Pour une écologie réaliste

Une analyse réaliste des défis climatiques et alimentaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La transition énergétique : sortir du réchauffement climatique, ou sortir du nucléaire ?
Cas de l'Allemagne et de la France.

 

La transition énergétique, ce serait, entre autres, remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables.

Mais il y a urgence, ce qui oblige à changer de vocabulaire et de logiciel : il faut remplacer les énergies fossiles en effet, mais pas seulement par des énergies renouvelables, mais plus largement par toutes les énergies bas-carbone que nous avons sous la main.

Le Giec, l'IEA, etc., nous ont déjà alertés, les énergies renouvelables ne suffisent pas, il faut développer toutes les énergies bas-carbone, y compris l'énergie nucléaire.

 

L'objectif premier de la transition énergétique était de lutter contre le réchauffement climatique en réduisant les émissions de CO2 de la production d'électricité, des transports, du chauffage des appartements, etc. Les nouveaux héros des temps modernes sont les héros verts en bleu de travail qui bâtissent un avenir rose. Ils construisent des éoliennes, installent des panneaux photovoltaïques, isolent les maisons...

Mais la finalité première de la transition énergétique s'est brouillée. Il faudrait maintenant marier la lutte contre le réchauffement climatique et la sortie du nucléaire. Une union qui n'est pas durable : la carpe nucléaire est l'une des meilleures ennemies du lapin réchauffement climatique.

 

► À quoi aura servi de sortir du nucléaire quand la planète aura brûlé ?

Peut-on sortir du nucléaire et en même temps sortir du réchauffement climatique avant carbonisation ?

Les réponses des chercheurs

Peut-on sortir du réchauffement climatique et en même temps sortir du nucléaire ? Dit autrement, les énergies renouvelables ont-elles les épaules assez solides pour faire le job en remplaçant les énergies fossiles à elles seules ? En se basant sur les résultats des modèles climatiques, les outils de base pour ces questions, en accord avec la réalité déjà constatée, le Giec, l'IEA, etc., nous alertent :

On ne peut éviter un réchauffement climatique catastrophique sans utiliser aussi l'énergie nucléaire.

 

« Dans la majorité des scénarios de stabilisation à faible concentration de carbone (entre 450 et 500 ppm éqCO2 environ, niveaux pour lesquels il est au moins à peu près aussi probable qu’improbable que le réchauffement se limite à 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels), la part de l’approvisionnement en électricité sobre en carbone (ce qui comprend les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire et le CSC, y compris la BECSC) augmente par rapport à la proportion actuelle d’environ 30 % à plus de 80 % en 2050 et à 90 % en 2100, et la production d’électricité à partir de combustibles fossiles sans CSC est presque entièrement abandonnée d’ici 2100 ». (GIEC - Changements climatiques 2014 Rapport de synthèse)

 

« L’électricité décarbonée est la clef de voûte de la transition énergétique. Le secteur électrique mondial peut parvenir à des émissions de CO2 nettes nulles d’ici 2060 dans le scénario 2DS, au moyen du déploiement à plus grande échelle d’un portefeuille de technologies propres et d’une production électrique issue à 74 % des renouvelables (dont 2 % de bioénergie durable avec CSC [BECSC]), à 15 % du nucléaire, à 7 % de centrales électriques alimentées par des combustibles fossiles et équipées de dispositifs CSC, le reste provenant de la combustion du gaz naturel ». (IEA - Energy Technology Perspectives 2017)

 

« Nous ne pouvons augmenter la production d'énergie, tout en réduisant les émissions de CO2, que si les nouvelles centrales cessent d'utiliser l'atmosphère comme une poubelle. [...]
Dans le monde réel, il n’existe pas de voie crédible pour stabiliser le climat sans que l’énergie nucléaire ne joue un rôle substantiel » (Lettre ouverte à ceux qui influencent la politique environnementale mais sont opposés au nucléaire - 2013 - Limitons le réchauffement climatique grâce au nucléaire, proposent quatre scientifiques américains" - une Traduction française)

 

[CSC = Capture et Séquestration de Carbone.
Scénario 2DS = 2 Degrés Scénario = scénario permettant de limiter le réchauffement climatique à 2°C.]

 

Il faut développer les énergies renouvelables, mais elles ne suffisent pas. Lorsque le vent et le soleil font défaut (ce qui arrive toutes les nuits pour le soleil), il faut alors faire appel à des centrales pilotables pouvant produire à la demande à tout moment par tous les temps. Si on n'a pas de centrales nucléaires sous la main, ou si on renonce à les utiliser, il n'y a pas d'autre solution que de pousser les feux des centrales fossiles !

 

Un pays qui possède déjà beaucoup de centrales fossiles peut donc développer les nouvelles énergies renouvelables, mais en prenant soin de conserver les centrales fossiles existantes. C'est le cas de l'Allemagne.

Un pays qui possède peu de centrales à combustibles fossiles peut développer les nouvelles énergies renouvelables, mais en prenant soin, de construire parallèlement des centrales fossiles de secours. Ce serait le cas de la France qui aurait renoncé à ses centrales nucléaires. Dans un tel cas, la construction massive d’éoliennes entraînerait nécessairement la construction de centrales thermiques et des émissions accrues de CO2.

 

 

« Sans moyen de stockage de l’électricité à grande échelle », on ne peut « éviter que l’intermittence de ces sources d’énergie [les nouvelles renouvelables] ne conduise à utiliser des combustibles fossiles lorsqu'elles ne fournissent pas l'énergie demandée. » (Avis sur la transition énergétique - dans le cadre du débat sur le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte" - Académie des Sciences française, 2015)

« Toute réduction de la production nucléaire en France aura pour effet d'augmenter la production d'électricité par des combustibles fossiles, donc la pollution, au vu des faibles facteurs de charge et de l'intermittence du solaire et de l'éolien. L'Allemagne en est l'illustration parfaite. Ses émissions n'ont pratiquement pas changé depuis 2009. » (Lettre d'un groupe international d'experts au Président Macron - 3 juillet 2017)

 

► Il faut changer de logiciel ;

il ne suffit pas de sauter sur sa chaise comme des cabris en criant renouvelable ! renouvelable ! renouvelable !
Il faut développer toutes les énergies bas-carbone. Dont l'énergie nucléaire.

Les réponses des états pour la production d'électricité

Le Giec, l'IEA, etc., nous alertent : les énergies renouvelables ne suffisent pas. Et pourtant, la COP21 a ignoré les rapports des chercheurs, a fait l'impasse sur la question du nucléaire, aboutissant ainsi à des accords qui ne prennent en compte qu'une partie de la réalité, et seront donc inefficaces. L'inefficacité est constatée et dénoncée, mois après mois :

« Climat : selon l’ONU, il faudrait tripler les efforts pour ne pas dépasser 2 °C de réchauffement.

Les engagements des Etats, à supposer qu’ils soient tenus, mettent la planète sur une trajectoire de réchauffement de 3,2 °C d’ici à la fin du siècle. » (Le Monde - Novembre 2018)

Les accords de la COP21 sont enthousiasmants, comme étaient les résolutions du parti communiste de l'ex URSS... et ils sont tout aussi irréalistes. On peut se demander comment il se fait que de telles réunions – Grenelle de l'environnement, COP21, congrès communiste, ou autre – avec tant de participants, accouchent d'engagements irréalistes. Il est possible d'y voir la conséquence des convictions enthousiastes des participants, lesquelles font peu de cas des réalités techniques et humaines.

 

Les politiques énergétiques des états... sont souvent... de la politique ; elles s'inspirent plus du ressenti subjectif des électeurs que des résultats objectifs des chercheurs. Ce n'est pas ce qu'il y a de mieux pour résoudre les problèmes avec réalisme. Voyons quelques-unes de ces politiques, en ce qui concerne le premier volet de la transition énergétique, la production d'électricité.

Transition énergétique en Finlande : énergies bas-carbone

La Finlande a vraiment pour objectif de réduire les émissions de CO2 : elle développe toutes les énergies bas-carbone, hydraulique, biomasse, etc., mais aussi l'énergie nucléaire. La Finlande construit un réacteur EPR, deux autres réacteurs sont en projet. (Le sujet n'est pas de savoir si l'EPR était le bon choix technique, économique, sécuritaire ; le sujet est d'être cohérent : puisque le réchauffement climatique global est l'ennemi public No 1, alors le nucléaire est nécessairement un élément de la solution.)

Transition énergétique en Chine : on fait ce qu'on peut

La Chine est le premier émetteur de CO2 au monde.

Mais la Chine se soigne, en développant toutes les énergies bas-carbone, autant que possible. Elle est déjà première au monde en production d'énergie éolienne, elle a construit le barrage des Trois Gorges, le plus puissant du monde – contre l'opposition des Verts qui là-bas sont jaunes dit-on.

Mais la cure sera longue. La Chine est réaliste, elle sait que les éoliennes ne suffiront pas, ni les centrales photovoltaïques : ces nouvelles énergies renouvelables ne comptent que pour 1 % environ dans le mix énergétique du pays en 2013. C'est pourquoi, le nucléaire aussi fait partie de la cure : mi-2017, 20 réacteurs nucléaires étaient en construction, d'autres en projet. (The World Nuclear Industry Status Report 2017).


La Chine est championne du monde du charbon.
Mais elle se soigne.
Elle est championne du monde de l'éolien.
Elle construit les plus gros barrages du monde.

Et elle construit aussi des réacteurs nucléaires [1].

Même si elle part de très loin, la Chine lutte vraiment contre le CO2 ;
sans dogmatisme.

 

Faut-il aller manifester devant l'ambassade de Chine pour qu'elle ferme tous ses chantiers nucléaires ?
Ou faut-il féliciter la Chine de réduire ses émissions de CO2 en remplaçant le charbon par du nucléaire? 

 

 

La transition énergétique "à la française"

En France, l'électricité est principalement nucléaire, presque CO2-free. En 2017 il ne restait que 10 % de combustibles fossiles dans l'électricité française (51 % en Allemagne).

 

La transition énergétique en France, pour la production d'électricité... c'est déjà fait !

 

Mais les écologistes français persistent, ils veulent encore une nouvelle transition énergétique.

Ils voudraient remplacer des centrales nucléaires bas-carbone par des énergies renouvelables bas-carbone. Résultat... match nul ! Aucune réduction des émissions de CO2.

L'argument mis en avant est de réduire le risque nucléaire.

Mais... Que se passerait-il si la France modifiait son mix électrique pour qu'il comporte une part de nouvelles énergies renouvelables et seulement 50 % d'électricité nucléaire ?

• Le nombre de réacteurs resterait le même. Il faut en effet continuer à assurer la production même lorsque les énergies renouvelables ne produisent rien ; les nuits glaciales sans vent sous l'anti-cyclone de Sibérie.

• Mais ces centrales nucléaires seront globalement moins utilisées. Elles produiront moins d'électricité, mais pour un même coût d'exploitation (le coût d'exploitation d'un réacteur est pratiquement inchangé qu'il produise peu ou beaucoup). Les kWh produits seront donc plus coûteux.

• Avec cette magnifique (!) opération nous aurons dépensé des milliards pour construire éoliennes et fermes photovoltaïques, phagocyté des terres agricoles, pollué des paysages, pour avoir... une électricité plus chère, autant d'émissions de CO2... avec toujours autant de centrales nucléaires ! et exactement autant de risques.

Peut-on faire pire ?

 

 

Transition énergétique en Italie : sortir du nucléaire

Pour l'Italie, "transition énergétique" rime avec "sortir du nucléaire".

L’Italie est sortie du nucléaire. Pas du tout grâce aux énergies renouvelables ni aux économies d’énergie. Tout simplement, l’Italie achète du gaz russe, du pétrole libyen, du charbon ailleurs. En 2014, près de 80 % de l'énergie primaire italienne provenait d'énergies fossiles. Greenpeace s'était battue pour que l'Italie sorte du nucléaire... elle découvre maintenant que le pays émet énormément de CO2 ; Greenpeace, qui n'avait rien vu venir, qui croyait qu'il suffisait de dire stop au nucléaire pour respirer l'air pur du grand large, en est fort dépitée. Les Grünen allemands sont en train de vivre la même expérience amère. Lors de la réunion du G8 à l’Aquila en Italie, en 2009, Greenpeace a organisé des opérations spectaculaires pour protester contre le CO2 qu'elle avait contribué à favoriser : plus de 100 activistes occupant simultanément quatre centrales au charbon à travers l’Italie. ... L'Italie continue à émettre beaucoup de CO2.

 

La sortie du nucléaire est pavée d'illusions.

Transition énergétique au Danemark : le vent d'ici et l'eau d'ailleurs

Le Danemark a un énorme potentiel de vent, qu'il exploite avec des milliers d'éoliennes sur mer et sur terre. Mais le vent volage a besoin de tuteur, pour prendre la relève lorsqu'il est épuisé et s'arrête pour reprendre son souffle. Par chance, le Danemark a un tuteur, l'eau et le relief de la Norvège voisine, qui lui fournit de l'électricité hydroélectrique lorsque le vent s'évanouit.

Les éoliennes danoises sont sous perfusion d'eau de Norvège.

Même avec ces éoliennes, même sous perfusion, le Danemark est l'un des plus gros émetteurs de CO2 par personne en Europe ; 6,8 tonnes en 2013, contre 5,1 en France.

La transition énergétique ratée en Allemagne

L'Allemagne aussi a du vent, comme le Danemark, le fameux vent du nord qui chasse l'été les Allemands des bords de la Baltique et les pousse jusqu'à la Méditerranée. L'Allemagne a décidé d'exploiter ce vent du nord pour faire tourner des éoliennes. Elle est maintenant l'un des premiers producteurs d'énergie éolienne au monde ; bravo !

Le coup de génie marketing des Grünen a été d'offrir les éoliennes en zakouski – elles sentent bon le vent du Nord, laissant croire que le plat principal sera du même vent et de la même eau. Les Grünen français sont émerveillés, les yeux pleins d'étoiles semblant des éoliennes ; ils n'ont pas réalisé que le plat principal c'est fossile à la sauce lignite.

Lorsque le vent du nord faiblit – ça arrive même sur les bords de la Baltique – il faut un tuteur pour que les trains roulent encore et que les réfrigérateurs ronronnent. Mais l'Allemagne n'a pas l'eau de la Norvège, elle n'a pas de tuteur hydroélectrique comme dans le cas du Danemark. Alors, pour compenser les humeurs du vent, elle utilise ce qu'elle a sous la main, ou sous le pied : le lignite, une spécialité locale, un charbon de très mauvaise qualité, extrêmement polluant, émettant CO2 et particules fines.

On peut voir en Allemagne des mines de lignite à ciel ouvert, avec d’énormes excavatrices de 240 mètres de long, aussi hautes qu'un immeuble de 30 étages. La mine de Garzweiler est un ogre qui dévore tout sur son passage. Il a déjà gobé cinq villages, sept sont en cours de démolition, une quinzaine d’autres attendent leur tour. 42 000 personnes – plus leurs morts, on évacue aussi les cimetières – doivent ainsi être déplacées dans les quinze prochaines années. Le charbon et le lignite sont un désastre écologique et sanitaire, et pas seulement en Allemagne ; le nuage de pollution qu'ils génèrent ne s'arrête pas à la frontière : le vent d'est est mauvais pour la santé en France.

énergie fossile en Allemagne, lignite, Garzweiler

 

 

Les éoliennes allemandes sont sous perfusion de combustibles fossiles,
dont le lignite.

Le charbon, et pire encore le lignite, sont des désastres écologiques et sanitaires. Pourtant, les ecologistes Grünen les préfèrent au nucléaire :

« Nous sommes prêts à accepter un retour temporaire au charbon comme source d'énergie afin d'épargner à l'Allemagne les effets destructeurs de l’atome. » (Jürgen Trittin, chef du groupe des Verts au Bundestag)

 

[Il semble que Jürgen Trittin n'ait pas entendu parler des "effets destructeurs" du charbon ; voir Pollution et dangers des énergies].

Le résultat global, entre l'inconstance du vent du nord et la sortie du nucléaire, l'Allemagne qui émettait beaucoup plus de CO2 par habitant que la France... continue à émettre beaucoup plus de CO2 par habitant que la France !

 

Quelques diagrammes permettent de vérifier l'échec de la transition allemande.

[   ...   ]

 

Question : Qui émet le plus de CO2 lié à la combustion d'énergie, un Allemand ou un Français ?

Réponse :

transition énergétique Allemagne, CO2

 

source : D'après :CO2 EMISSIONS FROM FUEL COMBUSTION – Highlights - IEA

1] Chaque Allemand émet beaucoup plus de CO2 lié à la combustion d'énergie que chaque Français.
2] Ces émissions de CO2 baissent, en Allemagne et en France.
3] Elles baissent sensiblement au même rythme dans les deux pays. Un peu plus en France.

 

L'Allemagne a peint en Vert des centaines de milliards d'euros, prélevés sur les factures des consommateurs via des taxes particulièrement élevées. Pour quel résultat – autre que pour quelques votes verts en plus ? Pour un résultat écologique nul : les émissions de CO2 ne diminuent pas ! Le contenu moyen en CO2 de l’électricité allemande reste incomparablement plus élevé que celui de l'électricité française : en 2017, 490g CO2/kWh en Allemagne, contre 53g CO2/kWh en France.

 

► La transition énergétique allemande a un effet quasi nul sur le réchauffement climatique.

 

Voici comment a évolué la production d'électricité brute en Allemagne par source d'énergie :

transition énergétique, réchauffement climatique, Allemagne, nucléaire, charbon, lignite, CO2

 

Source : D'après :ag energiebilanzen

 

Ce diagramme montre la croissance spectaculaire de l'électricité renouvelable en Allemagne. Mais il montre aussi que la part des énergies fossiles, qui était élevée, reste élevée ! Parce que le renouvelable allemand, qui est bas carbone, ne remplace pas les énergies fossiles carbonées, il remplace une autre énergie bas carbone, le nucléaire. Résultat, match nul ! La moitié de l'électricité allemande qui était d'origine fossile... est encore d'origine fossile, et les émissions de CO2 ne baissent pas.

 

Lignite, Renouvelable, Nucléaire, sont dans un bateau.
Nucléaire tombe à l'eau. Qu'est ce qui reste ?
... Mais Renouvelable n'a pas les bras assez costauds pour ramener seule le bateau à la rive.

 

Les énergies renouvelables intermittentes (dites "fatales") peuvent réduire la consommation d'énergies fossiles, (quand elles ne servent pas seulement à compenser une baisse de nucléaire) ; mais elles ne peuvent pas faire de miracles. Sans moyens de stockage massif de l'électricité cette réduction se heurte à un "plancher de verre" : lorsque l'on a fermé toutes les centrales nucléaires et qu'il n'y a ni vent ni soleil, que faire ? Il ne reste qu'à faire tourner des centrales fossiles et émettre du CO2. La hauteur du plancher de verre dépend des facteurs de charge des énergies intermittentes – au mieux 25 % pour une éolienne, 15 % pour le photovoltaïque.

À la louche, en supposant un pays disposant d'une capacité d'énergies renouvelables intermittentes telle qu'elles pourraient alimenter tout le pays lorsque, par hasard, toutes ces capacités fonctionneraient à plein régime (ce qui serait un moment quasi miraculeux), il faudrait quand même – facteur de charge oblige – recourir à des énergies pilotables, fossiles ou nucléaires, pour 80 % de la production.

Pour faire mieux, il faut installer des éoliennes et des centrales photovoltaïques "en surnombre", c'est-à-dire plus que nécessaires en conditions nominales, pour bénéficier, lorsque les conditions ne sont pas partout optimums, d'un effet de foisonnement entre de multiples sources distantes interconnectées ; bonjour les paysages. Cette prolifération se traduit par des épisodes de production excessive d'électricité dont on ne sait pas quoi faire à ce moment-là, qui est "vendue" à prix négatif ; ces épisodes de surproduction n'empêchant pas qu'il y ait quand même des épisodes de production insuffisante, par exemple lors des soirées glaciales sans vent sous l'anti-cyclone de Sibérie. Dans ce cas il est inutile de multiplier à l'infini les capacités intermittentes, s'il n'y a pas d'autres énergies disponibles – fossiles ou nucléaire – le pays grelotte et le TGV s'arrête.

C'est pourquoi l'Allemagne, tout en développant des énergies renouvelables, prévoit de maintenir et entretenir une capacité "flexible" d'environ 80 GW, pour alimenter le pays entier lorsque les éoliennes sont en berne. Par "flexible", comprenons : des centrales fossiles, gaz, charbon, lignite, que l'on peut faire démarrer à la demande quand nécessaire. C'est pourquoi un certain nombre de centrales thermiques allemandes sont considérées comme étant stratégiques, ne pouvant être fermées même quand elles ne sont pas rentables.

transition énergétique Allemagne, éoliennes L'Allemagne est maintenant couverte d'éoliennes... mais même avec des éoliennes derrière chaque clocher, l'électricité allemande sent mauvais ; elle sent le gaz russe, le charbon d'ailleurs, et une spécialité locale moins touristique que la choucroute et la bière, le lignite.

« Avec 35% d'énergie [électrique] produite à partir de sources renouvelables, il en reste encore 65% à produire. Il est judicieux de remplacer les anciennes centrales au charbon ou au lignite, néfastes pour l'environnement, par des centrales à charbon et à gaz modernes et efficaces. » (Peter Altmaier, ministre Allemand de l'environnement, en 2012)

« On peut de ce point de vue noter qu’en Allemagne la croissance de l’offre intermittente d'électricité d’origine renouvelable a nécessité l’ouverture de nouvelles capacités de production thermiques à charbon (13 GW) ainsi que le développement de l’exploitation du lignite conduisant à des émissions accrues de CO2 et surtout de polluants (oxydes d’azote et de soufre à l’origine des pluies acides…). » (Académie des Sciences française - Avis sur la transition énergétique - dans le cadre du débat sur le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte" - 2015) Voir aussi : Germany plans to build, revamp 84 power plants-BDEW - Reuters, 23 avril 2012 ; Les centrales à charbon et au gaz en Allemagne : Chiffres clés et état des lieux - octobre 2012)

 

 

Les énergies renouvelables allemandes nécessitent d'être secourues par des centrales fossiles.
Les cheminées des centrales fossiles allemandes toutes neuves fumeront encore dans 40 ans.

 

Électricité allemande en 2017 : 51 % d'énergie fossile.
Électricité française en 2017 : 10 % d'énergie fossile.

 

Il suffit de présenter les choses en annonçant triomphalement que 50 % de l'électricité allemande vient des énergies renouvelables pour enthousiasmer le public. On entend souvent ce discours triomphal dans les médias.

Mais cette présentation fait oublier l'autre face de la réalité... que 50 % de l'électricité allemande est d'origine fossile.

 

Les arbres d'acier des éoliennes cachent la forêt fossile allemande.
Les éoliennes allemandes sont le cache-sexe des énergies fossiles allemandes.

 

Et si l'Allemagne avait choisi d'être vraiment écologique ?

On estime que l'Allemagne a déjà englouti 300 milliards d'euros dans les rêves des Grünen. Les rêves sont hors de prix, ce qui ne garantit même pas qu'ils se réalisent.

Faisons un autre rêve... Et si l'Allemagne avait choisi une priorité vraiment écologique : non pas sortir du nucléaire (tant pis pour les votes verts), mais la priorité de sortir du réchauffement climatique ? Avec ces mêmes milliards cela aurait donné le digramme suivant, où la progression des énergies renouvelable sert à réduire la part des énergies fossiles, et non à compenser la sortie du nucléaire, lequel reste constant (la baisse de production nucléaire du diagramme précédent a été reportée en tant que baisse de production par les énergies fossiles) :

transition énergétique, réchauffement climatique, Allemagne, nucléaire, charbon, lignite, CO2

 

Voilà ce qui aurait été un bon début de transition énergétique électrique réussie, dont il serait résulté une réduction importante des émissions de CO2.

On pourrait même imaginer un scénario où les énergies fossiles baisseraient encore plus... mais au prix d'une augmentation du nucléaire. Épidémie d'apoplexie chez les Grünen à prévoir ! Pourtant, c'est un scénario déjà en œuvre, en Chine, qui développe hydraulique (barrage des Trois Gorges), éolien, photovoltaïque... et nucléaire ! Tout cela permet de concurrencer le charbon ; faut-il protester ? Quel seraient les arguments du Grünen qui serait tenté d'aller faire la leçon aux Chinois en leur reprochant leur politique nucléaire ?

 

 

Le gouvernement allemand s'était lancé tout schuss dans les énergies renouvelables. Il en découvre maintenant les difficultés et les limites, et doit se résoudre à quelques slaloms, et même à descendre prudemment en chasse-neige. Face aux difficultés de gestion du réseau électrique allemand (en plus de l'augmentation spectaculaire du prix de l'électricité pour les particuliers), le Parlement allemand a adopté le 8 juillet 2016 une réforme de la loi sur les énergies renouvelables, visant à en limiter le coût et le développement.

 

 



[1] Globalement, la capacité nucléaire mondiale installée augmente, il y a plus de réacteurs mis en service que de réacteurs arrêtés définitivement. Mi-2017, 53 réacteurs étaient en cours de construction dans le monde.

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Pour une écologie réaliste

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Manicore, Jean-Marc Jancovici

 

 
 
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Mise à jour : 15 novembre 2019