Énergie, climat, alimentation. Adaptation des espèces.

 

 


Énergie et réchauffement climatique
L'énergie est vitale

 

L'énergie est vitale pour nos sociétés populeuses ; du pétrole coule dans leurs veines, du 220 V court dans leurs nerfs.

Mais la combustion des énergies fossiles est à l'origine du réchauffement climatique.

Il faudrait renoncer à utiliser les énergies fossiles.

Tout en assurant aux pays émergents l'énergie dont ils ont besoin pour se développer et vivre dignement eux aussi.

 

L’énergie est vitale

Autrefois quelques rares hordes de bons sauvages pouvaient subsister, plus ou moins mal, de baies et de racines, sans autre énergie que l'huile de coude.

Les anciennes civilisations, égyptienne, grecque, romaine, plus populeuses, ont dû trouver d'autres énergies. Elles ont utilisé des énergies renouvelables : la force des animaux domestiques, le bois prélevé sur la forêt… et l'huile de coude encore, mais de préférence celle des coudes des esclaves prélevés sur les peuples vaincus [1][2]. Lorsque l’on s’extasie sur un "travail de Romain", le pont du Gard, le Colisée… c’est un abus de langage ; il s’agit d’un "travail d’esclaves des Romains". Ce sont les esclaves qui ont embelli les cités romaines, qui ont bâti les aqueducs, les temples, pavé les rues... C'est par le travail de Romain des esclaves de Romains que Rome en l'an 0 était mieux équipée en rues pavées, en égouts, en distribution d'eau, que les villes de France au temps du roi soleil. En visitant Pompéi on ne s’étonne pas de ces rues parfaitement pavées – un luxe pourtant extraordinaire quand on considère qu’il fallut attendre Philippe Auguste au XIIe siècle pour paver quelques rues de Paris [5].

L'esclavage est maintenant interdit [6]. Cela ne s'est pas fait sous l'effet d'une soudaine poussée éruptive d'empathie et de générosité dans les cœurs. Tout simplement, on a trouvé autre chose : les énergies fossiles. L'entretien d'un esclave – que l'on est bien obligé de nourrir – est devenu plus coûteux que le pétrole fournissant le même travail.

C'est l'énergie qui a permis l'amélioration spectaculaire des conditions de vie dans les pays développés – la santé, l'alimentation, le confort, la semaine de 35 heures et les congés payés, l'éducation, les loisirs, la sécurité, moins de pollution, etc.
Plus précisément, ce sont les énergies fossiles, abondantes et bon marché, qui ont permis ces miracles. 80 % de l'énergie consommée dans le monde est de l'énergie fossile.

Les esclaves libérés ont été remplacés par des milliards de moteurs. Chacun de nous dispose de centaines d'esclaves-moteur lui procurant confort et temps libre. Quand les moteurs tournent jour et nuit il n'est plus nécessaire d'envoyer les enfants aux champs ou à la mine, ils peuvent maintenant aller à l'école.

C'est l'énergie fossile qui laboure dans les champs, qui pioche dans les mines, qui ouvre les routes, construit les logements, qui nous réchauffe, qui fait tourner les machines qui produisent nos voitures, vêtements, smartphones... Il faut des millions de machines gourmandes d'énergie, de pétrole, pour travailler la terre, récolter le blé, le transporter, le moudre, cuire le pain...

Le pétrole est vraiment génial, il fait notre confort !
Si génial qu'il est devenu une drogue dure.

Les économies de nos sociétés, quels que soient leurs systèmes politiques, sont fondées sur la disponibilité de l'énergie fossile, abondante et bon marché. Chaque producteur a besoin d'énergie ; il dépend aussi d'autres producteurs qui eux aussi ont besoin d'énergie, qui eux aussi dépendent d'autres producteurs, etc., et tous ont besoin de transports utilisant de l'énergie fossile (directement, ou indirectement via l'électricité).

Un château de cartes.
Que quelques cartes se détachent, le château s'écroule.
Le ciment du château, c'est l'énergie.

Mais, si le ciment manquait, si le pétrole manquait, si l'énergie devenait rare ?

Sans pétrole les artères qui irriguent les villes se vident de leur sang, le flot des camions se tarit, les boulangers attendent la farine, il n'y a plus de pain quotidien et aucune prière ne pourrait le donner. Sans énergie il y aura encore de l'eau, mais il faudra aller la chercher à la rivière et elle ne sera plus potable.

Lorsque l'énergie fait défaut les États sont en manque, prêts à tout, même à entrer en guerre, pour se procurer leur dose auprès de n'importe quel dealer, pour conquérir les dernières gouttes de pétrole... Parce que lorsque l'énergie manque, des entreprises s'arrêtent, des briques se détachent, entraînant la chute d'autres briques, le château de cartes s'écroule de proche en proche dans un chaos de guerres et de famines.

L'énergie est vitale. L'énergie peut être chère, même dangereuse,
ce sont de vrais problèmes ;
mais ils sont secondaires comparés au chaos que le manque d’énergie entraînerait.

 

Les énergies fossiles sont le sang et la vie de nos sociétés ;
du pétrole coule dans leurs veines,
du 220 V court dans leurs nerfs.

Énergie et réchauffement climatique

L'énergie est vitale. Mais notre énergie provient massivement des combustibles fossiles – à 80 %. En conséquence nous émettons d'énormes quantités de CO2 dans l'atmosphère ; des quantités croissantes parce que les populations augmentent ainsi que leurs pouvoirs d'achat.

 

 

évolution des émissions de CO2 dans le monde

 

Sources : The Global Carbon Project

Derrière ces émissions de CO2 le réchauffement climatique couvait. Encore imperceptible il y a quelque temps, il se manifeste clairement maintenant, les catastrophes annoncées deviennent réalité : canicules, sécheresses, inondations, etc.

 

 

réchauffement climatique, évolution des températures

 

Source : Température mondiale : les prévisions du Met Office pour 2016 (depuis 1880, projection pour 2016).

 

Tout bien pesé, le pétrole n'est pas vraiment génial.

Il faut réagir, vite, consommer moins de pétrole, moins d'énergies fossiles, c'est urgent [6-1].

Il est même déjà tard, en raison de l'inertie du système climatique. Le CO2 émis ne s'élimine pas tout de suite, sa durée de vie dans l'atmosphère est de plusieurs dizaines d'années. C'est-à-dire que le réchauffement climatique constaté ce soir ne vient pas du charbon que j'ai brûlé ce matin ; il vient du CO2 qui a déjà été émis depuis des dizaines d'années et se trouve encore dans l'atmosphère, qui la réchauffe encore, et continuera à la réchauffer longtemps encore.

Le rechauffement climatique est engagé, et on ne peut pas revenir en arrière. Si à partir d'aujourd'hui on ne consommait plus un seul gramme d'énergie fossile... l’effet serait le même que lorsqu’un supertanker lancé à pleine vitesse freine de ses supers quatre fers, ou que lorsque le Titanic tentait d'éviter l’iceberg : il n’y aurait pas d’effet ! Pas immédiatement, pas assez vite, trop tard ! Le Titanic a coulé, les banquises sont cuites, la messe climatique est dite.

Il y aura réchauffement. Il suffit d'attendre.

L'objectif maintenant n'est plus de l'éviter, mais de le limiter – et de s'adapter.

« Le réchauffement dû aux émissions anthropiques mondiales qui ont eu lieu depuis l’époque préindustrielle jusqu’à présent persistera pendant des siècles à des millénaires et continuera de causer d’autres changements à long terme dans le système climatique. » (Réchauffement planétaire de 1,5 °C - GIEC - 2019)

Quand il est urgent, il est déjà trop tard.
C'est le cas pour le réchauffement climatique.

Des activistes affolés tentent de rattraper le temps perdu ; ils réclament, tout de suite, un "traité de non-prolifération des combustibles fossiles" (Un traité pour en finir avec les combustibles fossiles - Réseau Action Climat). Ils ont raison, il faut sortir des énergies fossiles, vite.

Mais il faut réfléchir avant de mettre la charrue avant les boeufs. L'énergie est vitale, on ne peut "en finir avec les combustibles fossiles" qu'au fur et à mesure qu'on peut les remplacer par des énergies bas carbone, sous peine d'effondrement économique et de chaos.

D'autant moins que pour l'instant ce sont les énergies fossiles qui creusent les mines, qui font tourner les usines, les aciéries, et tout ce qui est nécessaire pour produire les énergies de remplacement.
Pas d'énergies fossiles, pas d'éoliennes...

(C'est, entre autres raisons, parce qu'elles sont construites avec des énergies fossiles peu chères, qu'on ne se rend pas compte du vrai coût des énergies renouvelables.)

Il faut vraiment remplacer les énergies fossiles, vite. Mais si forte est notre dépendance actuelle aux énergies fossiles que cela demandera des transformations considérables, des adaptations, de la sobriété peut-être. C'est pourquoi cette "transition énergétique" ne progresse que lentement ; il faut beaucoup de sagesse et de raison pour accepter des sacrifices aujourd'hui pour prévenir des problèmes futurs ; pourquoi remettre à aujourd'hui ce qu'on peut faire demain ? De sorte que le risque existe que l'on ne sorte des énergies fossiles, dont les réserves baissent inexorablement, que sous la contrainte des pénuries.

Trop tard.
Trop tard pour ralentir le réchauffement climatique.
Trop tard aussi pour éviter le chaos qu'entraînerait une pénurie énergétique non anticipée.

... [ ... ] ...

Les chercheurs prévoient une augmentation de + 1,1°C à + 6,4°C d’ici 2 100 [7]. C’est peu ? … Il y a 20 000 ans, la température moyenne de la Terre était inférieure de 5°C seulement à ce qu’elle est aujourd’hui… ce qui a suffi pour recouvrir le Nord de l’Europe de 2 à 3 km de glace et à faire baisser le niveau des océans de 120 m ! Et si ma température corporelle augmentait de seulement 4°C, je devrais m'en inquiéter sérieusement.

... [ ... ] ...

Économiser l'énergie ?
... Mais il y a de l'énergie clandestine partout !

L'ombre du réchauffement climatique commande de s'en préoccuper, ne pas l'aggraver, s'y adapter. Ceux qui ont survécu aux glaciations sont ceux qui se sont adaptés en inventant le manteau de fourrure.

Pour limiter le réchauffement climatique il faudrait réduire, annuler peut-être, les émissions de CO2, donc consommer moins d'énergie fossile... donc consommer moins d'énergie puisque 80 % de notre énergie est de l'énergie fossile.

La difficulté est qu'il y a de l'énergie partout !

L'énergie clandestine - "Avez-vous de l'énergie à déclarer ?"

Il y a de l'énergie partout, pas seulement sous sa forme visible, charbon, pétrole, électricité, etc., il y a aussi de l'énergie dans presque tous les produits. Il y a de l'énergie cachée, clandestine, sournoise, tapie partout, dans le béton, l’acier, le verre, le coton, un pot de yaourt, etc. La moitié seulement de l’énergie consommée en France est de l’énergie honnêtement déclarée et comptabilisée en tant que telle : le chauffage des appartements, l'éclairage, les transports… L'autre moitié est de l'énergie "clandestine", grise, cachée dans tout ce que nous consommons ; "Avez-vous de l'énergie à déclarer ?" L'énergie clandestine est celle qui est brûlée dans l’exploitation des mines, la transformation des matières premières, la fabrication, le conditionnement, le transport jusque dans nos maisons, etc. [7-1]. Il y a des kg d’équivalent carbone clandestins dans chaque kg de produit manufacturé ; il y a du charbon clandestin dans mon pantalon – 7 kg de CO2 émis pour le fabriquer et le distribuer. Mon PC super-léger pèse 350 kg ! 350 kg de CO2. Il y a aussi du pétrole dans mon bifteck : 2 à 3 kg d'équivalent pétrole dans un kilo de bœuf. Nous mangeons du pétrole ! [7-2]

Les énergies fossiles peu chères nous inondent de biens qui tous auront émis du CO2 lors de leur fabrication.

Pour "Économiser l'énergie" il ne suffit pas de consommer moins d’énergie visible et déclarée, de l’essence, du fioul, du charbon ; il faut en réalité consommer moins de tout ; moins de kilomètres en voiture ou en avion évidemment, mais aussi moins de bibelots et de pantalons…

Environ 40 % de l'empreinte carbone d'un Français est non visible, cachée dans son alimentation et ses biens de consommation. Cette énergie cachée s'ajoute à l'énergie visible – transports, chauffage, électricité, etc. – la seule énergie à laquelle nous pensons généralement.

« Un euro dépensé en consommation finale en France en 2007 a généré en moyenne 465 g d’équivalent CO2 » (ALLEGER L’EMPREINTE ENVIRONNEMENTALE DE LA CONSOMMATION DES FRANÇAIS EN 2030 - ADEME 2015).

Il faut donc consommer moins, moins de tout

Il faudrait donc non seulement consommer moins d'énergies fossiles, mais aussi consommer moins, moins de tout, moins de biens et de services, puisqu'il y a de l'énergie partout. On verra tout au long de ce livre combien cet objectif est difficile à atteindre.

- Nous ne sommes pas sobres naturellement. Nous avons, inscrit dans notre ADN depuis notre passé lointain dans la savane, un penchant naturel à consommer sans modération, sans autre retenue que notre pouvoir d'achat. (Voir sur ce site La sobriété n'est pas naturelle)

- La population mondiale augmente. Donc elle consomme plus.

- Dans les pays émergents, des milliards de Terriens sont impatients de s'équiper pour vivre dignement eux aussi [8]. Leur préoccupation est d'émerger, pas de consommer encore moins que pas assez.

- Les pays développés sont disposés à faire quelques "petits gestes pour sauver la planète"... mais sans réduire leur train de vie ! Au contraire, ils implorent la croissance, comme des sorciers implorant la pluie.

Il y aura donc réchauffement climatique.

Il ne s'agit pas de crier au loup pour affoler le village, ça c'est dans les fables ; il s'agit de prendre conscience qu'il faut se préoccuper sérieusement du problème, tout de suite.

Nous avons commencé à nous en préoccuper ; mais cool, tranquille, en prenant notre temps, parce que :

"Jusqu’ici tout va bien."
(disait celui qui tombait du haut de la tour)

 

La fracture planétaire - L'essor des pays émergents

La recette contre le réchauffement climatique serait : une louche d'énergies renouvelables, une cuillère d'économies d'énergie "visible", une pincée d'économie circulaire, un train de vie différent, mais attention !, pas moins de train de vie. Et voilà ! À cela les Verts ajoutent une sortie du nucléaire. L'avenir sera rose quand il sera vert. Les héros des temps modernes sont les héros verts en bleu de travail qui bâtissent un avenir rose en construisant des éoliennes, en installant des panneaux photovoltaïques, en démontant les centrales nucléaires... même si fermer une centrale nucléaire est aussi nocif et délétère qu'étaient les saignées autrefois : dans les deux cas on en sort affaibli ; on peut même en mourir (Voir La transition énergétique).

La recette est présentée avec une telle assurance, avec tant de "verdeur", que nous sommes tentés de l'acheter sans garantie.

Mais… si ça ne marche pas, où est le service de réclamation, quel est le numéro vert des Verts ?

Sera-t-il encore temps d'essayer une autre recette ?

Sera-t-il encore temps de remettre en service
les centrales nucléaires démontées ?

Pour l'instant, la recette ne fonctionne pas. Tous les jours la presse rapporte les effets d'un réchauffement climatique global déjà engagé, qui augmente ; sécheresses, canicules, inondations, incendies et ouragans catastrophiques... Et les rapports successifs du GIEC sont de plus en plus pessimistes.

Parce que la recette ne tient pas compte de la fracture planétaire qui sépare cinq milliards de personnes dans les pays pauvres et émergents d'un côté, et deux milliards de développés d'un autre côté. Les uns consomment trop, les autres pas assez – pas encore assez. On ne peut pas prescrire le même régime aux uns et aux autres, c'est même le contraire, diète pour les uns, alimentation vitaminée pour les autres, c'est-à-dire investissements et développement.

La recette a été mitonnée dans les cuisines des pays développés, pour les pays développés. Ils ont déjà plus que le nécessaire, ils peuvent se permettre d'investir dans une transition coûteuse vers le monde de demain.

Mais les pays pauvres ne peuvent pas se permettre ce luxe ; leur horizon c'est ce soir, c'est de se développer maintenant pour vivre dignement tout de suite, l'avenir on verra après.

Comment réduire les émissions de CO2
quand cinq milliards d'émergents doivent émerger ?

Il faudrait consommer moins.

Mais soyons plus précis : il faudrait que les pays développés consomment moins ; mais il n'est pas question de demander aux pays pauvres, qui sont déjà des professionnels de la sobriété, d'être plus sobres que sobres. Qui aurait le mauvais goût d'accuser les milliards de démunis des pays pauvres ou émergents de trop consommer ? Consommer trop est un "privilège" rare, réservé aux happy few des pays développés, les passagers qui ont trouvé dans leur berceau un billet de première classe pour voyager sur le navire-planète.

On a coupé des têtes pour enseigner que les hommes naissent libres et égaux... mais certains sont encore beaucoup plus égaux que d'autres ; il y a maintenant une nouvelle aristocratie de naissance selon que l'on est né dans un pays développé ou non.

Les titres de noblesse, c'est-à-dire les billets de première classe, sont rares, moins de deux milliards, essentiellement dans les pays développés. Une fracture planétaire sépare ces passagers privilégiés des cinq milliards de passagers de troisième classe qui voyagent dans les ponts inférieurs.

La pauvreté existe aussi dans les pays développés, suscitant protestations, réclamations, manifestations. Mais cette pauvreté-là est désirable pour nombre de pays pauvres. Un travailleur en France ne gagnant que le SMIC est 10 fois moins pauvre, ou 10 fois plus riche, qu'un habitant de République centrafricaine où le revenu national brut par habitant en 2013 était de moins de 2$ par jour. Sans compter les amortisseurs sociaux. C'est pour bénéficier de cette pauvreté-là que des désespérés prennent le risque de traverser la mer Méditerranée – le "mur méditerranée" – au péril de leur vie.
La majeure parti de la population française fait partie des 10 % les plus riches de la population mondiale.

La pauvreté absolue, celle de ne même pas pouvoir se nourrir suffisamment, a pratiquement disparu ; mais la pauvreté relative, celle qui se ressent par comparaison à d'autres plus privilégiés, augmente.

Les pays développés vivent au-dessus des moyens de la planète ; pendant longtemps ils ont été les principaux responsables du réchauffement climatique. Il serait justice qu’ils soient les premiers à faire des efforts pour réduire leurs émissions de CO2. D'autant qu'ils peuvent se le permettre tout en continuant à vivre encore décemment et même confortablement, ce qui n'est pas le cas des pays pauvres.

Mais cela suffirait-il ? Les pays riches ont-ils les épaules assez larges pour sauver la planète à eux seuls ? Non :

 

 

évolution des émissions de CO2 dans le monde

 

D'après International Energy Outlook 2016

(OCDE = "Organisation de Coopération et de Développement Économique", qui regroupe la plupart des pays développés.)

 

- La croissance des émissions des pays émergents, est spectaculaire, comme on doit s'y attendre... puisqu'ils émergent. Ils émettent peu par habitant, mais les populations augmentent et leur niveau de vie aussi.

- Les émissions des pays développés ont tendance à se stabiliser [8-2].

• La barre horizontale fléchée indique la limite d'émission mondiale totale à laquelle il faudrait revenir en 2035 pour contenir la hausse des températures à 2°C seulement (WEO 2011).

- Cette limite est déjà dépassée par l'ensemble de la planète.

- Cette limite sera très bientôt dépassée par les seuls pays émergents.

Ce diagramme met en évidence une réalité redoutable : les émissions des énormes pays pauvres et émergents pourront déjà créer, à elles seules, un réchauffement climatique supérieur à 2°C... et on ne peut pas demander à ces pays de rester pauvres !

Même si les pays développés
ne vivaient plus que de vent et de soleil,
il y aurait quand même réchauffement climatique.

...[...]...

Le maximum syndical

« Le train de l'humanité et son panache de CO2, mais aussi le nombre de ses voyageurs qui augmente de 1,5 million d'âmes chaque semaine, accélère sa course. Depuis l'an 2000, les émissions de gaz à effet de serre par rapport à la décennie précédente ont triplé : de 1 % chaque année à 3,4 %. […]
Il s'agit de freiner en quelques minutes un train qui fonce vers l'abîme tout en changeant en pleine course le moteur et le carburant de la locomotive, mais aussi en improvisant de nouveaux brevets et des technologies alternatives. Le tout en convainquant les passagers confortablement installés sur leurs sièges que ce chambardement à froid est pour leur bien ! » (Rendez-vous avec la planète - Le Nouvel Observateur, semaine du 03 décembre 2009, par Daniel Cohn-Bendit, Guillaume Malaurie, Vincent Jauvert)

Les conducteurs de locomotive dans les pays développés ont bien compris qu'il y a un problème, qu’il n’est pas possible d’avoir le beurre et l'argent du beurre, d'avoir à la fois croissance et progrès social et réduction des émissions de CO2. Mais il faut beaucoup de courage pour l'annoncer aux passagers ! D'autant plus qu'il faut aussi leur demander de payer d'avance, de débourser dès aujourd'hui l'argent du beurre de demain, un beurre qu'ils ne connaîtront peut-être jamais, seuls leurs enfants le goûteront.

Les passagers de première classe – ils sont deux milliards, seulement, essentiellement dans les pays développés – ont bien compris eux aussi qu'il y a un problème ; ils sont même héroïquement prêts à faire leur part du travail, ils sont prêts à aller jusqu'au maximum syndical écologique, qui est comme chacun sait de fermer le robinet lorsqu’on se brosse les dents. Mais au-delà, ils exigent que les chauffeurs s'en débrouillent seuls. (Voir Peut-on échapper au réchauffement climatique ? Que peuvent les gouvernements ? Que pouvons-nous ?)

Quant aux passagers de troisième classe – ils sont bien plus nombreux, cinq milliards, dans les pays qui émergent – ils s'activent avec une formidable énergie juvénile pour monter en seconde classe.

Leur préoccupation est d'émerger maintenant,
elle n'est pas de réduire les émissions de CO2 demain.

 

 

[1] Jules César aurait ramené un million d’esclaves de la Gaule conquise. Après la chute de Jérusalem et la fin de l’aventure franque en terre sainte, on déplora un effondrement, un krach du cours du chrétien à Damas, tant l'offre était abondante.

[2] Les esclaves étaient une énergie potentiellement renouvelable... l’Empire romain interdit de les castrer – c'était le minimum pour assurer le renouvellement. Il inventa également les premières lois sur les économies d’énergie en interdisant de (trop) les maltraiter.

[5] « Philippe, toujours auguste, retenu alors quelques temps à Paris par les affaires de l'État, s'approcha d'une des fenêtres de son palais, où il se mettait ordinairement pour se distraire par la vue du cours de la Seine. Des chariots qui traversaient, en ce moment la Cité, ayant remué la boue, il s'en exhala une telle puanteur que le roi ne put y tenir. [...] il ordonna de faire paver toutes les rues et places de la ville, avec de fortes et dures pierres. » (Chronique de l'abbaye de Saint-Denis)

[6] Depuis 1848 dans les colonies françaises. C'est très récent.

[6-1] Version Jacques Chirac : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »
  Version Nicolas Hulot : « La planète est en train de devenir une étuve. »
  Version Emmanuel Macron : « On est en train de perdre la bataille. » [ contre le réchauffement climatique] - « On ne va pas assez vite. »

[7] La fourchette est large car elle dépend d'incertitudes techniques, et surtout d'incertitudes sur la capacité des hommes à changer de comportements (Voir sur ce site Réchauffement climatique et consommation - L'ADN de la savane)

[7-1] Le paradoxe est que les produits qui contiennent le moins de CO2 et de matériaux, par rapport au pouvoir d'achat qu'ils captent, sont les produits de luxe ; un tableau de maître, une montre de luxe... le luxe est écologique !

[7-2] Aux États-Unis, il faut dépenser dix calories de carburant fossile pour produire une calorie de nourriture.

[8] Un exemple terre à terre de ce qu'il y a à faire :
« Dès son arrivée au pouvoir en mai 2014, M. Modi, nouveau premier ministre de l'Inde, avait fait de cet enjeu sanitaire l’une de ses priorités, promettant que tous les foyers indiens seraient dotés de toilettes d’ici à la fin de son mandat en 2019. On estime que plus de 550 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, pratiquent la défécation en plein air dans le pays, entraînant des problèmes de santé. » (L’« Inde propre », un défi sanitaire loin d’être gagné - journal Le Monde, 2016)

[8-2] En partie parce que les pays développés se sont acheté une vertu écologique en délocalisant leurs usines, exportant ainsi leur pollution et leur CO2 vers la Chine et autres pays émergents.

 

 

 


liens externes pour ce sujet 

Sauvons le climat
Manicore, Jean-Marc Jancovici

 



 

Mise à jour : 26 octobre 2022