écologie, dogmes, agriculture bio, OGM, nucléaire

 

 


Le rejet des OGM. Diable Monsanto et faucheurs volontaires.

 

 

Une nouvelle religion est née.

Le premier commandement est "OGM j'en veux pas – OGM tu faucheras !"

Comme toute autre, cette nouvelle religion a son catéchisme, ses diables, ses saints, ses interdits alimentaires, son Inquisition.

Monsanto est son diable, les faucheurs volontaires sont ses moines-soldats faucille au poing.

Il y avait les aliments halal, ou cachère ; il y a maintenant, aussi, les aliments "bio – sans OGM".

 

 

La nouvelle religion "OGM j'en veux pas"

Un petit village gaulois résiste

Une nouvelle religion est née ; son dieu, la nature, son diable, les OGM. Ses commandements : "OGM j'en veux pas – OGM tu faucheras" !

Greenpeace, le WWF, etc., sont différentes chapelles de cette religion. Ce sont de nouveaux avatars d'une longue tradition de religions dont un trait commun est l'adoration des oeuvres de Sainte Nature, seule créatrice du Bien, et le rejet des oeuvres des hommes, qui, eux, créent le Mal. L'idée est que toute modification de la Nature par l'homme ne peut être inspirée que par le Malin, et doit donc être combattue.

Les fidèles de cette nouvelle religion prétendent que leur foi s'appuie, non sur une "révélation" invérifiable et donc contestable, mais sur des résultats scientifiques incontestables. Mais, si c'était le cas, pourquoi les OGM sont-ils acceptés ici, rejetés là ? Les résultats scientifiques, les lois de la physique, ne s'arrêtent pas à la frontière ; e=mc2 ne change pas en traversant la frontière, la bombe explosera de la même façon d'un côté et de l'autre. Mais les religions, elles, changent avec le moment et le lieu ; « Nous sommes Chrétiens à même titres que nous sommes ou Périgourdins ou Allemands » (Montaigne). C'est pourquoi la nouvelle religion, comme toute autre, est plus ou moins pratiquée selon les régions.

En Asie, en Afrique, dans les Amériques, de vastes régions ne sont pas converties ; les agriculteurs sont des incroyants, ils plébiscitent les OGM ; les surfaces cultivées en OGM croissent.

Mais un fameux petit village gaulois résiste et s'arme contre les OGM [1]. Astérix à moustache leur coupe la tête sur pied quand il en aperçoit dans les champs. A force de sermons – de lobbying idéologique – il a même su convaincre les dieux gaulois d'interdire les OGM. Toutefois, les dieux gaulois ont leurs petites contradictions et incohérences – comme tout un chacun : ils interdisent de semer des OGM, mais acceptent de les importer massivement. Les voies des dieux gaulois sont impénétrables...

Pendant ce temps, dans les villages de l’autre côté des Pyrénées, les OGM ne font même pas peur. Olé ! 131 000 hectares d’OGM en Espagne en 2014. Mais les OGM, "No pasarán !". OGM au-delà des Pyrénées, erreur en deçà ! C’est au plus fort des guerres de religion que Montaigne écrivait cela, ou à peu près, lorsque les religions changeaient en passant les Pyrénées ou le Rhin, et que l'on s'étripait pour cela.

Greenpeace – au nom si peu gaulois – participe activement à la diabolisation des OGM... y participe... en Gaule ! Mais Greenpeace – au nom vraiment peu gaulois – est étonnamment peu bavarde et peu active sur le sujet aux États-Unis, qui sont tranquillement et peacefully les premiers cultivateurs d'OGM au monde.

"Touche pas à Ma Création !"

Le credo de la nouvelle religion est "respecter la nature", ne rien y ajouter, rien en retrancher. Une très vieille idée :

« Ce que Dieu n'a pas produit ne saurait lui plaire ; à moins que ce ne soit par impuissance qu'il n'ait pas fait naître les brebis couleur de pourpre, ou de toute autre couleur. S'il a pu le faire et ne l'a point fait, c'est donc qu'il ne l'a point voulu : or ce que Dieu n'a pas voulu, est-il donc permis de le faire ? Dans la nature, on ne peut regarder comme parfaites les choses qui ne viennent pas de Dieu, auteur de la nature : il faut les regarder comme venant du diable, le corrupteur de la nature. » (Tertullien de Carthage - vers l'an 200 - Traité de l’Ornement des Femmes)

Il suffit de remplacer "Dieu" par Nature, Gaïa, Pachamama, Terre-Mère, Terre Sacrée, ou autres avatars, pour créer une mise à jour de plus anciennes religions et mettre en ligne la nouvelle version.

Logique implacable ! S'Il n'a pas créé de brebis couleur de pourpre ni d'OGM, c'est qu'Il ne l'a pas voulu. Si cela avait été une bonne idée, Il l'aurait eue, Il l'aurait fait. S'il n'a pas créé d'OGM, c'est que ce n'était pas une bonne chose de le faire, il n'est pas permis de le faire. Le monde change, les mots changent, "Dieu, auteur de la nature" devient "Nature" ; mais les esprits ne changent pas, les anathèmes ne changent pas :

« Les modifications génétiques sont à Greenpeace, aux Amis de la Terre et aux organisations semblables ce que l’avortement est aux catholiques romains et aux évangélistes américains. » (Dick Taverne – ancien membre de Greenpeace, dans son livre The march of unreason : science, democracy and the new fundamentalism).

Créer des OGM c'est s’immiscer dans ce qui a toujours été le domaine de compétence exclusive du Créateur ou de la Créatrice, c'est-à-dire Créer.

"Touche pas à Ma Création !"

 

D'ailleurs, quel besoin y aurait-il de créer, d'ajouter quoi que ce soit à ce que la déesse Nature a déjà créé ? S'il y avait un tel besoin, cela signifierait que la Nature n'est pas parfaite, sans famines ni épidémies, cela signifierait au contraire que la nature est insuffisante et imparfaite, et qu'il faut la suppléer par nos propres inventions. Pour les chapelles Greenpeace, WWF, etc., imaginer que leur déesse Nature puisse être imparfaite est un blasphème.

« Louer [les techniques des hommes] c'est reconnaître que les puissances de la nature sont souvent en position d'ennemi face à l'homme, qui doit user de force et d'ingéniosité afin de lui arracher pour son propre usage le peu dont il est capable. [...]
Tout éloge de la civilisation, de l'art ou de l'invention revient à critiquer la nature, à admettre qu'elle comporte des imperfections, et que la tâche et le mérite de l'homme sont de chercher en permanence à les corriger ou les atténuer. » (Sur La Nature - John Stuart Mill, 1806-1876)

Créer de nouvelles techniques telles que les OGM, c'est jeter le doute sur les compétences créatrices de la Nature, cela conduit à l'idée sacrilège qu'elle serait une amatrice peu douée et que les hommes peuvent faire mieux qu'elle. Greenpeace, WWF, etc. ne veulent pas laisser la porte ouverte à de telles idées impies.

« [Il existe] une suspicion d'impiété sur les tentatives nouvelles et inédites d'amélioration du sort humain, comme si elles étaient toujours peu flatteuses et très probablement offensantes envers [...] l'Être tout puissant supposé gouverner les divers phénomènes de l'univers, et dont la marche du monde était censée exprimer la volonté » (Sur La Nature - John Stuart Mill, 1806-1876).

Diable Monsanto, interdits alimentaires et Inquisition

Comme toute autre, cette nouvelle religion a son catéchisme, ses diables, ses saints [3], ses interdits alimentaires, son Inquisition. Monsanto est son diable, les faucheurs volontaires sont ses moines-soldats, faucille au poing. On y trouve même le désir du sacrifice, du martyre : les faucheurs volontaires fauchent les OGM au risque de sanctions – comme les premiers chrétiens de Rome prenaient le risque de finir en torche vivante ou en délices de lion. Toutes proportions gardées ; on ne brûle plus les contrevenants, il n'y a plus de public pour ce genre de spectacle, et on ne les donne plus aux lions, il n'y a plus assez de lions. Entre autres exploits, les faucheurs volontaires ont fauché un essai de riz doré aux Philippines en 2013 (Le riz doré, modifié pour être plus riche en vitamine A, ce qui pourrait sauver des centaines de milliers de vies dans certains pays pauvres. Entre la sainte nature et les enfants il fallait choisir).

Les fidèles de cette nouvelle religion ne lisent, ne croient, ne récitent que le catéchisme des sites militants, comme autrefois on ne lisait, ne croyait, ne récitait que les vieux livres saints.

Contredire les vérités révélées d'un livre saint, c'est la signature de celui qui a vendu son âme au diable.

Contredire les vérités révélées des sites militants, c'est la signature de celui qui a vendu son âme à Monsatan, le diable Monsanto.

Les interdits alimentaires sont des marqueurs forts des identités religieuses. Des interdits encadrent les aliments halal, ou cachère ; il y a maintenant, aussi, les interdits qui encadrent les aliments "bio sans OGM". Dans les magasins courants, non militants, les rayons "bio sans OGM", "halal", "cachère", sont bien séparés les uns des autres, mais souvent côte à côte dans la même travée ; c'est la traduction en pratique du ressenti inconscient des clients, du public en général, qu'il s'agit de spécificités différentes, mais de même nature, de nature religieuse.

Les OGM seraient des hérésies contre Nature. C'est pourquoi tout est permis pour les combattre et les détruire, comme tout était permis pour combattre et détruire l'hérésie en d'autres temps. L'Inquisition a brûlé les écrits hérétiques autrefois – et les hérétiques aussi pour plus de sûreté.

L'inquisition veille encore. Un certain "Tribunal International Monsanto" a tenu séance à La Haye en Octobre 2016, sur le modèle de l'Inquisition du bon vieux temps ; une différence est que les cardinaux-juges y sont vêtus de vert et non de rouge. Une autre différence notable est qu'on ne brûle plus les accusés. Quoique... on y pense. De bonnes âmes y pensent ; ce sont les bonnes âmes, celles qui sont archi-certaines d'être dans le droit chemin – parce qu'elles le croient archi-fort – qui pensent à ce genre de chose :

« Moi, je suis un grand défenseur de la liberté d’expression. Dès lors, s’il y a des gens qui ont envie d’être climatosceptiques, c’est leur affaire. Je pense quand même qu’à un moment donné du temps, il va falloir tenir un registre très précis de tous ceux qui se seront prononcés et qui auront agi dans un contexte climatosceptique, pour que, dans quelques années, ils portent la responsabilité au moins morale de ce qu’ils auront fait. [...] Pour les condamner à terme, quand même » (Corinne Lepage ("grand défenseur de la liberté d’expression"), ancienne ministre de l'environnement, déclaration sur France Inter).

L'Inquisition aussi croyait archi-fort.
L'inquisition bouge encore !

La nouvelle Inquisition, comme l'ancienne, a ses idées fixes, ses lubies, ses têtes. Sa tête de turc aujourd'hui c'est Monsanto, mais paradoxalement elle ignore totalement les concurrents de Monsanto, en Chine ou ailleurs, qui fabriquent pourtant les mêmes produits. L'Inquisition a ses raisons que la raison ignore.

 

On ne peut plus brûler les livres hérétiques comme dans le bon vieux temps, c'est maintenant mal vu. Quant à brûler les auteurs, c'est vraiment très très mal vu, et formellement interdit par la loi. Il faut se contenter de réclamer le retrait des livres hérétiques :

« Montréal, le 25 avril 2012 - Vigilance OGM demande le retrait de manuels scolaires qui font l’apologie des OGM. […] Vigilance OGM a bondi en apprenant que le ministère de l’Éducation a autorisé des manuels scolaires qui […] nient les risques potentiels des OGM et minimisent ceux des pesticides, notamment. » (InfoOGM - Apologie des OGM à l’école !)

L'index des livres interdits (Index librorum prohibitorum) n'est plus tenu à jour, l'Église catholique a jeté l'éponge en 1966. Mais la relève est prête : "Vigilance OGM" a déjà pris la responsabilité de tenir à jour bénévolement le nouveau chapitre Index librorum OGM prohibitorum.

 

*** [...] ***

 

 

[1] Il n’y a pas que la France qui a peur des OGM ; elle se retrouve en compagnie de Robert Mugabe, président-dictateur du Zimbabwe. En 2002, alors que le peuple du Zimbabwe manquait de nourriture, avait faim, Robert Mugabe refusait l’aide alimentaire internationale, de crainte – sans rire – qu’il ne s’y trouve des OGM.
En 2010, le Zimbabwe était classé dernier dans la liste des pays par indice de développement humain.

[3] Dans le cas des OGM, il s'agit de quelques chercheurs-militants qui recherchent le Graal, lequel serait, pour eux, la découverte de méfaits des OGM. Ils cherchent...

 

 
 
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Mise à jour : 31 juillet 2021