Une écologie réaliste

Sans dogmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La transition énergétique : sortir du réchauffement climatique, ou sortir du nucléaire ?
Cas de l'Allemagne et de la France.

 

La transition énergétique, ce serait, entre autres, remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables.

Mais il y a urgence, ce qui oblige à changer de vocabulaire et de logiciel : il faut remplacer les énergies fossiles en effet, mais pas seulement par des énergies renouvelables, intermittentes bas-carbone, "fatales", mais plus largement par toutes les énergies bas-carbone que nous avons sous la main.

Le Giec, l'IEA, etc., nous ont déjà alertés, les énergies renouvelables intermittentes ne suffisent pas pour limiter le réchauffement climatique, il faut développer toutes les énergies bas-carbone.

Dont l'énergie nucléaire, qui est une énergie bas carbone.

 

Peut-on sortir du nucléaire et en même temps sortir du réchauffement climatique avant carbonisation ?

L'objectif premier de la transition énergétique était de lutter contre le réchauffement climatique.

Puis les choses se sont brouillées. Il faudrait maintenant marier la lutte contre le réchauffement climatique et la sortie du nucléaire. Est-ce possible ? Avec quelle priorité ? La lutte contre le réchauffement climatique passerait-elle en second plan ?

Mais, à quoi servira d'être sorti du nucléaire quand la planète aura brûlé ?

Les réponses des chercheurs

Peut-on sortir du réchauffement climatique et en même temps sortir du nucléaire ? Dit autrement, les énergies renouvelables ont-elles les épaules assez solides pour faire le job en remplaçant les énergies fossiles à elles seules ?

Le Giec, l'IEA, etc., nous alertent :

Pour limiter suffisamment le réchauffement climatique,
il faut utiliser aussi l'énergie nucléaire.

 

« Dans la majorité des scénarios de stabilisation à faible concentration de carbone (entre 450 et 500 ppm éqCO2 environ, niveaux pour lesquels il est au moins à peu près aussi probable qu’improbable que le réchauffement se limite à 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels), la part de l’approvisionnement en électricité sobre en carbone (ce qui comprend les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire et le CSC, y compris la BECSC) augmente par rapport à la proportion actuelle d’environ 30 % à plus de 80 % en 2050 et à 90 % en 2100, et la production d’électricité à partir de combustibles fossiles sans CSC est presque entièrement abandonnée d’ici 2100 ». (GIEC - Changements climatiques 2014 Rapport de synthèse)

 

« L’électricité décarbonée est la clef de voûte de la transition énergétique. Le secteur électrique mondial peut parvenir à des émissions de CO2 nettes nulles d’ici 2060 dans le scénario 2DS, au moyen du déploiement à plus grande échelle d’un portefeuille de technologies propres et d’une production électrique issue à 74 % des renouvelables (dont 2 % de bioénergie durable avec CSC [BECSC]), à 15 % du nucléaire, à 7 % de centrales électriques alimentées par des combustibles fossiles et équipées de dispositifs CSC, le reste provenant de la combustion du gaz naturel ». (IEA - Energy Technology Perspectives 2017)

 

« Nous ne pouvons augmenter la production d'énergie, tout en réduisant les émissions de CO2, que si les nouvelles centrales cessent d'utiliser l'atmosphère comme une poubelle. [...]
Dans le monde réel, il n’existe pas de voie crédible pour stabiliser le climat sans que l’énergie nucléaire ne joue un rôle substantiel » (Lettre ouverte à ceux qui influencent la politique environnementale mais sont opposés au nucléaire - 2013 - Limitons le réchauffement climatique grâce au nucléaire, proposent quatre scientifiques américains" - une Traduction française)

 

[CSC = Capture et Séquestration de Carbone.
Scénario 2DS = 2 Degrés Scénario = scénario permettant de limiter le réchauffement climatique à 2°C.]

 

Il faut développer les énergies renouvelables, mais elles ne suffisent pas. Lorsque le vent et le soleil font défaut (ce qui arrive tous les jours pour le soleil, on appelle ça "la nuit"), il faut alors faire appel à des centrales pilotables pouvant produire à la demande à tout moment par tous les temps. Si on n'a pas de centrales nucléaires sous la main il n'y a pas d'autre solution que de pousser les feux des centrales fossiles !

 

Un pays qui possède déjà beaucoup de centrales fossiles peut donc développer les nouvelles énergies renouvelables, mais en prenant soin de conserver les centrales fossiles existantes. C'est le cas de l'Allemagne.

Un pays qui possède peu de centrales à combustibles fossiles peut développer les nouvelles énergies renouvelables, mais en prenant soin, de construire parallèlement des centrales fossiles de secours. Ce serait le cas de la France qui aurait renoncé à ses centrales nucléaires. Dans un tel cas, la construction massive d’éoliennes entraînerait nécessairement la construction de centrales thermiques et des émissions accrues de CO2.

 

 

« Sans moyen de stockage de l’électricité à grande échelle », on ne peut « éviter que l’intermittence de ces sources d’énergie [les nouvelles renouvelables] ne conduise à utiliser des combustibles fossiles lorsqu'elles ne fournissent pas l'énergie demandée. » (Avis sur la transition énergétique - dans le cadre du débat sur le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte" - Académie des Sciences française, 2015)

« Toute réduction de la production nucléaire en France aura pour effet d'augmenter la production d'électricité par des combustibles fossiles, donc la pollution, au vu des faibles facteurs de charge et de l'intermittence du solaire et de l'éolien. L'Allemagne en est l'illustration parfaite. Ses émissions n'ont pratiquement pas changé depuis 2009. » (Lettre d'un groupe international d'experts au Président Macron - 3 juillet 2017)

 

► Il faut changer de logiciel ;

il ne suffit pas de sauter sur sa chaise comme des cabris en criant renouvelable ! renouvelable ! renouvelable !
Il faut développer toutes les énergies bas-carbone. Dont l'énergie nucléaire.

 

Ceux qui soutiennent l'énergie nucléaire sont mal vus dans bon nombre de pays développés. Ils sont accusés d'être d'affreux "lobbyistes payés par l'industrie nucléaire".

... Mais si tous ceux qui soutiennent le nucléaire pour tenter de juguler le réchauffement climatique sont des lobbyistes corrompus, alors, le GIEC est un lobbyiste corrompu, ainsi que l'IEA, les Académie des sciences et de médecine, en France et dans tant d'autres pays, etc.

En ce qui concerne les risques, voir le chapitre Les risques des différentes énergies - La "taxe énergie", en vies.

 

Pourquoi le GIEC et les académies soutiennent-ils l'énergie nucléaire ? Parce qu'ils sont corrompus ? Pas du tout, c'est tout simplement parce qu'ils sont informés, ils savent que le nucléaire peut produire massivement (contrairement aux nouvelles énergies renouvelables), et est l'une des énergies les moins carbonées (moins que le photovoltaïque par exemple) :

émission CO2 électricité, nucléaire et autres

 

 

Source : base carbone Ademe - 2019

(Ces chiffres intègrent les émissions directes et indirectes (indirectes, c'est-à-dire par exemple l'exploitation des mines, la construction des centrales, etc.)

 

 

Le nucléaire émet 10 fois moins de CO2 que le photovoltaïque, 70 fois moins que le gaz.

 

La jeune écologiste Greta Thunberg dénonce les dirigeants de la planète qui ne tiennent pas compte des résultats scientifiques (c'est également le cas de nombre d'écologistes). Elle a raison. La plupart des dirigeants ont bien entendu le premier message des chercheurs, "il y a risque de réchauffement climatique" ; mais bien peu ont aussi entendu les conclusions du GIEC, de l'AIE : "on ne peut ralentir le réchauffement climatique sans l'aide de l'énergie nucléaire. [0]"

Affronter le réchauffement climatique sans tenir compte des avis des chercheurs serait aller dans le mur.

... On y va.

Les réponses des états pour la production d'électricité

Les politiques énergétiques des états sont souvent... de la politique ! Elles s'inspirent plus du ressenti subjectif des électeurs (et des élus), que des résultats objectifs des chercheurs. Ce n'est pas un gage de réussite quand il s'agit d'agir sur les réalités matérielles. Voyons quelques-unes des politiques mises en œuvre pour un volet important de la transition énergétique, la production d'électricité.

Transition énergétique en Finlande : énergies bas-carbone

La Finlande a vraiment pour objectif de réduire les émissions de CO2 : elle développe toutes les énergies bas-carbone, hydraulique, biomasse, etc., mais aussi l'énergie nucléaire. La Finlande construit un réacteur EPR, deux autres réacteurs sont en projet. (Le sujet n'est pas de savoir si l'EPR était le bon choix technique, économique, sécuritaire ; le sujet est d'être cohérent : puisque le réchauffement climatique global est l'ennemi public No 1, alors le nucléaire est nécessairement un élément de la solution.)

Transition énergétique en Chine : on fait ce qu'on peut

La Chine est le premier émetteur de CO2 au monde.

Mais la Chine se soigne, en développant toutes les énergies bas-carbone, autant que possible. Elle est déjà première au monde en production d'énergie éolienne, elle a construit le barrage des Trois Gorges, le plus puissant du monde – contre l'opposition des Verts qui là-bas sont jaunes dit-on.

Mais la cure sera longue. La Chine est réaliste, elle sait que les éoliennes ne suffiront pas, ni les centrales photovoltaïques : ces nouvelles énergies renouvelables ne comptent que pour à peine 3 % dans le mix énergétique du pays en 2017. C'est pourquoi, le nucléaire aussi fait partie de la cure : mi-2017, 20 réacteurs nucléaires étaient en construction, d'autres en projet. (The World Nuclear Industry Status Report 2017).


La Chine est championne du monde du charbon.
Mais elle se soigne.
Elle est championne du monde de l'éolien.
Elle construit les plus gros barrages du monde.

Et elle construit aussi des réacteurs nucléaires [1].

 

Faut-il aller manifester devant l'ambassade de Chine pour qu'elle ferme tous ses chantiers nucléaires ?
Ou faut-il féliciter la Chine de réduire ses émissions de CO2 en remplaçant le charbon par du nucléaire? 

 

 

La transition énergétique en France

En France, l'électricité est principalement nucléaire, presque CO2-free. En 2017 il ne restait que 10 % de combustibles fossiles dans l'électricité française (51 % en Allemagne).

 

La transition énergétique en France, pour la production d'électricité...
... c'est déjà fait !

 

Tout le monde devrait être content.

Mais non !

Les écologistes français persistent, ils veulent encore une transition énergétique : ils veulent fermer les centrales nucléaires et recouvrir les campagnes d'éoliennes et de centrales photovoltaïques. Mais pourquoi ? À quoi sert de décarboner une électricité... qui est déjà décarbonée ?

Ce serait pour éviter les risques du nucléaire ; cela pourrait se comprendre... sauf que l'énergie nucléaire est l'une des énergies présentant le moins de risques. (Voir le chapitre "Les risques des différentes énergies - La "taxe énergie", en vies".) Pourquoi redouter ainsi les risques hypothétiques du nucléaire, plus que tous les autres risques réels que nous courons tous les jours ? Pourquoi fermer une centrale nucléaire, qui n'a fait aucune victime en France, et laisser le tabac en vente libre ? Le tabac fait 70 000 victimes chaque année, en France seulement.

Remplacer une électricité déjà décarbonée par des éoliennes et du photovoltaïque peut éventuellement servir à gagner quelques voix aux élections ; mais ne sert à rien contre le réchauffement climatique. La France dépense des milliards de subventions pour réduire à 50 % la part du nucléaire dans le mix électrique français... des milliards qui disparaissent dans un trou noir dont il ne ressort aucune réduction des émissions de CO2 (Voir Le paradoxe des énergies renouvelables "gratuites" ruineuses).

 

 

Les milliards de subventions pour les énergies renouvelables en France,
... ne servent pas à limiter le réchauffement climatique.

 

Ces milliards seraient bien mieux utilisés, plus efficaces écologiquement, par exemple en les affectant au développement des transports collectifs. Moins d'encombrements, moins de CO2, moins de particules fines... voilà tout ce dont nous prive l'obsession antinucléaire et la toquade renouvelable.

 

 

Transition énergétique en Italie : sortir du nucléaire

L’Italie est sortie du nucléaire en 1987. Pas du tout grâce aux énergies renouvelables ni aux économies d’énergie. Simplement, en achetant du gaz russe, du pétrole libyen, du charbon ailleurs. Greenpeace s'était battue pour que l'Italie sorte du nucléaire... puis elle a découvert qu'en 2017, 74 % de l'énergie primaire italienne provenait d'énergies fossiles, et que le pays était le 2e importateur net d'électricité au monde. Greenpeace, qui n'avait rien vu venir, qui croyait qu'il suffisait de dire stop au nucléaire pour respirer l'air pur du grand large, en est fort dépitée. Lors de la réunion du G8 à l’Aquila en Italie en 2009, Greenpeace a organisé des opérations spectaculaires pour protester contre ces énergies fossiles... qu'elle avait contribué à favoriser.

 

La sortie du nucléaire est pavée d'illusions.

Transition énergétique au Danemark : le vent d'ici et l'eau d'ailleurs

Le Danemark a un énorme potentiel de vent, qu'il exploite avec des milliers d'éoliennes sur mer et sur terre. Mais le vent volage a besoin de tuteur, pour prendre la relève lorsqu'il est épuisé et s'arrête pour reprendre son souffle. Par chance, le Danemark a un tuteur, l'eau et le relief de la Norvège voisine, qui lui fournit de l'électricité hydroélectrique lorsque le vent s'évanouit.

Les éoliennes danoises sont sous perfusion d'eau de Norvège.

Même avec ces éoliennes, même sous perfusion, le Danemark est l'un des plus gros émetteurs de CO2 par personne en Europe ; 6,8 tonnes en 2013, contre 5,1 en France.

La transition énergétique ratée en Allemagne

L'Allemagne aussi a du vent, comme le Danemark, le fameux vent du nord qui chasse l'été les Allemands des bords de la Baltique et les pousse jusqu'à la Méditerranée. L'Allemagne a décidé d'exploiter ce vent du nord pour faire tourner des éoliennes. Elle est maintenant l'un des premiers producteurs d'énergie éolienne au monde ; bravo !

Le coup de génie marketing des Grünen a été d'offrir les éoliennes en zakouski – elles sentent bon le vent du Nord, laissant croire que le plat principal sera du même vent et de la même eau. Les Grünen français sont émerveillés, les yeux pleins d'étoiles semblant des éoliennes ; ils n'ont pas réalisé que le plat principal c'est fossile à la sauce lignite.

Lorsque le vent du nord faiblit – ça arrive même sur les bords de la Baltique – il faut trouver autre chose pour que les trains roulent, pour que les réfrigérateurs ronronnent. Mais l'Allemagne ne peut pas faire appel à l'eau de la Norvège comme dans le cas du Danemark. Alors, pour compenser les humeurs du vent, elle utilise ce qu'elle a sous la main, ou sous le pied : le lignite, une spécialité locale, un charbon de mauvaise qualité, extrêmement polluant, émettant CO2 et particules fines.

On peut voir en Allemagne des mines de lignite à ciel ouvert, avec d’énormes excavatrices de 240 mètres de long, aussi hautes qu'un immeuble de 30 étages. La mine de Garzweiler est un ogre qui dévore tout sur son passage. Il a déjà gobé cinq villages, sept sont en cours de démolition, une quinzaine d’autres attendent leur tour. 42 000 personnes – plus leurs morts, on évacue aussi les cimetières – doivent ainsi être déplacées dans les quinze prochaines années. Le charbon et le lignite sont un désastre écologique et sanitaire, et pas seulement en Allemagne ; le nuage de pollution qu'ils génèrent ne s'arrête pas à la frontière : le vent d'est est mauvais pour la santé en France.

énergie fossile en Allemagne, lignite, Garzweiler

 

 

Les éoliennes allemandes sont sous perfusion de combustibles fossiles,
dont le lignite.

Le charbon et le lignite, sont des désastres écologiques et sanitaires. Pourtant, c'est le choix des écologistes "bon teint", les Grünen ("bon teint" = qui résiste à la réalité comme certains tissus verts résistent au lavage...) :

« Nous sommes prêts à accepter un retour temporaire au charbon comme source d'énergie afin d'épargner à l'Allemagne les effets destructeurs de l’atome. » (Jürgen Trittin, chef du groupe des Verts au Bundestag)

 

Échanger les effets destructeurs éventuels de l'atome contre les effets destructeurs certains et quotidiens du charbon, est-ce un bon calcul ? (voir Pollution et dangers des énergies)

Le résultat global, entre l'inconstance du vent du nord et la sortie du nucléaire, est très peu écologique : l'Allemagne qui émettait beaucoup plus de CO2 par habitant que la France... continue à émettre beaucoup plus de CO2 par habitant que la France !

 

Quelques diagrammes permettent de vérifier l'échec de la transition allemande.

[   ...   ]

 

Question : Qui émet le plus de CO2 lié à la combustion d'énergie, un Allemand ou un Français ?

Réponse :

transition énergétique Allemagne, CO2

 

source : D'après :CO2 EMISSIONS FROM FUEL COMBUSTION – Highlights - IEA

• Chaque Allemand émet beaucoup plus de CO2 lié à la combustion d'énergie que chaque Français.
• Ces émissions de CO2 baissent, en Allemagne et en France.
• Elles baissent sensiblement au même rythme dans les deux pays. Un peu plus en France.

 

L'Allemagne a peint en Vert des centaines de milliards d'euros, prélevés sur les factures des consommateurs via des taxes particulièrement élevées. Pour quel résultat – autre que pour quelques votes verts en plus ? Pour un résultat écologique nul : les émissions de CO2 ne diminuent pas ! Le contenu moyen en CO2 de l’électricité allemande reste incomparablement plus élevé que celui de l'électricité française : en 2017, 490g CO2/kWh en Allemagne, contre 53g CO2/kWh en France.

 

► La transition énergétique allemande a un effet quasi nul sur le réchauffement climatique.

Voici comment a évolué la production d'électricité brute en Allemagne par source d'énergie :

transition énergétique, réchauffement climatique, Allemagne, nucléaire, charbon, lignite, CO2

 

Source : D'après :ag energiebilanzen

 

Ce diagramme montre la croissance spectaculaire de l'électricité renouvelable en Allemagne. Mais il montre aussi que la part des énergies fossiles, qui était élevée, reste élevée ! Parce que les énergies renouvelables allemandes servent à remplacer des centrales nucléaires. On remplace une énergie bas carbone par d'autres énergies bas carbone ; résultat, match nul ! La moitié de l'électricité allemande qui était d'origine fossile... est encore d'origine fossile, et les émissions de CO2 ne baissent pas.

Les énergies renouvelables intermittentes (dites "fatales") peuvent réduire les émissions de CO2... lorsqu'elles remplacent des énergies fossiles ! Mais même dans ce cas, elles ne peuvent pas faire de miracles. Sans moyens de stockage massif de l'électricité cette réduction se heurte à un "plancher de verre" : lorsqu'il n'y a ni vent ni soleil on est contraint de faire appel à d'autres énergies, nucléaire ou fossiles ; ou seulement fossile quand on a cru bon de fermer les centrales nucléaires.

 

Lignite, Renouvelable, Nucléaire, sont dans un bateau.
Nucléaire tombe à l'eau. Qu'est ce qui reste ?
... Mais Renouvelable n'a pas les bras assez costauds pour ramener seule le bateau à la rive.

 

C'est pourquoi l'Allemagne, tout en développant des énergies renouvelables, prévoit de maintenir en service, rénover, construire, approvisionner, une capacité "flexible" d'environ 80 GW, pour alimenter le pays entier lorsque les éoliennes sont en berne. Par "flexible", comprenons : des centrales fossiles, gaz, charbon, lignite, que l'on peut faire démarrer à la demande quand nécessaire.

transition énergétique Allemagne, éoliennes

« En Allemagne la croissance de l’offre intermittente d'électricité d’origine renouvelable a nécessité l’ouverture de nouvelles capacités de production thermiques à charbon (13 GW) ainsi que le développement de l’exploitation du lignite. » (Académie des Sciences française - Avis sur la transition énergétique - 2015)

► Par exemple la nouvelle centrale au charbon de Datteln, de 1 100 MW, commencera à produire en 2020.

Elle fumera encore dans quarante ans.

L'avenir du charbon est assuré en Allemagne.

► L'Allemagne est engagée dans la construction du gazoduc Nord Stream 2 [3] pour recevoir du gaz russe (mise en service vers fin 2019).

► L'Allemagne est également engagée dans la construction de terminaux méthaniers pour l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL).

La durée de vie de ces terminaux va au-delà de 2050.

L'avenir du gaz est assuré en Allemagne.

L'Allemagne est maintenant couverte d'éoliennes... mais même avec des éoliennes derrière chaque clocher, l'électricité allemande sent mauvais ; elle sent le gaz russe, le charbon d'ailleurs, et la spécialité locale, moins touristique que la choucroute et la bière, le lignite ; avec ce résultat :

 

 

 

 

Électricité allemande en 2018 : 45 % d'énergie fossile.

 

À comparer à :

 

Électricité française en 2018 : 7,2 % d'énergie fossile.

 

Les arbres d'acier des éoliennes cachent la forêt fossile allemande.

 

Et si l'Allemagne avait choisi d'être vraiment écologique ?

On estime que l'Allemagne a déjà englouti 300 milliards d'euros dans les rêves des Grünen. Les rêves sont hors de prix, ce qui ne garantit même pas qu'ils se réalisent.

Faisons un rêve, un autre rêve... Et si l'Allemagne avait choisi une priorité vraiment écologique : non pas sortir du nucléaire (tant pis pour les votes verts), mais la priorité de sortir du réchauffement climatique ? Avec ces mêmes milliards cela aurait donné le digramme suivant, où :

La part du nucléaire reste constante.

Les énergies renouvelables progressent comme dans le diagramme précédent.

Cette progression sert à réduire la part des énergies fossiles. (la progression des énergies renouvelable a été reportée en tant que baisse de production des énergies fossiles).

transition énergétique, réchauffement climatique, Allemagne, nucléaire, charbon, lignite, CO2

 

Voilà ce qui aurait été un bon début de transition énergétique électrique réussie, dont il serait résulté une réduction importante des émissions de CO2.

On pourrait même imaginer un scénario où les énergies fossiles baisseraient encore plus... mais au prix d'une augmentation du nucléaire. Épidémie d'apoplexie chez les Grünen à prévoir ! Pourtant, c'est un scénario déjà en œuvre, en Chine, qui développe hydraulique (barrage des Trois Gorges), éolien, photovoltaïque... et nucléaire ! Tout cela permet de concurrencer le charbon ; faut-il protester ? Quel seraient les arguments du Grünen qui serait tenté d'aller faire la leçon aux Chinois en leur reprochant leur politique nucléaire ?

Sortir du nucléaire ?
Il vaut mieux sortir des fossiles.
Les énergies renouvelables ? Elles ne suffisent pas. (Les énergies renouvelables peuvent-elles remplacer les énergies fossiles à elles seules ?

Le gouvernement allemand s'était lancé tout schuss dans les énergies renouvelables. Il en découvre maintenant les difficultés et les limites, et doit se résoudre à quelques slaloms, et même à descendre prudemment en chasse-neige. Face aux difficultés de gestion du réseau électrique allemand (en plus du coût élevé de l'électricité pour les particuliers), le Parlement allemand a adopté le 8 juillet 2016 une réforme de la loi sur les énergies renouvelables, visant à en limiter le coût et le développement.

 

 



[0] On constate toutefois un frémissement, un début d'attention aux conclusions des chercheurs, plus chez quelques rares responsables que chez les écologistes. En décembre 2019, lors d'une réunion des dirigeants européens, le président Macron déclarait : « Le GIEC l’a reconnu : le nucléaire fait partie de la transition ». En effet le GIEC l'a reconnu... depuis plus de dix ans ! Dix ans pour que les résultats scientifiques arrivent à la conscience de quelques rares responsables politique !
Lors de la même discussion, le Premier ministre de la république tchèque déclarait : « Sans le nucléaire, ce n’est pas possible [d'atteindre la neutralité carbone en 2050] pour la République tchèque ».
[1] Globalement, la capacité nucléaire mondiale installée augmente, il y a plus de réacteurs mis en service que de réacteurs arrêtés définitivement. Mi-2017, 53 réacteurs étaient en cours de construction dans le monde.
[2-0] Le foisonnement tente de tirer parti des différences de météo d'une région à une autre. Il peut y avoir du vent ici, alors qu'il n'y en a pas là.
[3] Nord Stream 1 fonctionne depuis 2012.

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Une écologie réaliste

Par Pierre Yves Morvan-Ameslon

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Manicore, Jean-Marc Jancovici

 

 
 
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Mise à jour : 7 mai 2020

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