écologie, dogmes, agriculture bio, OGM, nucléaire

 

 


Le mythe du naturel...
Nous pouvons nous défendre des erreurs de la nature, nous l'avons déjà fait.

 

 

La nature invente le virus ;

... l'homme invente le vaccin.

La nature invente les pestes ;

... l'homme invente les pesticides.

...

 

Le mythe du naturel

Les hommes ont toujours ressenti qu'ils étaient le jouet de forces, mystérieuses, inquiétantes, qui les dépassent. Pour les premiers peuples autrefois, c'est la nature tout autour qui les dominait ; les montagnes, les fleuves, la mer... Ils étaient le jouet des tempêtes, des ouragans, et des orages effrayants, éclairs et tonnerre. C'est pourquoi la nature était respectée et crainte ; ici on craignait les dieux de la mer et des tempêtes, les maîtres des orages et de la foudre... ailleurs on adorait un arbre sacré, on fuyait une montagne maudite...

Plus tard, la nature idolâtrée a été concurrencée par l'invention des dieux uniques qui seuls méritaient respect et crainte. Mais ça ne marche pas bien, les dieux uniques n'ont pas réussi, pas plus que les autres, à nous rassurer, il y a encore des orages, des tremblements de terre, des épidémies... Alors, déçus, nous revenons à nos premières amours, à l'idolâtrie de la nature ; c'est la nouvelle religion de ceux qui n'en ont plus, c'est le retour aux anciens commandements ; "La nature tu respecteras", "La nature tu suivras".

 

Il faut "suivre la nature". Mais que savons-nous vraiment de la nature et du naturel ?

Champ de blé agriculture conventionnelle

La nature bien entretenue, ces champs colorés de cultures variées, ces jardins, cette pelouse parfaite, ce petit sentier qui serpente entre les bosquets, ces forêts apprivoisées, avec petits chemins et aires pour pique-nique... nous appelons cela la nature... mais non, cela n'a rien à voir avec la nature ; la "vraie" nature, la nature primitive et sauvage, est enchevêtrement de ronces et de branches pourrissantes, boue et eau croupie, insectes répugnants et bêtes visqueuses.

Laissons une terre à l'abandon, aux soins de la nature, que viendra-t-il ? Un champ de blé ? Non, il viendra des broussailles, des épines et des chardons, c'est cela qui est naturel, pas le champ de blé.

La nature n’existe plus ! Un champ de blé, même bio, est artificiel.

Un champ cultivé, même bio, n'est pas naturel. L'agriculture elle-même n'est pas naturelle. Adam et Ève ne cultivaient pas, ne s'échinaient pas sur la charrue. Les premiers hommes chassaient, cueillaient, ils ne cultivaient pas ; il ne savaient pas qu'il était "naturel" de défricher, bêcher, arroser, désherber, ils ne savaient pas qu'il était naturel de gagner son pain à la sueur de son front.

Peu leur importait, le pain n'avait pas encore été inventé.

En supposant que le mode de vie des chasseurs-cueilleurs fût l'exemple à suivre, le "must" du "naturel", et que notre mode de vie aujourd'hui ne le soit plus, quel serait ce fameux moment où les choses auraient basculé, ce moment où le mode de vie serait devenu artificiel, non naturel ? Était-ce quand on a inventé le feu ? Quand on a inventé l'agriculture ? Quand on a construit une première hutte, fondé un premier village, une première ville ? Quand on a utilisé des pesticides naturels ? Quand on a utilisé des pesticides de synthèse ? Quand on a sélectionné des graines prometteuses ? Quand on a créé des OGM prometteurs ?

Qui peut dire ce qui est naturel, et ce qui ne l'est pas ? La notion de naturel est culturelle, de contour variable selon les époques et les lieux, arbitraire, sans fondement. Un outil est-il naturel ? Un râteau est-il naturel ? La nature n'en fit jamais. Un râteau en bois est-il naturel ? Un râteau en fer, un râteau en fibre de carbone, sont-ils naturels ? Un médicament est-il naturel ? Un OGM ?

Un courant de pensée a traversé les millénaires : ce qui est naturel vient de Dieu ou de Dieu-Nature, et cela est bon ; mais tout ce qui vient des hommes contre nature et maléfique.

Tertullien de Carthage, Père de l'Église (v. 155 – 235) :

« Ce que Dieu n'a pas produit ne saurait lui plaire ; à moins que ce ne soit par impuissance qu'il n'ait pas fait naître les brebis couleur de pourpre, ou de toute autre couleur. S'il a pu le faire et ne l'a point fait, c'est donc qu'il ne l'a point voulu : or ce que Dieu n'a pas voulu, est-il donc permis de le faire ?

Jean-Jacques Rousseau :

« tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme »

Deux millénaires sont passés, mais les faucheurs volontaires raisonnent encore avec exactement la même "logique" :

Dieu, ou Nature, n'a pas créé d'OGM parce Qu'il n'a pas voulu en créer.
Est-il permis de créer ce que Dieu n'a pas voulu créer ?
Évidemment non !
Il ne faut donc pas créer d'OGM.
Pas plus que des brebis couleur de pourpre.

Donc on fauche.
CQFD.

La nature crée épidémies et famines – l'homme invente vaccins et pesticides

Il y a plus de deux millénaires Hésiode chantait les douces collines « la terre, la toute belle aux seins épanouis ». Le culte païen d'une mythique Nature belle et bonne (alias Gaïa, Pachamama, Terre-Mère, Terre Sacrée, etc.) est toujours vivant. On rêve de "Vivre selon la nature", "respecter la nature", "vivre en harmonie avec la nature".

... Mais la nature elle-même, est-elle harmonieuse ? Elle l'est parfois ; mais elle est aussi famines et épidémies ; faut-il les subir tête basse sans réagir, dans un respect religieux de Nature et de ses colères ? Mais non, au contraire, redressons la tête, révoltons-nous ! Nous pouvons nous défendre des vices et des erreurs de la nature – nous l'avons déjà fait ; nous pouvons même faire mieux que la nature – nous l'avons déjà fait.

La nature peut encore sévir, inventer de nouvelles épidémies. Ce n'est pas le retour au "bon" vieux temps qui nous en protègera, mais au contraire les techniques des hommes, les vaccins, la médecine "chimique", le génie génétique...

La nature invente le virus ;
l'homme invente le vaccin.

 

pesticides pour combattre les pestes et ravageurs

La nature peut encore sévir, par la sécheresse, le gel... La famine peut encore revenir sous l'assaut des pestes ; c'est pourquoi nous avons créé les pesticides.

La nature invente les pestes ;
l'homme invente les pesticides.

Mais des chapelles contestent l'utilisation des pesticides.

Les pesticides ne seraient pas naturels...

... Pas aussi naturels qu’une famine.

 

La nature crée la malaria – les hommes créent des armes contre les moustiques

La malaria, un fléau majeur dans les pays du Sud : 229 millions de cas dans le monde en 2019, 400 000 morts dont 274 000 enfants (OMS - 2021). C'est pourquoi l'OMS recommande l'utilisation du DDT dans la lutte contre la malaria, en l’absence d’alternative aussi efficace.

Guerre aux moustiques, pas aux pesticides.

Mais le DDT n'est pas naturel ; alors, les lobbyistes environnementaux, droits dans leurs bottes, s'opposent à son utilisation ; les bébés africains en sont les victimes.

... Les lobbyistes environnementaux vivent en sécurité à l'abri de la malaria, loin des pays du Sud... Ils n'ont pas entendu ce que leur demande le Docteur Arata Kochi, directeur du département de l'OMS en charge du paludisme dans le monde : « aidez à sauver les bébés africains autant que vous aidez à sauver l'environnement ».

Les lobbyistes environnementaux s'opposent de la même façon à l'utilisation de moustiques modifiés pour lutter contre cette autre maladie des pays du Sud, la dengue. Ces moustiques modifiés sont des OGM, ils ne sont pas naturels, mieux vaut mourir naturellement de dengue, drapé de pureté écologique...

La nature crée la surpopulation – l'homme invente la contraception

Tertullien de Carthage, vers l'an 200, déplorait – déjà ! – la surpopulation : « Nous sommes un fardeau pour le monde [...] la nature va nous manquer. » Toutefois, Tertullien notait que la nature, prévoyante, avait créé des "remèdes" pour contenir l'excès de population :

« Il est bien vrai que les pestes, les famines, les guerres, les gouffres qui ensevelissent les cités, doivent être regardés comme des remèdes, espèce de tonte pour les accroissements du genre humain. »

Des remèdes 100 % naturels, bio, sans chimie.

Mais tout a changé maintenant, parce que ces diables d'hommes ont inventé la sorcière chimie, les vaccins contre les épidémies, les engrais et pesticides contre les famines... si bien qu'il n'y a plus assez de pestes et de famines pour contenir "les accroissements du genre humain", il y a pénurie des "remèdes" de Tertullien.

C'est pourquoi la terre est maintenant encombrée d'hommes ; les forêts disparaissent, les hommes sont entassés dans des villes immenses et n'entendent plus les oiseaux chanter. On accuse les hommes d'être les responsables de ce capharnaüm... en oubliant le rôle de la nature. L'un des "buts" fondamentaux de la nature est d'assurer la perpétuation des espèces, et pour cela elle a inventé le désir, puissant, pour qu'un lapinisme forcené compense les ravages des catastrophes naturelles, famines, épidémies, etc.

On a trouvé mieux que famines et épidémie pour réguler la population. La nature avait oublié d'encadrer le désir par une quelconque régulation, les hommes l'ont fait : ils ont inventé la contraception.

Le désir reste toujours aussi puissant alors même qu'il n'est plus nécessaire lorsque les enfants ne meurent plus, lorsque les épidémies sont maîtrisées, que la nourriture est assurée. Les hommes ont déposé des brevets pour compléter le travail imparfait de la nature : pour contenir "les accroissements du genre humain" ils ont inventé la contraception, qui rompt le lien artificiel que la nature avait créé entre plaisir, et procréation.

Quelques chapelles contestent cette contraception.

La contraception ne serait pas naturelle...

... pas aussi naturelle qu’une famine.

Le scandale du riz doré

Des populations pauvres, en Asie, en Afrique, en Amérique latine, se nourrissent principalement de riz, parfois presque exclusivement de riz. Mais la nature a oublié de mettre assez de vitamine A sans le riz ; ce qui entraîne des carences pour ces populations, avec des conséquences catastrophiques :

« On estime qu'à travers le monde, de 500 000 à 1 million d'enfants [sont atteints]. Parmi eux, près de la moitié deviendra aveugle ou aura une vue très médiocre et une grande proportion mourra. » (FAO)

Face à cette catastrophe, des hommes ont créé le "riz doré", plus riche en vitamine A, qui permettrait de réduire et peut-être éliminer cette carence, et sauver des centaines de milliers d'enfants. Mais, patatrac ! le riz doré est lui aussi œuvre des hommes, il n'est pas naturel, c'est un OGM. Et donc des chapelles de la religion de Nature, (alias Gaïa, Pachamama, Terre-Mère, Terre Sacrée, etc.), Greenpeace par exemple, combattent le riz doré.

Le riz doré n'est pas naturel...

... pas aussi naturel qu'un enfant qui meurt par manque de vitamine A.

Greenpeace a proposé une solution pour ne pas utiliser le riz doré : "il suffit" de cultiver un potager avec des haricots, des courges, etc., qui apporteront la vitamine. Et voilà !
C'est en Marie-Antoinette dans le texte : "Si vous n'avez pas de riz, mangez des courges".

Marie-Antoinette ne sait pas, Greenpeace non plus, que des familles pauvres n'ont pas de quoi s'offrir des brioches ni un potager et sont dépendantes de ce qui leur assure le plus de calories au moindre prix, le riz.
Greenpeace ne sait pas qu'une calorie apportée par des haricots coûte six fois plus qu'une calorie apportée par du riz. Il faut manger cinq fruits et légumes par jour, la multinationale Greenpeace peut sans doute se le permettre... mais pas tout le monde.

C'est l'idéologie, et sa parente l'ignorance, qui font dire à Greenpeace des bêtises, et qui font commettre à Greenpeace des monstruosités : en 2013, des activistes ont fauché volontairement un essai de riz doré aux Philippines. (Faucheurs de riz doré, faucheurs de vie) Cet essai était piloté par l'Institut international de recherche sur le riz, le Département de l'agriculture des Philippines et l'Institut philippin de recherches sur le riz.

Plus de cent prix Nobel ont signé une lettre "À l’attention des dirigeants de Greenpeace, des Nations Unies et des Gouvernements à travers le monde". Extraits :

« NOUS APPELONS GREENPEACE à cesser sa campagne contre le riz doré en particulier et contre les cultures et les aliments améliorés grâce aux biotechnologies en général. […]
Greenpeace a été le fer de lance de l’opposition contre le riz doré, qui a le potentiel de réduire ou d’éliminer la plupart des décès et maladies causés par une carence en vitamine A (CVA), dont l’impact est le plus fort sur les populations les plus pauvres en Afrique et en Asie du Sud-Est.
Combien de pauvres gens dans le monde doivent mourir avant que nous considérions cela comme un crime contre l’humanité ? »

Dengue et malaria

La malaria, un fléau majeur dans les pays du Sud : 229 millions de cas dans le monde en 2019, 400 000 morts (OMS - 2021). C'est pourquoi l'OMS recommande l'utilisation du DDT dans la lutte contre la malaria, en l’absence d’alternative aussi efficace.

Guerre aux moustiques, pas aux pesticides.

Mais le DDT n'est pas naturel ; c'est pourquoi les lobbyistes environnementaux – qui ne vivent généralement pas dans les pays du Sud, sous la menace de la malaria... – s'opposent à son utilisation, même dans la lutte contre la malaria.

Les lobbyistes environnementaux s'opposent de la même façon à l'utilisation de moustiques modifiés pour lutter contre cette autre maladie des pays du Sud, la dengue. Ce sont des moustiques OGM, ils ne sont pas naturels, mieux vaut mourir naturellement de dengue...

Satan est mort - vive Satan

Depuis que l'idolâtrie de la nature a repris du service, Dieu et Satan ont été mis de côté dans nos sociétés qui se croient laïques. Mais ils ont été remplacés.

Dieu a été remplacé par "Nature". Quant à Satan, il rendait bien service pourtant ; il était là pour endosser tout ce qui n'est pas parfait, tout ce qui va mal dans le monde parfait que Dieu avait créé. Épidémie ? Satan. Famine ? Satan. Inondation ? Satan. Une pomme croquée ? Satan encore.

Satan a été chassé... et pourtant le monde va encore mal. Il a y a encore des gens qui tombent malades, il y a encore des gens qui meurent... Il fallait trouver un autre Satan, un autre responsable.

On l'a trouvé, c'est la technique folle créée par les hommes – les pesticides, les OGM, la 5G... Un malade ? les pesticides-Satan sont responsables. Un cancer ? les OGM-Satan sont responsables. Etc.

Cette technique folle doit être combattue, quoi qu'il en coûte. Quoi qu'il en coûte aux enfants manquant de vitamine A, quoi qu'il en coûte aux enfants atteints de malaria. Car ce qui importe ce ne sont pas les enfants, mais la déesse Nature.

La technique des hommes est satanique... en fait le vrai Satan c'est le créateur de ces techniques, l'homme lui-même ; c'est le sens des déclarations de quelques défenseurs de la nature.

« Les religions monothéistes ont fait de l’humain la cerise sur le gâteau alors qu’en fait nous sommes des gens violents, destructeurs, tueurs… [...] Et je me demande si la planète ne regrette pas de nous avoir enfantés. » (Pierre Rabhi)

« Nous sommes le Cancer de la Terre ; la pullulation de l’espèce humaine est responsable d’une pollution ingérable par la nature. » (Jacques-Yves Cousteau)

« Je ne dirai jamais que j’ai un droit de vivre supérieur à celui d’un moustique » (Aern Naess, père de l'expression deep ecology. Il fut le premier secrétaire de la branche norvégienne de Greenpeace lors de sa fondation en 1988)

« Nous sommes à égalité, avec les autres formes vivantes, avec les animaux en particulier, qui sont les plus proches » (Brice Lalonde, ancien ministre de l'Environnement - 1981)

« L’élimination progressive de la race humaine résoudra tous les problèmes sur la terre, qu’ils soient sociétaux ou environnementaux » (David Foreman, fondateur de Earth First)

Etc.

Défendre l’environnement des hommes, ou défendre la nature ?

Nous souhaitons tous que notre planète bleue soit verte. Pas seulement les daltoniens. Nous souhaitons tous défendre l’environnement.

Tous ? Non. Il y a aussi des défenseurs de la nature ; et même si la confusion est courante, ce n'est pas la même chose.

Défendre l’environnement, l'environnement des hommes, c’est aménager la forêt pour en faire un lieu accueillant et agréable aux hommes. On débroussaille les sous-bois, on trace et on entretient de jolis petits sentiers, on installe même quelques bancs publics. La forêt n'est pas importante en elle-même, elle est importante pour améliorer le cadre de vie des hommes.

Défendre la nature, c’est au contraire donner la priorité à la forêt en elle-même. C’est laisser les ronces envahir la forêt, effacer les traces du passage des hommes ; la nature ne serait belle que vierge, lorsqu'elle n'a pas encore connu l'homme. L'homme n’est plus qu’un élément de ce qui existe, parmi d’autres ; rien de plus qu’une rose ou un moustique ; ou de la mauvaise herbe.

Cette simple différence de mots, défendre l'environnement ou défendre la nature, n'est pas une finasserie intellectuelle abstraite ; elle a des conséquences concrètes. Pour les défenseurs de la nature le riz doré n'est pas aussi naturel qu'un enfant qui meurt par manque de vitamine A, et les pesticides ne sont pas aussi naturels qu’une famine.

 

 

 

 

 

 
 
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Mise à jour : 23 novembre 2021