole, intégriste, pour que les Florentins se débarrassent des objets de luxe, considérés comme vains, inutiles pour le salut ; robes, bijoux, cosmétiques, instruments de musique, peinture non religieuse (Botticelli y jeta quelques-unes de ses oeuvres), etc.
Les Talibans, c'est une très vieille histoire.
Il est atterrant de constater que "l'esprit Taliban" avait réussi à entraîner derrière lui une partie de la brillante Florence de la Renaissance. C'est dire sa puissance.
Mais restons optimistes, cette histoire a eu une fin heureuse : les Florentins se sont enfin réveillés du cauchemar ; ils ont brûlé Savonarole.

 

 
 
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Mise à jour : 19 juillet 2022