écologie, dogmes, agriculture bio, OGM, nucléaire

 

 


L'agriculture biologique pourrait-elle nourrir toute l'humanité (sans déforestation) ?

 

L'agriculture bio pourrait-elle nourrir toute l'humanité ?

Oui.

L'agriculture bio peut-elle nourrir toute l'humanité sans conditions et sans déforestation ?

Non.

 

La population augmente, il y aura bientôt deux milliards de bouches à nourrir en plus ;

... il faut produire plus de nourriture.

On peut imaginer aussi de manger autrement, manger moins de viande par exemple, et de ne plus gaspiller la nourriture, même si dans l'histoire on n'a encore jamais vu les hommes changer massivement, rapidement, de comportements. Vœux pieux ou vraie solution, cette éventualité sera discutée par la suite.

En attendant un hypothétique homme nouveau non-gaspilleur consommant peu de viande, il est prudent de se préparer sérieusement à produire plus de nourriture.

 

« La première Révolution Verte, celle des années 1950 et 1960, avait permis de doubler la production alimentaire mondiale [...]
La tâche qui nous attend sera plus dure, il faudra obtenir, d’ici à 2050, un milliard de tonnes de céréales de plus par an. » (Jacques Diouf lance un appel pour une deuxième Révolution Verte - Jacques Diouf, Directeur général de la FAO - 2006)

Il y a peu de façons de produire plus, passons-les en revue, en soulignant ce que l'agriculture biologique peut apporter, en plus ou en moins.

Cultiver plus de terre.

« Si le monde ne connaissait aucun gain de rendement des cultures et des pâturages et aucune modération de la demande alimentaire, les terres agricoles augmenteraient de 3,3 milliards d'hectares [d'ici 2050] » (CREATING A SUSTAINABLE FOOD FUTURE - 2018 - Rapport du WRI, World Resource Institute, avec les contributions techniques de - United Nations Environment - UNDP, United Nations Development Programme - cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement - Inra, Institut national de la recherche agronomique - La banque mondiale.)

Mais presque toutes les terres qui peuvent être exploitées le sont déjà ; pire encore, elles disparaissent peu à peu sous le béton. (Voir sur ce site Pour nourrir les hommes et sauver la forêt il faut augmenter les rendements agricoles).

Il faut produire plus sur moins de terre. Il faut donc accroitre les rendements. Il faut donc accroitre les rendements doublement, pour nourrir une population qui augmente, et pour compenser la disparition des terres.

Accroître les rendements

Comment l'agriculture bio pourrait-elle "faire le job", augmenter les rendements, alors qu'elle a, au départ, des rendements inférieurs à ceux de l'agriculture conventionnelle ? En moyenne 20 % en moins.

« L’analyse montre que l’AB souffre d’un handicap de productivité physique (moindres performances agronomiques et zootechniques.) » (Vers des agricultures à hautes performances. Volume 1. - Analyse des performances de l’agriculture biologique, Inra - 2013)

 

« Notre analyse des données disponibles montre que les rendements bio sont globalement inférieurs aux rendements conventionnels » (Comparing the yields of organic and conventional agriculture"Seufert - 2012)

 

« Nous avons analysé 362 études comparant les rendements de l'agriculture bio et de l'agriculture conventionnelle. L'écart est de 20 %, mais diffère selon les cultures et les régions » (The crop yield gap between organic and conventional agriculture - de Ponti - 2012)

L'agriculture bio ayant de faibles rendements, a besoin de plus de terre.

Le lobby bio claironne, à longueur de publicité, de radio, de télévision, de sites militants, que le bio utilise moins d'intrants – engrais, pesticides... – que l'agriculture conventionnelle.

Mais le lobby "oublie" d'informer que le bio utilise davantage de l'intrant fondamental de l'agriculture, la terre.

 

Combien faudrait-il de planètes Terre pour nourrir sept milliards de Terriens en agriculture bio ?

 

« Il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui six milliards de personnes, et neuf milliards en 2050, sans une utilisation judicieuse d’engrais chimiques”. [...] le potentiel de l’agriculture biologique n’est pas suffisant, loin s’en faut, pour nourrir le monde. » (Il faut utiliser des engrais chimiques pour nourrir le monde - FAO décembre 2007)

Alimentaire mon cher Watson !

 

Inventer de nouvelles agricultures et de nouvelles variétés plus performantes

Les nouvelles agricultures, les chercheurs y travaillent ; par exemple l'agriculture "de conservation", encouragée par FAO. Mais elle a besoin de désherbant tel que le glyphosate...

... mais le bio, refuse dogmatiquement d'utiliser le glyphosate. (Voir sur ce site Pour nourrir les hommes et sauver la forêt il faut augmenter les rendements agricoles)

Nous savons créer des nouvelles variétés plus performantes, grâce aux techniques du génie génétique.

... mais le bio, pour d'obscures raisons vaguement métaphysiques ("ce n'est pas naturel"...), refuse d'utiliser ces variétés.

 

Sinon, on peut aussi gagner de nouvelles terres en abattant la forêt

« Si les rendements d'aujourd'hui restaient constants d'ici 2050, alors il faudrait défricher la plus grande partie des forêts restantes pour nourrir le monde ». ((CREATING A SUSTAINABLE FOOD FUTURE - 2018)

Puisqu'il n'est pas possible de cultiver plus de terre, et que le bio ne permet pas d'accroître les rendements, au contraire, ni d'utiliser les variétés les plus performantes... il reste la solution de gagner de nouvelles terres en abattant la forêt.

C'est déjà commencé.

La forêt disparaît. En développant l'agriculture bio, qui a moins de rendement, on en "ajoute une couche". Elle augmente la pression sur la terre agricole qui est une ressource non extensible, déjà rare, déjà insuffisante. Cette pression sur la terre se transmet de proche en proche, jusqu'à abattre la forêt, même des forêts à l'autre bout du monde ; car les transports faciles et peu coûteux font que les champs de maïs, de blé, de colza, en Europe ou aux États-Unis, sont des vases communicants avec les forêts d'Amazonie ou d'ailleurs moins de rendement d'un côté, c'est plus de forêt coupée en Amazonie :

L'agriculture bio mange la forêt

De : The inconvenient truth about the environmental impact of organic farming

Un repas bio, c'est un peu de forêt qui disparaît quelque part.

 

 

L'agriculture bio entraîne une déforestation exportée.

 

« Nous n’allons pas nourrir 6 milliards d’êtres humains avec des engrais biologiques. Si nous essayons de le faire, nous abattrons la majorité de nos forêts. » (Norman Borlaug, agronome, Prix Nobel de la paix en 1970 pour sa participation à la révolution verte, lors d’une conférence en 2002)

 

La France, les Français donc, participe à cette déforestation. Elle importe trois à quatre millions de tonnes de soja par an, dont une grande partie vient de la forêt défrichée en Amazonie.

Pourrait-on cultiver ce soja en France ? Il faudrait y consacrer la surface entière de quelques départements... Nous n'avons pas de départements disponibles sous la main...

Une solution serait de manger moins de viande (le soja et les tourteaux de soja sont principalement utilisés pour nourrir le bétail). C'est une bonne idée ; mais il faut ensuite passer de l'idée aux actes, massivement, rapidement, avant que l'Amazonie disparaisse. (Voir sur ce site"La viande rouge n'est pas verte).

 

- L'agriculture bio peut-elle nourrir toute l'humanité ?
Oui.

- L'agriculture bio peut-elle nourrir toute l'humanité sans déforestation ?
Non.

 

 

Il existe des scores évaluant les qualités des aliments. Le "Nutriscore" par exemple tient particulièrement compte de critères lié à la richesse nutritive des aliments ; ils sont souvent trop riches, trop gras, trop salés, trop sucrés.

D’autres scores sont en cours d'élaboration. Le "Yuka du carbone" par exemple tient compte de critères autres que les qualités nutritives, par exemple la quantité de terre nécessaire.

Les informations données par ces deux scores sont différentes, mais sont également utiles. Il est utile d'informer aussi sur la surconsommation de terre, qui entraîne la déforestation par ricochet.

 

 

Le bio du riche mange le grain du pauvre

Le bio accroît la pression sur la forêt. Mais les marchands de bio s'intéressent peu aux forêts, ce qui les passionne surtout, c'est de vendre encore plus de bio :

« Nous souhaitons que l’extension des surfaces en agriculture biologique recouvre à long terme la totalité de la surface agricole ». (Charte des valeurs de la FNAB et son réseau Adoptée en Assemblée Générale le 5 avril 2016 )

La France, pays privilégié par sa terre et son climat, dont les deux mamelles sont labourage et pâturage, n'est pas contrainte de courir après les rendements élevés, elle pourrait sans doute se permettre le luxe de cracher dans la soupe de l'agriculture conventionnelle et ne produire que du bio. Si ce rêve d'une France toute bio se réalisait, les Français aisés mangeraient encore à leur faim – les autres on ne sait pas. Mais la France produirait moins, pourrait moins exporter, alors que des pays du Sud dépendent d'importations de nourriture :

« Il est projeté que les importations nettes en céréales des pays en développement plus que doubleront, passant de 135 millions de tonnes métriques en 2008/09 à 300 millions de tonnes métriques en 2050 ». (("Comment nourrir le monde en 2050" - FAO, 2009)

Une France toute bio aggraverait globalement les difficultés alimentaires dans le monde. Que se passerait-il – quelles émigrations, quelles famines peut-être – si le bio du riche tarissait les exportation ?

 

Le bio du riche mange le grain du pauvre.

 

 

Y aura-t-il un jour des "réfugiés du bio", comme il y a des réfugiés climatiques ?

 

 

« Les citoyens des nations les plus aisées peuvent certainement se permettre des positions élitaires et payer plus pour de la nourriture produite selon des méthodes soi-disant naturelles. Mais le milliard de personnes qui souffre de malnutrition chronique et se contente des revenus les plus modestes ne le peut pas. » (Norman Borlaug, agronome, Prix Nobel de la paix en 1970 pour sa participation à la révolution verte)

Changer de comportement ?

Au lieu de chercher à produire plus de nourriture, on pourrait chercher à consommer autrement, mieux, moins. Peut-être même serait-il ainsi possible de nourrir les neuf milliards de Terriens que nous serons bientôt. Des études explorent cette hypothèse (par exemple Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture - 2017). Résumé des résultats de cette étude :

 

1] En extrapolant les conditions démographiques et agricoles actuelles (agriculture conventionnelle), il faudrait 6 % de terre en plus en 2050 par rapport à la période 2005-2009.

2] Mais en passant à 100 % d'agriculture bio il faudrait 16 à 33 % de terre en plus en 2050.

Il en résulterait une déforestation accrue de 8 % à 15 %.

3] Néanmoins, une agriculture 100 % biologique pourrait quand même nourrir toute la planète, sans impact sur l'environnement...

Ce serait possible... mais attention, seulement à condition que les hommes se conduisent autrement, qu'ils changent, qu'ils réduisent le gaspillage alimentaire et la consommation de protéines animales.

 

 

► On ne peut développer l'agriculture bio sans déforester que si les hommes changent.

... Les hommes peuvent-ils changer ? (Voir sur ce site Il faudrait consommer moins... mais peut-on changer "le fond de l'humaine nature" ?)

Pour manger bio sans déforester il faudrait donc manger moins de viande et ne pas gaspiller la nourriture. Mais... la plus grande consommation de viande vient... de ceux à qui on ne peut pas demander d'en manger moins ! Elle vient paradoxalement de ceux qui ne consomment que très peu de viande ; elle vient des foules des pays émergents, en Chine, en Inde, etc. Chacun en mange peu, mais ils sont nombreux, et ils en consomment chaque jour un petit peu plus au fur et à mesure que leur pouvoir d'achat augmente. C'est ainsi que la consommation de viande augmente inévitablement dans le monde. (Voir sur ce site La viande rouge n'est pas verte). C'est-à-dire que l'agriculture bio pourrait nourrir toute la planète... mais seulement selon des conditions irréalisables.

Les Indiens devraient-ils manger encore moins de viande...

… pour permettre aux pays riches de manger bio ?

Quant au gaspillage alimentaire, on en reparlera (Voir Le défi alimentaire - Le facteur humain).

Les médias répercutent ces études... mais le plus souvent en ne citant que ce résultat étonnant "l'agriculture bio pourrait nourrir la planète". (Résultat étonnant car, au fond, presque tout le monde est vaguement conscient, sans oser se l'avouer clairement, que l'agriculture bio est une agriculture de niche pour riches, qui a de moindres rendements, qui aggrave les difficultés alimentaires dans le monde et ne peut nourrir toute la planète.)

Mais les médias "oublient" de préciser que ce ne serait possible que "SI"...

Depuis longtemps on chante qu'avec des "si" on pourrait mettre Paris en bouteille... et depuis plus longtemps encore qu'avec des si on mettrait Lutèce en amphore...

Les engrais bio

Il faudrait manger moins de viande pour que l'agriculture bio puisse nourrir le monde...

Mais... rappelons que chaque récolte prélève un peu des nutriments du sol (azote et autres). Cela se compense par des apports d'engrais. Dans le cas de l'agriculture bio les engrais sont principalement les excrément animaux.

Sans animaux, pas d'excréments animaux, pas d'engrais bio, pas de belles récoltes...

Pour que l'agriculture bio puisse nourrir le monde, il faudrait moins d'animaux.

Mais l'agriculture bio a besoin d'animaux pour engraisser ses sols.

Le bio est-il intouchable ?

agriculture biologique une nouvelle religion

Des lecteurs peut-être seront surpris, choqués, de lire des critiques de l'agriculture bio. Pour beaucoup le bio c'est les fleurs, les papillons, c'est l'ambroisie nouvelle, la divine nourriture qui donne l'immortalité – ou au moins qui allonge la vie sur terre. Ces choses-là ne se critiquent pas, le bio est intouchable, comme était l'Église au Moyen Âge, ou le petit livre rouge de Mao, ou comme une vache sacrée en Inde ; critiquer le bio aujourd'hui est comme prêcher l'athéisme au Moyen Âge, ou ouvrir une boîte de corned-beef en Inde.

Pourtant, le bio est aussi une des causes de la déforestation exportée.

Aussi intouchable que soit le bio cela doit être dit. Il n'est pas sain de cacher sous le tapis la poussière qui fâche.

 

 

 

 

 


 

 
 
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liens externes pour ce sujet 

Mission d'animation des agrobiosciences


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Mise à jour : 11 juin 2021