Énergie, climat, alimentation. Adaptation des espèces.

 

 


Comment nourrir le monde – sans déforestation ?
Pour nourrir les hommes et sauver la forêt il faut augmenter les rendements agricoles

 

La révolution verte a eu des résultats extraordinaires : les disettes ont été vaincues.

Mais la population continue à augmenter, en nombre et en pouvoir d'achat.

Il faut encore produire plus de nourriture.

Il faut encore inventer des agricultures plus performantes, augmenter les rendements...

Sinon il faudra déforester.

... C'est déjà commencé.

 

Nous avons exploité "jusqu'à l'os" les possibilités des techniques de la révolution verte. Après avoir crû énormément, les rendements ont maintenant tendance à plafonner, il faut trouver autre chose.

Croître, multiplier...

La population augmente en raison de cette vieille loi de la nature qui fait que lorsque la nourriture est abondante, la population augmente ; parce que les adultes sont plus gaillards, parce que les enfants sont plus robustes, parce que tous résistent mieux aux maladies. Et parce que toutes les populations suivent partout le même impératif de la nature : "croître et multiplier".

Toutes les populations, qu’il s’agisse de végétaux, d’animaux herbivores, d’animaux carnivores, ou d’humains, croissent, multiplient, exploitent, tant que les ressources sont disponibles – eau, territoire, nourriture... – et tant qu’elles ne se heurtent pas à la concurrence des autres espèces. (Voir La vie est compétition - "struggle for life")

On a vu le mildiou détruire les pommes de terre en Irlande, la jacinthe d'eau envahir les fleuves, le frelon asiatique dévorer les abeilles d'Europe, et de la même façon, obéissant aux mêmes lois, les Européens ont envahi et exploité le Nouveau Monde.

La principale concurrence pour l’espèce humaine, c’est souvent elle-même.

Lorsque les ressources sont abondantes l’euphorie règne, la population croît dans l’allégresse.
Puis vient le drame.

Une population bien nourrie "croît et multiplie".

Mais une population qui croît et multiplie consomme de plus en plus de ressources.

Les ressources deviennent insuffisantes.

La disette revient.

La population diminue.

Les ressources redeviennent disponibles.

La population recommence à croître. Le cycle recommence.

Les populations humaines, comme toutes autres, ont subi cette terrible récurrence pendant des millénaires.

Elles pourraient la subir encore. Parce que la nature n'avait prévu aucune régulation de ce mécanisme naturel [1] ; c'est pourquoi en la présente période où la nourriture est presque suffisante, la population mondiale croît inexorablement. Il faut la nourrir ; il faut donc pouvoir produire encore plus de nourriture.

« Pour satisfaire la demande, l’agriculture en 2050 devra produire presque 50 pour cent de plus d’aliments et d’aliments pour animaux qu’en 2012. » (L’avenir de l’alimentation et de l’agriculture - FAO 2017)

Il faut produire encore plus de nourriture.

(Bien entendu il faut aussi ne pas la gaspiller ; nous y reviendrons.)

De quels moyens disposons-nous pour produire plus de nourriture ?

Pour produire plus de nourriture, il suffirait de cultiver plus de terre

La façon la plus simple de produire plus de nourriture serait de cultiver plus de terre.

Le problème est que presque toutes les terres qui peuvent être exploitées le sont déjà ; pire encore, elles disparaissent peu à peu sous l'asphalte et le béton.

« Les quantités disponibles de terres et d’eau diminuent dans beaucoup d’endroits du monde. » (Perspectives Agricoles de l’OCDE et de la FAO 2016-2025 - 2016)

« Les possibilités d’étendre la superficie cultivée sont limitées. Des terres agricoles fertiles sont perdues, grignotées par l’urbanisation. » ((L’ÉTAT DES RESSOURCES EN TERRES ET EN EAU POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE DANS LE MONDE – FAO - 2021)

Il y a quelques siècles, les New-yorkais campaient dans leur tipi au bord de l'Hudson, et les Champs-Élysées furent tracés au milieu des champs et des bois. Maintenant il n'y a plus ni arbres ni herbe, il n'y a plus que gratte-ciels et immeubles.

Les terres agricoles disparaissent, enfouies sous des constructions envahissantes. La ville s'agrandit, elle mange la campagne, les champs, les potagers, pour loger une population croissante. En outre, cette population qui augmente a plus de pouvoir d'achat, elle peut se permettre d'avoir des logements plus grands, plus nombreux avec moins de personnes par logement [3]. C'est pourquoi la ville s'agrandit plus vite en surface qu'en population.

L'équivalent de la surface d'un département disparaît en dix ans, en France, sous l'asphalte et le béton.

 

 

agriculture biologique, terres cultivables dans le monde, population mondiale

Source : D'après données Banque Mondiale.

 

Il faut produire plus avec moins de terre.

La terre est rare, ne la gaspillons pas

La terre agricole est une ressource non renouvelable, devenue rare, déjà insuffisante. Il serait sage de ne pas gaspiller le peu qu'il en reste. Et pourtant...

Et pourtant nous utilisons des terres agricoles pour produire maïs, colza, tournesol, etc. ... non pas pour nourrir le monde, mais pour nourrir des SUV gloutons ! Les biocarburants, c'est du gaspillage alimentaire.

Ou encore, on ferme des centrales nucléaires en les remplaçant par d'innombrables éoliennes qui bétonnisent la terre, et par des panneaux solaires photovoltaïques qui consomment mille fois (1 000 fois) plus d'espace que les installations nucléaires à production égale. Toutes ces surfaces perdues sont autant de "labourages et pâturages" sacrifiés sur l'autel du fétichisme des énergies renouvelables.

On gaspille aussi la terre en développant des agricultures de luxe qui ont besoin de plus de terre – pour n'offrir que des illusions en contrepartie ; l'agriculture bio par exemple.

L'étalement urbain, les lotissements de pavillons, sont aussi un gaspillage de la terre ; on en reparlera.

Ces gaspillages se payent ; la terre arable devient encore plus rare, il faut pressurer le moindre m² existant, et en trouver d'autres. C'est parce que la terre est rare que l'on déforeste en Amazonie et que l'on a inventé en Europe les fermes-usines (qui ne sont pas de fermes) et l'agriculture verticale hors-sol (qui n'est pas de l'agriculture). L'agriculture verticale se pratique dans des tours où, sur des dizaines d'étages poussent des salades ; de soleil elles ne voient que des lampes LED ; de terre elles ne voient qu'une solution nutritive brunâtre. La poésie champêtre n'est plus ce qu’elle était.

Les "fermes solaires", ces immenses champs de panneaux photovoltaïques (qui ne sont ni des fermes ni des champs) accaparent la terre, qui vient alors à manquer.

Puisque la terre manque, on développe alors des "fermes verticales" (qui ne sont pas des fermes)... qui utilisent l'énergie électrique fournie par les fermes solaires. Si le mot "shadok" n'avait pas déjà existé il aurait fallu l'inventer à cette occasion.

Les fermes verticales sont peut-être une bonne solution pour économiser la terre, si elles permettent une production de qualité. Mais elles sont un contresens quand elles sont alimentées par des panneaux photovoltaïques… qui sont gros consommateurs de terre.

Elles n'ont de sens que si elles sont alimentées par une source d'énergie très concentrée.

Toutes les formes de gaspillage de la terre nourricière, biocarburants, photovoltaïque, éolien, agriculture bio, participent indirectement à la déforestation exportée et / ou au développement des fermes verticales et des fermes usines.

Si on ne peut pas cultiver plus de terre, augmentons les rendements

« Si les rendements d'aujourd'hui restaient constants d'ici 2050, alors il faudrait défricher la plus grande partie des forêts restantes pour nourrir le monde. » (CREATING A SUSTAINABLE FOOD FUTURE - 2018 - Rapport du WRI, World Resource Institute, avec les contributions techniques de - United Nations Environment - UNDP, United Nations Development Programme - cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement - Inra, Institut national de la recherche agronomique - La banque mondiale.)

 

Il faut augmenter les rendements.
Sinon la forêt disparaît.

Mais comment augmenter les rendements ? Les agriculteurs font déjà tout ce qu'ils peuvent ; même trop dit-on, trop d'engrais, trop de pesticides...

Améliorer les rendements en subventionnant les engrais ?

Les pays développés ont exploité au maximum les possibilités de la révolution verte. Avec les variétés actuelles, ils ne peuvent pas faire mieux.

Toutefois, il existe encore des régions, en Afrique par exemple, qui ont encore de faibles rendements, parce qu’elles utilisent encore peu d'intrants, peu d'engrais. Cette relation entre les rendements et la disponibilité d'engrais est mécanique, elle résulte d'une contrainte de base de l'agriculture :

La matière sèche des végétaux comporte, entre autres, de l'azote.

Cet azote provient principalement du sol.

Lorsque la végétation reste sur place, comme dans une forêt, la végétation morte restitue au sol ce qu'elle y avait puisé.

Mais lorsque la végétation est récoltée, chaque récolte se traduit par un prélèvement, une exportation d'azote, qui ne retourne pas au sol.

Et le sol s'appauvrit peu à peu. Autrefois on parlait de terre "fatiguée" qu'il fallait laisser se reposer.

Il faut donc apporter de l'azote pour maintenir la fertilité du sol pour les récoltes suivantes. C'est ce que fait l'apport d'engrais.

On connaît le contre-exemple d'une terre fertile année après année, sans fertilisant : c'est le miracle Nil ; le mot miracle est à peine excessif. On en connaît l'explication : chaque année la crue du Nil renouvelle naturellement le stock de nutriments dont la terre a besoin.

Mais il n'y a pas un Nil partout. Alors, autrefois, au début de l'agriculture, la tribu nomadisait. Elle abandonnait les terres appauvries et partait défricher un nouvel espace.

Il n'y a plus d'espaces à défricher pour nomadiser comme autrefois...

On a appris aussi à alterner les cultures, en exploitant la capacité de certaines cultures, les légumineuses (légumes secs, lentilles, haricots...) à reconstituer les ressources du sol en azote à partir de l'azote de l'air. Toutefois, ces alternances se font évidemment au détriment des cultures nourricières principales.

Alors, pour nourrir le monde tous les ans, on utilise des engrais pour apporter l'azote qui manque.

Autrefois on utilisait ce qu'on avait sous la main, les déjections animales... Elles étaient en quantité insuffisante.

 

L’agriculture était en manque d’excréments !

Il en résultait qu'un grain de blé en rendait trois du temps des Romains. (Mais davantage en Égypte, grâce au Nil ; c’est pourquoi César a séduit Cléopâtre, pour lui "emprunter" son blé)

On dispose maintenant d'engrais azotés de synthèse. C’est grâce à eux que nous pouvons nourrir le monde.

Les engrais sont indispensables pour nourrir le monde.

« Il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui six milliards de personnes, et neuf milliards en 2050, sans une utilisation judicieuse d’engrais chimiques » (Il faut utiliser des engrais chimiques pour nourrir le monde - FAO décembre 2007)

C'est pour ces raisons qu'il est proposé de subventionner les engrais en Afrique subsaharienne.

« Une utilisation judicieuse d’intrants chimiques, notamment d’engrais, permettrait d’accroître sensiblement la production vivrière en Afrique subsaharienne. » (Jacques Diouf, Directeur général de la FAO - 2007)

« Les rendements peuvent y être [en Afrique subsaharienne] encore facilement augmentés en accroissant les intrants (engrais, eau, semences et matières organiques si disponibles et transportables). […]
Il faudrait donc subventionner suffisamment les intrants, afin d’augmenter et d'optimiser les productions végétales, partout dans le monde, sans avoir besoin de défricher. (Subventionnons les engrais pour les productions alimentaires nationales dans les pays de l’Afrique subsaharienne et les pays les moins développés pour stabiliser le climat et éradiquer la faim - Arthur Riedacker Co prix Nobel IPCC - Directeur de recherche honoraire de l’INRA - 2016)

La déforestation, solution facile

L'huile palme détruit ou sauve la forêt?

Il y a moins de terre à cultiver, plus de bouches à nourrir, les rendements tendent à plafonner dans les pays développés... et pourtant nous réussissons à produire plus, nous mangeons encore à notre faim, sans restriction. Comment est-ce possible, par quel miracle?

Ce "miracle" empoisonné a un nom : déforestation.

« L’expansion des terres agricoles continue d’être le principal facteur de la déforestation. » (L’avenir de l’alimentation et de l’agriculture - FAO 2017)

On ne peut plus abattre de forêt en Gaule, c'est déjà fait ; on l'a fait à la hache il y a des siècles pour en faire des plaines de blé.

Alors on "exporte" la déforestation au loin, en Amazonie par exemple.

Les transports faciles et peu coûteux permettent de découpler les lieux de production et de consommation.

 

Le résultat :

 

décroissance des surfaces de forêt monde

 

Plus d'un million d'arbres sont abattus chaque jour en Amazonie.

Les terres gagnées sur la forêt sont largement utilisées pour produire des aliments pour le bétail, du soja. À partir de ce constat, des militants assurent que nous ne manquons pas de terre, que la déforestation serait due uniquement à la seule consommation de viande dans les pays développés. La consommation de viande a en effet un impact très important sur ce sujet ; ce sera discuté plus loin (Voir sur ce site "Il faudrait manger moins de viande").

Inventer de nouvelles agricultures

La disparition des forêts, même si elle est déjà considérable, a été limitée par l'augmentation des rendements apportée par la révolution verte. Mais maintenant nous avons exploité "jusqu'à l'os" les possibilités des techniques de la révolution verte. Pour compenser la croissance de la consommation nous ne pouvons plus compter sur les bénéfices de la révolution verte. La déforestation risque donc d'accélérer si nous n'inventons pas de nouvelles agricultures, de nouvelles méthodes, de nouvelles variétés encore plus performantes, pouvant produire encore plus sur moins de terre.

Une nouvelle révolution verte est nécessaire,
pour sauver la forêt.

Les propositions de nouvelles agricultures ne manquent pas. L'agriculture "de conservation" (soutenue par la FAO), l'agriculture "raisonnée", "intégrée", "de préservation", "l'agro-écologie", "l'éco-agriculture", "la révolution doublement verte", "l'agriculture à haute valeur écologique", "agriculture à haute qualité environnementale", "l'agriculture écologiquement intensive", "l'agro-écologie écosystémique", "l'écologie agronomique", "l'agriculture multi-fonctionnelle" etc. (l'agriculture bio ne figure pas dans cette liste, elle a de trop faibles rendements.)

Cette multitude d'appellations ne signifie pas qu'il y a une multitude de solutions, elle signifie au contraire que nous n'avons pas encore de solution pleinement satisfaisante.

La France soutient l'agroécologie. Il s'agit d'une agriculture élitaire, de moindre rendement – elle ne sauvera donc pas la forêt.

La FAO promeut l'"agriculture de conservation" (Qu'est-ce que l’agriculture de conservation? - FAO). On en reparlera.

La nouvelle révolution verte

Toutefois, nous avons encore un atout : on est encore loin d'avoir exploité les fantastiques possibilités du génie génétique.

« La biotechnologie [...] est prometteuse [...]. Des variétés génétiquement modifiées (résistantes à la sécheresse, à l'engorgement par l'eau, à l'acidité ou à la salinité des sols ainsi qu'aux températures extrêmes) pourraient permettre de pratiquer l'agriculture dans les régions marginales et de remettre les terres dégradées en production. Les variétés résistantes aux ravageurs peuvent réduire la nécessité de recourir aux pesticides. » (Agriculture mondiale: horizon 2015/2030 - FAO)

Le génie génétique sera peut-être la nouvelle révolution verte.

 

 

 

[1] Ce sont les hommes qui ont entrepris de corriger ces mécanismes barbares de la nature ; par le moyen d’innovations techniques et sociétales : pilule, alphabétisation des femmes, retraite, sécurité sociale. En attendant le plein effet de ces corrections, la population mondiale croît encore ; il faut la nourrir. (Voir "La surpopulation")

[3] Il y avait autrefois plusieurs générations réunies en une seule habitation. Puis est venu le temps où chaque génération a pu vivre chacune de son côté, dans son propre appartement. Le pouvoir d'achat permet maintenant plus de ruptures conjugales avec des logements séparés pour chaque ex-conjoint. Le divorce n'est pas écologique, il consomme plus d'espace.

 

 
 
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liens externes pour ce sujet 

Mission d'animation des agrobiosciences


 

Mise à jour : 24 novembre 2022