écologie, dogmes, agriculture bio, OGM, nucléaire

 

 


L'agriculture biologique pourrait-elle nourrir toute l'humanité (sans déforestation) ?

 

L'agriculture bio pourrait-elle nourrir toute l'humanité ?

Oui.

L'agriculture bio peut-elle nourrir toute l'humanité sans conditions et sans déforestation ?

Non.

 

La population augmente, il y aura bientôt deux milliards de bouches à nourrir en plus ;

... il faut produire plus de nourriture [1].

« Pour satisfaire la demande, l’agriculture en 2050 devra produire presque 50 pour cent de plus d’aliments et d’aliments pour animaux qu’en 2012. » (L’avenir de l’alimentation et de l’agriculture - FAO 2017)

Il y a peu de façons de produire plus, passons-les en revue, en soulignant ce que l'agriculture biologique peut apporter, en plus – ou en moins.

Cultiver plus de terre.

« Si le monde ne connaissait aucun gain de rendement des cultures et des pâturages et aucune modération de la demande alimentaire, les terres agricoles augmenteraient de 3,3 milliards d'hectares [d'ici 2050] » (CREATING A SUSTAINABLE FOOD FUTURE - 2018 - Rapport du WRI, World Resource Institute, avec les contributions techniques de - United Nations Environment - UNDP, United Nations Development Programme - cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement - Inra, Institut national de la recherche agronomique - La banque mondiale.)

Si les rendements n'augmentent pas, il faudra cultiver plus de terre... mais presque toutes les terres qui peuvent être exploitées le sont déjà ! Pire encore, elles disparaissent peu à peu sous le béton. (Voir sur ce site Pour nourrir les hommes et sauver la forêt il faut augmenter les rendements agricoles).

Il faut donc produire plus sur moins de terre.

... Mais l'agriculture bio produit moins...

Accroître les rendements

Comment l'agriculture bio pourrait-elle "faire le job", augmenter les rendements, alors qu'elle a, au départ, des rendements inférieurs à ceux de l'agriculture conventionnelle ? En moyenne 20 % en moins.

« L’analyse montre que l’AB souffre d’un handicap de productivité physique (moindres performances agronomiques et zootechniques.) » (Vers des agricultures à hautes performances. Volume 1. - Analyse des performances de l’agriculture biologique, Inra - 2013)

 

« Notre analyse des données disponibles montre que les rendements bio sont globalement inférieurs aux rendements conventionnels » (Comparing the yields of organic and conventional agriculture" Seufert - 2012)

 

« Nous avons analysé 362 études comparant les rendements de l'agriculture bio et de l'agriculture conventionnelle. L'écart est de 20 %, mais diffère selon les cultures et les régions » (The crop yield gap between organic and conventional agriculture - de Ponti - 2012)

L'agriculture bio consomme une ressource rare,
non renouvelable : la terre.

Le lobby bio claironne, à longueur de publicité, de radio, de télévision, de sites militants, que le bio utilise moins d'intrants – engrais, pesticides... – que l'agriculture conventionnelle.

Mais le lobby "oublie" que le bio utilise davantage de l'intrant fondamental de l'agriculture, la terre.

 

Combien faudrait-il de planètes Terre pour nourrir sept milliards de Terriens en agriculture bio ?

 

« Il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui six milliards de personnes, et neuf milliards en 2050, sans une utilisation judicieuse d’engrais chimiques”. [...] le potentiel de l’agriculture biologique n’est pas suffisant, loin s’en faut, pour nourrir le monde. » (Il faut utiliser des engrais chimiques pour nourrir le monde - FAO décembre 2007)

Alimentaire mon cher Watson !

 

Inventer de nouvelles agricultures et de nouvelles variétés plus performantes

De nouvelles agricultures, de nouvelles variétés, les chercheurs y travaillent. Par exemple, la FAO encourage l'agriculture "de conservation", dont les bénéfices écologiques sont considérables. Cette agriculture nécessite l'utilisation de désherbant tel que le glyphosate...

... Mais le bio, refuse dogmatiquement d'utiliser le glyphosate.

... Et des gouvernements de vieux pays, tétanisés devant le pourcentage de votes verts, envisagent d'interdire le glyphosate, interdisant les bénéfices écologiques de l'agriculture de conservation.

Le génie génétique permet de créer variétés plus performantes.

... Mais le bio, pour d'obscures raisons vaguement métaphysiques ("ce n'est pas naturel"...), refuse d'utiliser ces variétés.

 

Sinon, on peut aussi gagner de nouvelles terres en abattant la forêt

« Si les rendements d'aujourd'hui restaient constants d'ici 2050, alors il faudrait défricher la plus grande partie des forêts restantes pour nourrir le monde ». ((CREATING A SUSTAINABLE FOOD FUTURE - 2018)

Puisqu'il n'y a plus nouvelles terres à cultiver, puisque le bio ne permet pas d'accroître les rendements, au contraire... il reste la solution de gagner de nouvelles terres en abattant la forêt.

C'est déjà commencé.

La forêt disparaît. En développant l'agriculture bio, qui a moins de rendement, on en "ajoute une couche". Elle augmente la pression sur la terre agricole qui est une ressource non extensible, déjà rare, déjà insuffisante. Cette pression sur la terre se transmet de proche en proche, jusqu'à abattre la forêt, même des forêts à l'autre bout du monde ; car les transports faciles et peu coûteux font que les champs de maïs, de blé, de colza, en Europe ou aux États-Unis, sont des vases communicants avec les forêts d'Amazonie ou d'ailleurs moins de rendement d'un côté, c'est plus de forêt coupée. On ne s'en rend pas compte car la forêt coupée ce n'est pas celle que l'on connaît, le petit bois à côté ; l'enchaînement est indirect, on importera un peu plus de produits alimentaires, ce qui entraînera un peu plus de déforestation là-bas.

L'agriculture bio mange la forêt

De : The inconvenient truth about the environmental impact of organic farming

Plus de bio, c'est plus de forêt qui disparaît quelque part.

 

 

L'agriculture bio entraîne une déforestation exportée.

 

« Nous n’allons pas nourrir 6 milliards d’êtres humains avec des engrais biologiques. Si nous essayons de le faire, nous abattrons la majorité de nos forêts. » (Norman Borlaug, Prix Nobel de la paix en 1970 pour sa participation à la révolution verte)

 

- L'agriculture bio peut-elle nourrir toute l'humanité ?
Oui.

- L'agriculture bio peut-elle nourrir toute l'humanité sans déforestation ?
Non.

 

La France, les Français donc, participe à cette déforestation. Elle importe trois à quatre millions de tonnes de soja par an, dont une grande partie vient de la forêt défrichée en Amazonie.

Pourrait-on cultiver ce soja en France ? Il faudrait y consacrer la surface entière de quelques départements... Nous n'avons pas de départements disponibles sous la main...

Une solution serait de manger moins de viande (le soja et les tourteaux de soja sont principalement utilisés pour nourrir le bétail). C'est une bonne idée ; mais il faut ensuite passer de l'idée aux actes, massivement, rapidement, avant que l'Amazonie disparaisse. (Voir sur ce site"La viande rouge n'est pas verte).

Le bio du riche mange le grain du pauvre

Le bio accroît la pression sur la forêt. Mais les marchands de bio s'intéressent peu aux forêts, ce qui les passionne surtout, c'est de vendre encore plus de bio :

« Nous souhaitons que l’extension des surfaces en agriculture biologique recouvre à long terme la totalité de la surface agricole ». (Charte des valeurs de la FNAB et son réseau Adoptée en Assemblée Générale le 5 avril 2016 - Fédération Nationale d'Agriculture Biologique)

La France, pays privilégié par sa terre et son climat, dont les deux mamelles sont labourage et pâturage, n'est pas contrainte de courir après les rendements élevés, elle pourrait sans doute se permettre le luxe de cracher dans la soupe de l'agriculture conventionnelle et ne produire que du bio. Si ce mauvais rêve d'une France toute bio se réalisait, les Français aisés mangeraient encore à leur faim – les autres on ne sait pas ; les difficultés alimentaires dans le monde seraient aggravées, la France produirait moins, exporterait moins, alors que des pays du Sud dépendent d'importations de nourriture :

« On estime que d’ici à 2050, les importations nettes de céréales des pays en voie de développement auront plus que doublé. » ("Comment nourrir le monde en 2050" - FAO, 2009)

Que se passerait-il – quelles émigrations, quelles famines peut-être – si le bio du riche tarissait les exportations ? Y aura-t-il un jour des "réfugiés du bio", comme il y a des réfugiés climatiques ?

 

Le bio du riche mange le grain du pauvre.

 

« Les citoyens des nations les plus aisées peuvent certainement se permettre des positions élitaires et payer plus pour de la nourriture produite selon des méthodes soi-disant naturelles. Mais le milliard de personnes qui souffre de malnutrition chronique et se contente des revenus les plus modestes ne le peut pas. » (Norman Borlaug, agronome, Prix Nobel de la paix en 1970 pour sa participation à la révolution verte

Changer de comportement ?

Au lieu de chercher à produire plus de nourriture, on pourrait chercher à consommer autrement, mieux, moins. Peut-être même serait-il ainsi possible de nourrir les neuf milliards de Terriens que nous serons bientôt. Des études explorent cette hypothèse (par exemple Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture - 2017). Résumé des résultats de cette étude :

 

1] En extrapolant les conditions démographiques et agricoles actuelles (agriculture conventionnelle), il faudrait 6 % de terre en plus en 2050 par rapport à la période 2005-2009.

2] Mais en passant à 100 % d'agriculture bio il faudrait 16 à 33 % de terre en plus en 2050.

Il en résulterait une déforestation accrue de 8 % à 15 %.

3] Néanmoins, une agriculture 100 % biologique pourrait quand même nourrir toute la planète, sans impact sur l'environnement...

Ce serait possible... mais attention, seulement à condition de réduire la consommation de protéines animales et le gaspillage alimentaire.

 

Le problème est que ces conditions nécessaires sont irréalistes.

Parce que la réalité est que la consommation de viande dans le monde croît ; et cette croissance vient... de ceux à qui on ne peut pas demander d'en consommer moins ! Elle vient paradoxalement de ceux qui ne consomment que très peu de viande ; elle vient des foules des pays émergents, en Chine, en Inde, etc. Chacun en mange peu, mais ils sont nombreux, et ils en consomment chaque jour un peu plus au fur et à mesure que leur pouvoir d'achat augmente. C'est ainsi que la consommation de viande augmente inévitablement dans le monde. (Voir sur ce site La viande rouge n'est pas verte).

Les Indiens devraient-ils manger encore moins de viande...

… pour permettre aux pays riches de manger bio ?

Quant au gaspillage alimentaire, on en reparlera (Voir Le défi alimentaire - Le facteur humain).

Les médias répercutent ces études... mais le plus souvent en ne citant que "l'agriculture bio pourrait nourrir la planète".

En "oubliant" de préciser que ce ne serait possible que "SI"...

Depuis longtemps on chante qu'avec des "si" on pourrait mettre Paris en bouteille... et depuis plus longtemps encore qu'avec des si on mettrait Lutèce en amphore...

Les engrais bio

Il faudrait manger moins de viande pour que l'agriculture bio puisse nourrir le monde...

Mais... rappelons que chaque récolte prélève un peu des nutriments du sol (azote et autres). Cela se compense par des apports d'engrais. Dans le cas de l'agriculture bio les engrais minéraux, dits "chimiques", sont interdits ; sont utilisés des engrais dits bio, les excréments animaux. Mais si on élève moins d'animaux il y aura moins d'engrais bio, encore moins de rendement en bio, il faudra encore plus de terre.

Pour que l'agriculture bio puisse nourrir le monde, il faudrait moins d'animaux.

Mais l'agriculture bio a besoin d'animaux pour engraisser ses sols.

Le bio est-il intouchable ?

agriculture biologique une nouvelle religion

Des lecteurs peut-être seront surpris, choqués, de lire des critiques de l'agriculture bio. Pour beaucoup le bio c'est les fleurs, les papillons, c'est l'ambroisie nouvelle, la divine nourriture qui donne l'immortalité – ou au moins qui allonge la vie sur terre. Ces choses-là ne se critiquent pas, le bio est intouchable, comme était l'Église au Moyen Âge, ou le petit livre rouge de Mao, ou comme une vache sacrée en Inde ; critiquer le bio aujourd'hui est comme prêcher l'athéisme au Moyen Âge, ou ouvrir une boîte de corned-beef en Inde.

L'agriculture bio n'est pas un dogme intouchable, ses avantages et inconvénients doivent être analysés lucidement ; si elle sortait de sa niche d'alimentation pour privilégiés crédules, si elle se développait notablement à l'échelle mondiale, elle serait une cause notable de déforestation exportée. Cela mérite qu'on en parle sérieusement.

 

... [...] ...

Le bio est-il meilleur pour la santé ? (... ou moins bon)

... [...] ...

 


[1] Une autre voie est souvent proposée : manger moins de viande et ne plus gaspiller la nourriture. Vœux pieux ou vraie solution, cette proposition sera discutée par la suite.

 

 


 

 
 
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liens externes pour ce sujet 

Mission d'animation des agrobiosciences


 

Mise à jour : 11 octobre 2021