écologie, dogmes, agriculture bio, OGM, nucléaire

 

 


Pour nourrir les hommes et sauver la forêt il faut augmenter les rendements agricoles

 

La population augmente... il faut produire plus de nourriture.

Mais la terre agricole disparaît, mangée par l'artificialisation des sols, par l'asphalte et le béton.

Il faut produire plus... mais avec moins de terre !

Il faut donc inventer des agricultures plus performantes, augmenter les rendements...

Sinon il faudra déforester.

... C'est déjà commencé.

 

La révolution verte a multiplié les rendements, a presque supprimé les famines.
… Mais en conséquence, la population convenablement nourrie a augmenté.
… Et continue à augmenter ; il y aura bientôt deux milliards de bouches à nourrir en plus.

… Il faut donc produire encore plus de nourriture.

Nous sommes ainsi entraînés dans un engrenage, une fuite en avant, une course entre l'augmentation de production et l'augmentation de population [1].

Ce n'est pas la première fois que l'humanité est prise dans un tel engrenage, dans un piège dont elle ne peut plus sortir. L'invention de l'agriculture fut le premier de ces pièges : en produisant plus de nourriture l'agriculture a déclenché la croissance d'une population... que maintenant il faut bien nourrir ; l'agriculture a brûlé nos vaisseaux, nous ne pouvons plus revenir en arrière, à la vie naturelle des chasseurs-cueilleurs.

On peut imaginer aussi de manger autrement, manger moins de viande par exemple, et de ne plus gaspiller la nourriture. Vœux pieux ou vraie solution ? On en reparlera (Voir sur ce site "Il faudrait manger moins de viande").

En attendant un homme nouveau non-gaspilleur consommant peu de viande, il est prudent de se préparer sérieusement à produire plus de nourriture.

« La première Révolution Verte, celle des années 1950 et 1960, avait permis de doubler la production alimentaire mondiale [...]
La tâche qui nous attend sera plus dure, il faudra obtenir, d’ici à 2050, un milliard de tonnes de céréales de plus par an. » (Jacques Diouf lance un appel pour une deuxième Révolution Verte - Jacques Diouf, Directeur général de la FAO - 2006)

Pour produire plus de nourriture, il suffirait de cultiver plus de terre

La façon la plus simple de produire plus de nourriture serait de cultiver plus de terre.

Le problème est que presque toutes les terres qui peuvent être exploitées le sont déjà ; pire encore, elles disparaissent peu à peu.

« une augmentation notable de la production est nécessaire pour que le secteur réponde à la demande croissante d’aliments destinés aux humains ou aux animaux et de matières premières à usage industriel. Or, les quantités disponibles de terres et d’eau diminuent dans beaucoup d’endroits du monde. » ("Perspectives Agricoles de l’OCDE et de la FAO 2016-2025" - 2016)

Il y a quelques siècles, les New-yorkais campaient dans leur tipi au bord de l'Hudson, et les Champs-Élysées furent tracés au milieu des champs et des bois. Maintenant il n'y a plus ni arbres ni herbe, la terre a disparu, il n'y a plus que gratte-ciels et immeubles.

Les terres agricoles disparaissent, enfouies sous les constructions envahissantes d'une population qui augmente.

Là ou poussait le blé, les pavillons poussent.

La ville s'agrandit, elle mange la campagne, les champs, les potagers, pour loger une population croissante. En outre, cette population qui augmente a plus de pouvoir d'achat, elle peut se permettre d'avoir des logements plus grands [2], avec moins de personnes par logement [3]. C'est pourquoi la ville s'agrandit plus vite en surface qu'en population.

L'équivalent de la surface d'un département disparaît en dix ans, en France, sous l'asphalte et le béton.

Le temps des grandes prairies piquetées d'un bétail libre et heureux disparaît.

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Source : D'après données Banque Mondiale.

 

La population augmente, il faut plus de pain...

... Il faudrait plus de terre.

... ... Mais la terre agricole est une ressource déjà rare, déjà insuffisante, non extensible [3-1]. Ou plutôt, elle n'est extensible qu'en coupant la forêt. C'est ce que nous avons fait depuis des siècles, c'est ce que nous continuons à faire.

Il faut produire plus avec moins.

Ne pas gaspiller la terre

Puisqu'il y a de moins en moins de terre déjà défrichée pour nourrir les hommes, il serait sage de ne pas gaspiller le peu qu'il en reste ; mais nous ne sommes pas sages...

Nous utilisons des terres agricoles pour produire des biocarburants à base de maïs, colza, tournesol, etc. Cultiver du maïs pour nourrir des SUV, c'est du gaspillage alimentaire.

Ou encore, on ferme des centrales nucléaires en les remplaçant par des panneaux solaires photovoltaïques. Ces panneaux consomment mille fois (1 000 fois) plus d'espace que les installations nucléaires ; c'est autant de "labourages et pâturages" sacrifiés sur l'autel du fétichisme des énergies renouvelables.

On gaspille aussi la terre en développant des agricultures de luxe qui ont de faibles rendements, qui ont besoin de plus de terre ; l'agriculture bio par exemple.

La conséquence de tous ces gaspillages c'est du "manque à produire", c'est une pression accrue sur les terres agricoles, dont les prix augmentent inévitablement. C'est pourquoi se développent des agricultures industrielles, exploitant le moindre m2 de sol afin d'amortir le prix élevé de la terre. On a ainsi inventé les fermes-usines et l'agriculture verticale hors-sol. L'agriculture verticale – admettons que l'on puisse encore parler d'agriculture – se pratique dans des tours où, sur des dizaines d'étages poussent des salades ; de soleil elles ne voient que des ampoules LED ; de terre elles ne voient qu'une solution nutritive brunâtre. La poésie champêtre n'est plus ce quelle était.

Auparavant l'énergie lumineuse du soleil activait la photosynthèse. Maintenant l'énergie électrique fait briller des LED qui activent la photosynthèse sans soleil.

L'opération pourrait se comprendre, parce qu'on utilise moins de mètre carré au sol et le sol est rare.

Toutefois, si on utilise de l'électricité photovoltaïque, l'opération est digne des shaddocks : on gaspille de la terre agricole en la recouvrant de panneaux ; elle est privée de photosynthèse, mais admirez comme cela est bien pensé, on utilise ensuite l'électricité photovoltaïque obtenue pour activer la photosynthèse sans terre et sans soleil.

Toutes les formes de gaspillage de la terre nourricière, biocarburants, photovoltaïque, agriculture bio, participent à la déforestation et / ou au développement des fermes verticales. Il y a déjà des centaines de fermes verticales dans le monde (Japon, Singapour, pays nordiques...).

Si on ne peut pas cultiver plus de terre, augmentons les rendements

« Si le monde ne connaissait aucun gain de rendement des cultures et des pâturages et aucune modération de la demande alimentaire, les terres agricoles augmenteraient de 3,3 milliards d'hectares [d'ici 2050], éliminant pratiquement les forêts du monde et savanes. » (CREATING A SUSTAINABLE FOOD FUTURE - 2018 - Rapport du WRI, World Resource Institute, avec les contributions techniques de - United Nations Environment - UNDP, United Nations Development Programme - cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement - Inra, Institut national de la recherche agronomique - La banque mondiale.)

 

Mais comment augmenter les rendements ? Les agriculteurs font déjà tout ce qu'ils peuvent ; même trop dit-on, trop d'engrais, trop de pesticides...

Serait-il possible d'augmenter les rendements tout réduisant l'utilisation des engrais et des pesticides ?

Avec le plan Écophyto la France a essayé – et a échoué. A ré-essayé avec Écophyto II et a ré-échoué ; et persévère avec Écophyto II+. (Voir sur ce site "Peut-on réduire de moitié l'utilisation des pesticides (bio ou non bio) ?")

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent (Variation attribuée à Einstein, sur le thème "Errare humanum est, perseverare diabolicum").

 

On a aussi essayé de produire plus en développant la culture de variétés plus productives. On a ainsi développé la culture du palmier à huile, qui a les meilleurs rendements d'une huile recherchée par l'industrie agroalimentaire et par l'industrie des biocarburants dits verts.
On reproche à ce palmier de prendre la place de la forêt. C'est vrai ; des régions entières, dans les Philippines et ailleurs, ont été déforestées pour lui faire place. C'est pourquoi des organisations en demandent l'interdiction ou le boycott. Cette réaction instinctive est compréhensible.

Mais il faut aussi penser au coup d'après : que se passerait-il en Europe si l'huile de palme était interdite ? En ce qui concerne l'huile de palme utilisée pour produire des carburants dits verts ce serait une excellente décision. Mais la demande d'huile alimentaire ne disparaîtrait pas pour autant ; il faudrait alors la satisfaire par des huiles, de maïs, de colza, etc. Il faudrait donc trouver de nouvelles terres à cultiver, plus même que celles libérées par l'abandon des palmes, puisque les huiles de maïs, de colza, ont des rendements moindres que ceux de l'huile de palme. En Europe ces nouvelles terres n'existent plus, toutes sont déjà exploitées au maximum.

Alors des regards gourmands se tourneraient avec convoitise vers d'autres espaces, par exemple l'Amazonie. On déporterait là-bas de préférence les cultures les mieux adaptées à ces terres et ce climat. C'est déjà commencé.

Pour éviter la déforestation due au palmier à huile on serait ainsi amené à déforester ailleurs.

On voit clairement que le palmier détruit la forêt, les photos des palmeraient le montrent.

Mais on ne voit pas "pourquoi" ces palmiers ont été plantés. Il n'existe pas de photos d'un "pourquoi", c'est abstrait. Aucune photo ne peut montrer que ce palmier a été planté "parce que" il fallait répondre à une demande d'huile que la terre déjà défrichée ne peut plus satisfaire.
L'impact d'une image sur les esprits est bien plus fort qu'un raisonnement, c'est pourquoi on accuse le palmier, par ignorance ; car "il n'y a pas photo".

Impressionnés par les photos et le lobbying militant, les consommateurs "responsables" lisent attentivement les étiquettes, vérifient qu'il n'y a pas d'huile de palme, seulement des huiles de plus faible rendement, maïs, colza, arachide, etc. Ils croient ainsi sauver la forêt ; c'est l'inverse.

L'huile de palme alimentaire détruit la forêt ;
... mais sans huile de palme on en détruirait davantage.

 

C'est surtout en renonçant aux biocarburants que l'on peut réduire la pression sur la forêt (biocarburants à base d'huiles de palme, de maïs, ou autres).

Améliorer les rendements en subventionnant les engrais ?

Il existe encore des régions, en Afrique par exemple, qui utilisent peu d'intrants, peu d'engrais par exemple.

N'est-ce pas un exemple à suivre ?

Hélas non ; car c'est aussi dans ces régions que la production vivrière est insuffisante, justement parce qu'elles n'utilisent pas assez d'intrants. Cela résulte d'un mécanisme de base de l'agriculture :

La matière sèche des végétaux comporte, entre autres, de l'azote.

Cet azote provient principalement du sol [4].

Lorsque la végétation reste sur place, comme dans une forêt, la végétation morte restitue au sol ce qu'elle y avait puisé.

Mais lorsque la végétation est récoltée, chaque récolte se traduit par un prélèvement, une exportation d'azote, qui ne retourne pas au sol.

Et le sol s'appauvrit peu à peu.

Il faut donc apporter de l'azote pour maintenir la fertilité du sol pour les récoltes suivantes.

On connaît le contre-exemple d'une terre fertile année après année, sans fertilisant : c'est le miracle Nil ; le mot miracle est à peine excessif tant l'exemple est exceptionnel. On en connaît l'explication : chaque année la crue du Nil apporte naturellement tous les nutriments dont la terre a besoin.

Mais il n'y a pas un Nil partout. Alors, autrefois, au début de l'agriculture, la tribu nomadisait. Elle abandonnait les terres appauvries pour défricher un nouvel espace.

Il n'y a plus de nouveaux espaces à défricher – autres que les forêts équatoriales d'Amazonie ou d'ailleurs.

Alors, on utilise des engrais. Au début on utilisait ce qu'on avait sous le pied, des engrais organiques, les déjections animales... quand il y en avait. Ils étaient, et sont encore, en quantité insuffisante.

On dispose maintenant d'engrais azotés de synthèse.

C'est pour ces raisons que les engrais, même chimiques, sont nécessaires, et qu'il est proposé de les subventionner en Afrique subsaharienne :

« Une utilisation judicieuse d’intrants chimiques, notamment d’engrais, permettrait d’accroître sensiblement la production vivrière en Afrique subsaharienne. » (Jacques Diouf, Directeur général de la FAO - 2007)

« La situation est particulièrement alarmante en Afrique, où les chiffres de la faim sont les plus élevés au monde. Comme solution, l’agriculture intelligente reste un passage obligé. Encore faudrait-il que le taux d’utilisation d’engrais sur le continent, le plus faible au monde même si depuis 2008, évolue énormément. Les entraves à cette faible utilisation sont nombreuses, le financement en tête. » (Afrique-Engrais : des financements pour rattraper les retards - AFRIMAG - 2019)

« Pour produire suffisamment d’aliments il faudra aussi augmenter considérablement les rendements des cultures vivrières en Afrique subsaharienne, où ils stagnent depuis les années 1960 (Fig. 1) alors que la population devrait y doubler d’ici 2050. Fort heureusement ces rendements peuvent y être encore facilement augmentés en accroissant les intrants (engrais, eau, semences et matières organiques si disponibles et transportables). […] Cela est malheureusement très généralement méconnu. […]
Il faudrait donc subventionner suffisamment les intrants, afin d’augmenter et d'optimiser les productions végétales, partout dans le monde, sans avoir besoin de défricher. (Subventionnons les engrais pour les productions alimentaires nationales dans les pays de l’Afrique subsaharienne et les pays les moins développés pour stabiliser le climat et éradiquer la faim - Arthur Riedacker Co prix Nobel IPCC - Directeur de recherche honoraire de l’INRA - 2016)

La déforestation, solution facile

L'huile palme détruit ou sauve la forêt?

Il y a moins de terre à cultiver, les rendements tendent à plafonner... et pourtant, nous ne subissons aucune restriction, aucun serrage de ceinture, nous pouvons continuer à consommer comme auparavant. Par quel miracle ?

Le "miracle", c'est la déforestation. La solution simple et facile pour compenser le manque de terre en Europe est de gagner de nouvelles terres ailleurs, en abattant la forêt... c'est déjà commencé ; dans la forêt amazonienne, en Afrique équatoriale, en Asie... En France ce n'est plus possible, c'est déjà fait, on a déjà abattu nos forêts il y a des siècles pour en faire des plaines de blé.

Les champs de maïs, de blé, de riz, sont des vases communicants avec les forêts, la communication est assurée par des transports faciles et peu coûteux.

 

décroissance des surfaces de forêt monde

 

Plus d'un million d'arbres sont abattus chaque jour en Amazonie.

 

Lorsque nous sortons de la ville nous voyons des étendues de champs, de prairies... il est difficile d'imaginer que nous manquons de terre. Mais si nous regardons bien, on constate que chaque mètre carré utilisable est déjà exploité (une prairie, qui donne au citadin l'impression d'une terre libre, est aussi une terre exploitée pour la production). C'est le problème : il n'y a plus de terre libre à cultiver en plus pour nourrir une population qui augmente. Nous manquons de terre, c'est pourquoi il faut en défricher de nouvelles, c'est-à-dire piocher dans la forêt, c'est pourquoi la forêt disparaît.

Nous avons pris conscience de la déforestation, mais nous n'avons pas pris conscience du défi alimentaire qu'elle révèle : la forêt disparaît parce qu’il n'y a plus assez de terres agricoles pour nourrir une population de plus en plus nombreuse.

Il a fallu des dizaines d'années pour enfin prendre conscience, incomplètement encore, du défi du changement climatique (Svante Arrhenius, prix Nobel 1903, avait déjà étudié l'effet de l'utilisation des combustibles fossiles sur le climat).

Combien de dizaines d'années faudra-t-il pour prendre conscience du défi alimentaire ?

Les terres gagnées sur la forêt sont largement utilisées pour produire des aliments pour le bétail, du soja. À partir de ce constat, des militants assurent que nous ne manquons pas de terre, que la déforestation serait due uniquement à la seule consommation de viande dans les pays développés. La consommation de viande a un impact très important sur ce sujet ; ce sera discuté plus loin (Voir sur ce site "Il faudrait manger moins de viande").

Inventer de nouvelles agricultures

Les forêts disparaissent... et pourtant la superficie de terre arable n'augmente même pas, elle est restée globalement constante depuis 1970. Les surfaces gagnées par la déforestation servent juste à compenser les pertes dues à la bétonnisation, aux cultures de biocarburants, à l'agriculture bio qui consomme plus de terre, à l'implantation de centrales photovoltaïques... Sur cette surface constante, déforestation comprise, c'est l'augmentation des rendements de la révolution verte qui a permis la nécessaire augmentation de production pour nourrir une population en augmentation. Mais les rendements de ces techniques commencent à plafonner.

Il faut donc inventer autre chose, mais sans se tromper d'objectif. Il ne s'agit pas de développer des agricultures de luxe pour quelques privilégiés ; il ne s'agit pas de développer l'agriculture bio, elle a de trop faibles rendements. Il faut inventer de nouvelles agricultures, de nouvelles variétés, plus performantes, pouvant produire plus sur moins de terre. Notre meilleur atout réside dans le génie génétique.

Les propositions de nouvelles agricultures sont nombreuses. L'agriculture "raisonnée", "intégrée", "de préservation", "l'agro-écologie", "l'éco-agriculture", "la révolution doublement verte", "l'agriculture à haute valeur écologique", "agriculture à haute qualité environnementale", "l'agriculture écologiquement intensive", "l'agro-écologie écosystémique", "l'écologie agronomique", "l'agriculture multi-fonctionnelle" etc.

Cette multitude d'appellations ne signifie pas qu'il y a une multitude de solutions, elle signifie au contraire que nous n'avons pas encore de solution pleinement satisfaisante.

La France soutient l'agroécologie. Il s'agit d'une agriculture élitaire, de moindre production – elle ne sauvera donc pas la forêt : « Les agriculteurs gagnent plus en produisant moins mais mieux ». ((Qu'est-ce que l'agroécologie ? FNE France Nature Environnement).

Le cas de l'agriculture de conservation, promue par la FAO

De son côté, la FAO promeut une "agriculture de conservation" qui préserve les sols, entre autres en évitant le labour. Le labour est pratiqué depuis des siècles, entre autres pour lutter contre les adventices (les "mauvaises herbes") ; mais il a l'inconvénient de traumatiser les sols et les bestioles qui y vivent, vers de terre et autres. D'où l'idée géniale de ne pas labourer, en laissant les vers de terre travailler la terre à la place des tracteurs.

Mais cela n'est possible que parce qu'il existe de nouveaux moyens de lutte contre les adventices : les herbicides, particulièrement le glyphosate, permettant de détruire les adventices avant le semis sans recourir au labour. C'est seulement ainsi, grâce au glyphosate, que l'agriculture de conservation a pu voir le jour : « parce que le glyphosate était disponible ». (Usages et alternatives au glyphosate dans l'agriculture française - INRA - 2017).

La liste des avantages éologiques de l'agriculture de conservation est impressionnante. Elle

Favorise la flore microbienne dans les sols.

Favorise la macro-faune souterraine (vers de terre, arthropodes).

 

Les vers de terre applaudissent l'agriculture de conservation.

Ils redoutent l'interdiction du glyphosate.

 

Favorise la circulation de l’eau et réduit les problèmes d’excès d’eau et d’asphyxie des cultures en période humide.

Favorise les insectes dont certains sont des auxiliaires des cultures.

Favorise la diversité cultivée dans les couverts d’interculture, avec souvent des plantes à fleurs diverses favorables aux insectes pollinisateurs.

Appuie le stockage de carbone.

Tous ces bénéfices écologiques seront anéantis si le glyphosate était interdit. Parce que « Il n’y a pas d’alternative efficace au glyphosate pour entretenir une parcelle dans la durée sans travailler le sol. » (Ibid)

Il vient alors naturellement cette question : pourquoi cet acharnement écologiquement contre-productif contre le glyphosate ?

Parce que le glyphosate serait dangereux ?

En effet, le CIRC, Centre International de Recherche sur le Cancer, a classé le glyphosate dans le groupe 2A, "probablement cancérogène pour l’homme".

Mais d'un autre côté, les agences de sécurité sanitaire de pratiquement tous les pays ont évalué que le glyphosate, correctement utilisé, ne présente pas de risque.

Qui se trompe ?

Personne ne se trompe. Chacun fait son métier.

Un danger n'est pas un risque.

Parce que le CIRC évalue le danger des substances, tandis que les agences sanitaires évaluent les risques, lesquels sont une fonction du danger et de l'exposition à ce danger en utilisation normale. Le CIRC l'explique clairement :

« La classification indique le degré de certitude des indications selon lesquelles un agent peut provoquer le cancer (techniquement appelé "danger"), mais il ne mesure pas la probabilité qu'un cancer surviendra (techniquement appelé "risque") en raison de l'exposition à l'agent. » ("Monographies du CIRC" - CIRC)

Résumé de la polémique : le glyphosate est dangereux, il ne faut pas en prendre un verre tous les matins, mais en utilisation normale il ne présente pas de risque (de la même façon qu'un liquide-vaisselle est dangereux, mais présente peu de risques en utilisation normale).

Dès l'annonce de la classification du CIRC, les organisations vertes ont bondi sur l'occasion ; par ignorance de la différence entre danger et risque, elles ont terrorisé les populations : "on nous empoisonne, le glyphosate nous empoisonne, la preuve, le CIRC l'a dit, le glyphosate est dangereux." C'est ainsi que les organisations vertes risquent de nous faire perdre les avantages écologiques de l'agriculture de conservation promue par la FAO.

Les activistes qui exigent l'interdiction du glyphosate se risquent même à faire de l’esprit, ils ironisent : « Si c’est sans risque, on peut donc boire un verre de glyphosate tous les matins, ce n’est pas un problème ». Quelle excellente démonstration... d'ignorance ! Ou de mauvaise foi. Ces esprits qui se croient fins prennent-ils un verre d'eau de javel tous les matins ? Ignorent-ils que ce n'est pas là l'utilisation normale du glyphosate, ni de l'eau de javel ? Danger ne signifie pas risque en utilisation normale.

Ces activistes ignorants seront sans doute étonnés d'apprendre que si le CIRC a classé le glyphosate comme "probablement cancérogène pour l’homme", il a aussi classé le saucisson comme "cancérogène pour l'homme" (pas seulement "probable" comme dans le cas du glyphosate)... et pourtant, le saucisson est encore en vente libre. Il y a même des gens qui en mangent tous les matins... peut-être même parmi ceux qui réclament l'interdiction du glyphosate.

 

Le risque réel du glyphosate a été évalué par exemple dans l'Agricultural Helth Study - AHS, l'une des plus grosses études épidémiologiques. 54 251 agriculteurs américains ont été suivis. Les effets éventuels du glyphosate ont été étudiés en comparant un groupe de 9 309 agriculteurs n'ayant jamais utilisé de glyphosate et 44 932 agriculteurs l'ayant utilisé ( Glyphosate et cancer dans la AHS).

► L'étude n'a pas détecté d'augmentation de cancer fait de l'utilisation du glyphosate, et ce quelle que soit l’exposition. Elle n'a pas non plus détecté d’augmentation de l’incidence des lymphomes non-Hodgkinien chez les agriculteurs exposés au glyphosate.

Face à de telles études massives, dont les résultats ne sont pas contestés, le lobby anti-glyphosate oppose un cas ; celui d'un utilisateur de glyphosate ayant eu des problèmes de santé. La société Monsanto, commercialisant le Roundup dont le principe actif est le glyphosate, a été condamnée pour ce cas. Pour le lobby anti-glyphosate ce serait la preuve des dangers du glyphosate.

Mais la science ne se fait pas au tribunal. Rappelons-nous de Galilée.

D'autant que ce que le tribunal a condamné ce n'est pas le fait que le glyphosate puisse présenter des risques. Ce qui a été sanctionné, c'est que la société Monsanto savait que le glyphosate pouvait, éventuellement, présenter des risques, mais ne le signalait pas ou trop peu sur l'emballage [5].

En comparaison, le tabac est très dangereux, il présente même des risques avérés importants même dans son utilisation normale : 70 000 victimes par an en France. Les fabricants de tabac ne sont pas condamnés pour autant, car les risques sont signalés sur le paquet. Malgré ces risques, malgré les avertissements sur les paquets de cigarettes, il y a encore des fumeurs ; qui peut-être craignent le glyphosate...

Plus globalement, nous utilisons tous les jours quantité de produits dangereux, produits d'entretien, médicaments, etc., mais présentant peu de risques dans leur utilisation normale. Personne ne se risque à prendre un verre d'eau de Javel au petit déjeuner (sauf peut-être un certain Trump qui suggérait d'en prendre contre le COVID 19). Ces produits restent en vente libre car les risques sont signalés (voyez les étiquettes des produits ménagers).

Toutefois, les dangers du saucisson ne sont toujours pas signalés sur le produit... Y aura-t-il procès un jour ?

Pour l'instant, aucune agriculture ne peut assurer qu'elle pourra nourrir deux à trois milliards de Terriens en plus sans aller piocher de nouvelles terres dans les forêts.

Toutefois, on est encore loin d'avoir exploité les fantastiques possibilités du génie génétique. Les OGM Bt ont déjà fait la preuve de leurs possibilités en produisant plus avec moins de pesticides (Voir sur ce site Les OGM Bt réduisent l'utilisation des insecticides...). Et la marge de progression de ces techniques, encore jeunes, est considérable.

La nouvelle révolution verte, c'est le génie génétique.

 

 

[1] Cet enchaînement, ce cercle vicieux, commence à se briser. Des mécanismes nouveaux apparaissent qui limitent l'accroissement des populations, même lorsque la nourriture est abondante. (Voir sur ce site Surpopulation - ressources).

[2] « On observe aussi durant cette période [entre 1982 et 2003] un décrochage entre l’accroissement de la population et la "consommation" d’espace, traduisant une augmentation annuelle des "besoins" par habitant de 7 m2 : maison individuelle au lieu de l’habitat collectif, surface plus grande des maisons (+ 15 m2 entre 1984 et 2006) et des jardins (510 m2 avant 1974 et 720 m2 après 1999), surfaces en espaces verts et de loisirs, diminution du nombre de personnes par logement entraînant une demande supplémentaire de logements (de 2,9 en 1984 par maison individuelle à 2 en 2006, et de 2,4 en logement collectif à 2) ». (Courrier de l’environnement de l’INRA n° 57, juillet 2009)

[3] Il y avait autrefois plusieurs générations réunies en une seule habitation. Puis est venu le temps où chaque génération a pu vivre chacune de son côté, dans son propre appartement. Le pouvoir d'achat permet maintenant plus de ruptures conjugales avec des logements séparés pour chaque ex conjoint. Le divorce n'est pas écologique, il consomme plus d'espace.

[3-1] C'est pourquoi le "vampire du milieu", la Chine, pauvre en terres agricoles, achète ou loue des terres là où c'est encore possible, en Afrique, en Amérique du Sud, en France aussi...

[4] Les légumineuses (légumes secs, lentilles, haricots...) font exception, elles peuvent puiser de l'azote dans l'air. Mais elles ne sont qu'une très faible part de notre alimentation.

[5] On rapporte qu'un fabricant de lave-linge aurait été condamné à la suite du décès d'un chien mis dans la machine pour être lavé : la notice n'indiquait pas qu'il était dangereux de laver un chien en machine. Les procès contre le glyphosate sont du même tonneau.
Par ailleurs, il semble qu'il n'y ait pas de jurisprudence dans le cas d'un produit parfaitement documenté, mais qui aurait créé des problèmes chez un utilisateur ne sachant pas lire...

 

 
 
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liens externes pour ce sujet 

Mission d'animation des agrobiosciences


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Mise à jour : 30 juillet 2021