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Le mythe du "bon" vieux temps - Le bon vieux temps était-il bon ?

 

 

« Il est nécessaire de connaitre le passé pour bien comprendre le présent et construire l’avenir » (Machiavel)

 

Nous avons de formidables défis à relever – alimentaires, énergétiques, climatiques.

Nous ne pourrons répondre avec réalismes à ces défis devant nous, que si nous avons déjà une vision réaliste du passé, du présent.

 

Le mythique "bon vieux temps"... En réalité dans le "bon" vieux temps la disette et la famine étaient toujours là en embuscade, profitant du moindre épisode trop pluvieux, trop sec, trop froid, trop chaud…

Le mythique "bon vieux temps"... était le temps de la mort infantile.

 

 

La planète bleue n'était pas verte, la vie n'était pas rose

Tout va mal ! On nous le répète, l’air que nous respirons est pollué, l’eau que nous buvons malsaine, notre nourriture empoisonnée, la planète en ruine… "C'était mieux avant !", il faut vite revenir au "bon" vieux temps, lorsque la planète bleue était encore verte... et nous finissons par le croire.

Il y a en effet bien des problèmes à corriger ; mais qui n'effacent pas toute la réalité rassurante que nous avons sous les yeux : les villages fleuris, proprets et bien soignés ; les passants, convenablement habillés, en bonne santé ; des passants, jeunes, des moins jeunes, beaucoup de "seniors" – c’est normal, puisque aujourd’hui en France on vit en moyenne quatre-vingts ans ; en dépit de l’eau malsaine et de la nourriture empoisonnée.

Autour du village, les champs bariolés de cultures variées s'entrecroisent.

L'évidence est que la campagne aujourd'hui est belle, que les rues sont belles. Qui troquerait une rue d'aujourd'hui contre une rue du "bon" vieux temps (ici de Beauvais) ?

« Les rues [...] offraient, comme en bien d’autres villes, le spectacle d’une malpropreté qui, à distance, nous paraît répugnante. On n’en donnera que cette preuve : l’inlassable répétition, d’année en année des mêmes ordonnances de police par le bailli de l’évêché-comté-pairie, chargé de toutes les questions de voirie. Les bouchers jetaient régulièrement à la rue les "entrailles et boyaus" des bêtes abattues ; rôtisseurs, pâtissiers et poissonniers les imitaient. Des volailles et des porcs erraient, cherchant leur nourriture dans les tas de fumier que chacun entretenait devant sa porte dans l’espoir d’engraisser un jardin. Trop souvent, le bailli interdit aux Beauvaisiens de "faire leurs ordures dans les rues", d’y "jeter tant de nuit que de jour ordures et immondices, urine et excréments". [2]. »

 

 

Le bon vieux temps, c'était le paradis terrestre... pour les mouches.

Quant aux passants dans cette rue répugnante du "bon" vieux temps, nous rêvons qu’ils étaient de beaux et vigoureux gaillards, solides, fortifiés par une vie saine au grand air, par une alimentation naturelle qu’aucun pesticide encore n’avait contaminée. Hélas…

« L’ignorance quasi totale d’hygiène personnelle et collective faisait que l’eau et la nourriture étaient sources constantes de contamination…
Ces conditions sanitaires primitives déclenchaient continuellement des infections bactériennes gastriques, dont la plus redoutable était la dysenterie, qui emportait de nombreuses vies sans distinction de sexe ni d’âge, en l’espace de quelques heures ou de quelques jours. Provoquées par un régime alimentaire déséquilibré chez les riches et par la consommation de nourriture avariée ou insuffisante chez les pauvres, les problèmes gastriques de tous ordres étaient chroniques. La fréquence de vers intestinaux… était une maladie lente et répugnante qui minait la population et la maintenait en mauvaise santé… [...]
tandis qu’ulcères purulents, eczéma, croûtes, plaies suppurantes et autres maladies de peau étaient monnaie courante et duraient souvent des années [3]. »

Le bon vieux temps ce n'était pas les princes et les princesses des contes ; c'était surtout de pauvres gens.

Disettes et famines

La nourriture du bon vieux temps ? Tout était bio. On mangeait d’abord la soupe bio ; et ensuite… ensuite rien ! La viande ? presque jamais. La poule au pot le dimanche ? … Ce n'était qu'une promesse, de la "com" dirait-on aujourd'hui. Le pain du bon vieux temps ? Il avait peu à voir avec notre "pain à l'ancienne" (qui n’a rien d’ancien, on crée de nouvelles variétés de blé pour le fabriquer). Il était fait alors d’un mélange de seigle, de froment, d’orge, qu'on ne cuisait que toutes les deux à trois semaines – d'où l'idée géniale de le tremper dans la soupe pour le ramollir.

Allez, vous prendrez bien un dernier petit quignon rassis pour la route ?

De la bonne soupe ? même pas. De la soupe en abondance ? même pas.

Bref, un régime sans risque d'obésité. Le mot même n’existait pas, il n'y avait alors que de l'embonpoint – ne pas confondre ! Quelques rares privilégiés seulement avaient cette chance extraordinaire d'être en bon point – une condition enviable et admirable :

« Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire. » (La Fontaine Le Loup et le Chien)

Pas d'obésité, mais au contraire la disette et la famine qui étaient toujours là en embuscade, profitant du moindre épisode trop pluvieux, trop sec, trop froid, trop chaud…

« Si la malnutrition est endémique dans les couches modestes de la population, et surtout de la population rurale, on ne signale que trois disettes graves entre la famine de 749-750 et celle de 840. » (Charlemagne, Jean Favier – Fayard.)

« La France, pays privilégié s'il en fut, aura connu dix famines générales au Xe siècle, vingt-six au XIe, deux au XIIe, quatre au XIVe, sept au XVe, treize au XVIe, onze au XVIIe. » (Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme)

Hibernatus, le retour !

Si l’on remonte plus loin dans le passé, vers des temps que nous croyons plus bucoliques encore, quand il n’y avait même pas de ville, seulement la nature, les fleurs et les petits oiseaux, nous avons un témoin en chair et en os – surtout en os – pour nous en parler : Ötzi, "l’homme des glaces", retrouvé en 1991, momifié dans un glacier à la frontière entre l’Autriche et l’Italie. Ses restes ont parlé : ils ont confessé que ses poumons étaient encrassés par la fumée du feu de bois. Ses viscères ont également avoué qu'il avait bu de l'eau contaminée par des matières fécales…

Ah ! la saine vie champêtre de nos ancêtres !
Feu de bois et eau courante des petits ruisseaux !

Imaginons que l’on retrouve un jour un Hibernatus de la Beauvais du XVIIe siècle, parfaitement conservé dans je ne sais quelles glaces, et qu’on puisse le ramener à la vie… Son vieux monde lui reviendrait en mémoire, lorsqu'il vivait naturellement (mal), se chauffait naturellement (mal), mangeait naturellement (mal) ; lorsqu'il avait l'estomac naturellement pourri par une nourriture sans variété, mal conservée dans la chaleur de l’été sans réfrigérateur ; lorsqu'il puait naturellement de la bouche ; lorsqu'il était mort naturellement (mal), à quarante ans, sans dents depuis longtemps.

En ouvrant ses yeux décongelés, il découvrirait notre monde qu’on dit pollué ; des rues asphaltées, des supermarchés, des immeubles en béton. Le béton n'est pas toujours sexy, mais dans ces immeubles en béton, il y a des appartements sains, bien chauffés, lumineux ; le réfrigérateur est plein de nourriture variée et contrôlée ; il y a de l'eau à volonté, sans germes ; les ordures sont ramassées tous les jours et ne s’accumulent pas dans la rue ; les habitants sont en bonne santé, pris en charge quand ils sont malades, prennent une douche et se changent tous les jours ; ils ne sont pas obligés d'aller dans le froid au lavoir public à l'eau croupissante, ils ont une machine pour laver leur linge ; ils sentent le savon, ils savent lire et ont le temps de lire, de savoir ce qui se passe à l'autre bout du monde – et même de se demander qui ils sont, d’où ils viennent, où ils vont...

La puce, petit animal familier…

Quant à l'hygiène personnelle… « On admettra aisément qu'un produit si rare [l’eau domestique] ne fût point gaspillé. L’eau devait servir d'abord à la cuisine, nécessité et principal plaisir de l'existence. Il n'était pas question de la répandre sottement pour les soins du corps. » (La vie quotidienne sous Henri IV – Philippe Erlanger – Hachette 1958) D’autant plus que la médecine considérait la crasse comme une protection, puisqu’en bouchant les pores de la peau elle fermait la porte aux infections. Il en résultait naturellement que

« Le châtiment était là, continuel, puisqu'il s'exerçait par l'entremise des poux, des puces, des punaises et autres vermines. Le seigneur le subissait sous son pourpoint brodé d'or comme le mendiant sous ses haillons. »

Petit Poucet et Chaperon rouge

Autre châtiment, plus terrible encore que les poux, les puces et les puanteurs : la pauvreté et la mort infantile.

Dans le bon vieux temps, maman et papa Petit Poucet étaient si pauvres et désespérés qu’ils se résignèrent à aller perdre leurs enfants dans la forêt. Dans le bon vieux temps il ne faisait pas bon se promener dans les bois, parce que le loup y était, demandez au petit chaperon rouge.

Même les enfants "bien nés" survivaient peu. Bach eut 20 enfants, 10 seulement atteignirent l’âge adulte. Louis XIV eut six enfants (de son épouse légitime…), seul le premier atteignit l'âge adulte. Les magazines people ne dirent rien de tous ces drames, parce qu’il n’y avait pas encore de magazines people, et parce qu'à l’époque il était naturel que les enfants meurent, même les enfants de stars de la musique ou de rois, pas de quoi en faire de gros titres.

Au XVIIIe siècle, près d’un nouveau-né sur trois mourait avant un an. En 2015, c'était le cas pour moins de quatre nouveau-nés sur mille.

On ne peut pas dire que la science ait vaincu la mort ;

on peut dire qu'elle a vaincu la mort infantile.

[...]

Dans la Rome impériale, passée la période des maladies infantiles, l'espérance de vie d'un Romain était de 41 ans, d'une Romaine 29 ans. L'espérance de vie à la naissance était d’environ 25 ans (80 ans aujourd’hui en France).

On n’a pas connaissance d’un marchand de teinture des cheveux blancs qui ait fait fortune à Rome en ces temps-là.

[...]

 

 

[2] 100 000 provinciaux au XVIIe siècle – Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730 – Pierre Goubert, professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne – Champ historique – Flammarion – 1977

 

[3] Lawrence Stone de l’université de Princeton. Cité par Bjørn LOMBORG - L'écologiste sceptique - Le véritable état de la planète - Le Cherche midi éditeur.

 

 


 

 
 
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Mise à jour : 7 juin 2021