Pour une écologie réaliste

Une analyse réaliste des défis climatiques et alimentaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Économiser, partager, consommer autrement... et après ? Que faire du pouvoir d'achat ainsi économisé ?

 

 

Les pays développés consomment trop, rejettent trop de CO2 ?

Alors la solution existe, "il suffirait" que les hommes deviennent raisonnables et économisent, qu'ils partagent, qu'ils consomment autrement, mieux.

Mais... peut-on encore espérer encore que les hommes deviennent un jour raisonnables et économes ? Ils ne le furent jamais !

Au contraire, ils implorent toujours plus de croissance et de pouvoir d'achat.

Les économies n'existent pas ! Économiser, c'est seulement déporter une dépense, sur un autre objet, plus tard.

Ce qui importe c'est le pouvoir d'achat, parce qu'il sera dépensé tôt ou tard, tout de suite ou différé par quelques économies.

 

Les pays développés consomment trop

Les pays développés consomment trop, ils rejettent trop de CO2 ? Alors la solution existe, "il suffirait" que les hommes deviennent raisonnables et économisent.

Mais... peut-on encore espérer encore que les hommes deviennent un jour raisonnables et économes ? Ils ne le furent jamais ! Il faut faire avec ce que nous avons sous la main, les hommes tels que nous sommes, ni raisonnables ni économes, lents et lourds au changement, accrochés à nos habitudes, pleins de bonne volonté éventuellement mais avec si peu de volonté, et si peu enclins aux économies. D'ailleurs, les économes, on les traitent de radins, on s'en moque ; voyez Harpagon, champion de la spécialité, des siècles après on en rigole encore !

Il faudrait inventer un nouveau monde, qui fonctionnerait autrement... mais avec les mêmes hommes ! Il faudrait un nouveau Christophe Colomb pour découvrir ce nouveau nouveau monde. En attendant on l'imagine. Ce serait un monde de sobriété et de partage. Dans ce nouveau monde, les hommes – les mêmes que maintenant – consommeraient autrement, mais mieux ; ils ne remplaceraient pas un vieil appareil encore vaillant par un autre, plus récent et plus aguichant ; ils feraient réparer leur vieille machine à laver bruyante plutôt que la remplacer par une petite jeune toute neuve et toute pimpante ; ils isoleraient mieux leur logement ; ils prendraient un vélo plutôt que leur voiture, ou prendraient les transports en commun ; ou alors, ils ne voyageraient pas seul dans une voiture de quatre places, ils partageraient ; ce serait un monde d'hommes – et des femmes – qui ne succomberaient pas aux sirènes de la mode et de la publicité, qui n'achèteraient pas constamment de nouveaux vêtements [00], etc.

Ce monde existe-t-il ? Pour l'instant non. Peut-il exister ? Oui, car les hommes ont un côté rationnel qui leur permet de prendre conscience que c'est dans cette direction qu'il faut aller. Malheureusement, ils ont aussi un autre côté qui pousse dans la direction opposée.

Cet autre côté est un vieux reste de l'évolution, qui nous a légué, dans notre cerveau, des mécanismes qui nous poussent à rechercher sans cesse le plaisir, la satisfaction des besoins et des désirs, à consommer sans limites tant qu'il y a des ressources disponibles.

Ces comportements étaient adaptés aux temps où l'avenir était incertain ; quand la chasse n'était pas fructueuse, que les ressources étaient rares, ne survivaient que ceux qui s'étaient gavés et engraissés au préalable [0]. Ces mécanismes qui remontent à la nuit des temps fonctionnent encore ; ils nous poussent à consommer toujours plus, à réclamer plus de pouvoir d'achat, de la croissance... et à élire les gouvernements les mieux disants en ce sens.

Une partie de notre cerveau n'est pas écolo.

Il faudra sans doute beaucoup de temps pour que la raison prenne le dessus sur les instincts.

Les économies n'existent pas - Le pouvoir d'achat sera dépensé tôt ou tard

Dans ce nouveau monde on gagnerait de deux côtés. On ferait de petits gestes pour sauver la planète, et en même temps, on économiserait. C'est trop beau pour être vrai.

En utilisant la voiture d'un collègue ou la cireuse du voisin on économise ; en utilisant le vélo on économise ; en isolant son appartement on économise...

Et après ?

Après... il nous reste le pouvoir d'achat économisé !

 

Que faire de ce pouvoir d'achat non dépensé qui du fond du porte-monnaie susurre toutes ces choses agréables que l'on pourrait encore acquérir ?

Quelques-uns peut-être, suivant l’exemple d’Harpagon et de sa chère cassette, feront la sourde oreille au porte-monnaie et iront l'enterrer dans le jardin.
Mais tout le monde n’a pas de jardin.

Faudra-t-il organiser des autodafés les soirs de lune nouvelle, où chacun jetterait les billets de banque qu'il n'aurait pas utilisés ?

 

 

Économiser, partager, consommer moins et mieux... ?
Et après ? Que faire du pouvoir d'achat non dépensé ?

On sait bien que dans la réalité les économies seront réutilisées plus tard pour d'autres dépenses.

Par exemple, en allant au travail à vélo on économise... Mais, à quoi bon ce petit geste pour sauver la planète, si les économies de carburant ainsi réalisées sont utilisées pour s'offrir un voyage en voiture pendant le week-end ? (À part que le vélo, c'est bon pour la santé). Qu'importe la vertu écologique de la force du mollet de quelques jeunes sportifs, quand elle est effacée le week-end suivant ?

Est-il même possible de faire des économies sans projeter un achat plus tard ? Imaginons une personne à gros revenu qui déciderait de vivre sobrement et frugalement dans un tout petit appartement. Pour rien, rien d'autre que pour "sauver la planète" – ce qui n'est pas rien. Si cette personne est mariée, avec des enfants... comment fera-t-elle partager sa sobriété à sa famille ? Récriminations et divorce et en vue ! (ce fut le cas d'Harpagon avec ses enfants, Molière avait déjà compris le problème.)

Et même si par extraordinaire quelqu'un faisait vraiment des économies – un moine ermite retiré en haut d'une montagne, un dépressif las de vivre – son pouvoir d'achat ne disparaîtrait pas pour autant, ses héritiers s'en chargeraient avec plaisir.

De sorte que l'effet des économies sur la consommation... est nul ! Aucune réduction ! Ce qui importe pour réduire la consommation ce n'est pas d'augmenter les économies, mais de réduire le pouvoir d'achat, car il sera dépensé tôt ou tard.

En partageant on achètera moins de cireuses...

On achètera moins de cireuses, mais on achètera donc autre chose, puisque le pouvoir d'achat est disponible. C'est-à-dire que tous ces efforts pour "faire autrement", méritoires, sont un coup d'épée dans l'eau, la consommation se fera quand même, tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre, jusqu'à épuisement du pouvoir d'achat.

Économiser, partager, consommer autrement, etc., à quoi cela sert-il, si le pouvoir d'achat ne baisse pas ?

Les économies n'existent pas.
Économiser, ce n'est que différer un pouvoir d'achat.

 

Le pouvoir d'achat, c'est du CO2

Un pouvoir d'achat est toujours dépensé... et se transforme tôt ou tard en CO2, car il y a du CO2 dans n'importe quel produit. L'augmentation des pouvoirs d'achat, multipliée par l'augmentation des populations, a pour conséquence automatique l'augmentation des émissions de CO2. Par exemple, l'augmentation du pouvoir d'achat dans des régions ayant des épisodes de fortes chaleurs – en Chine, en Inde, en Indonésie, se traduit par une augmentation de demande de climatiseurs. Pour répondre à cette demande supplémentaire d'électricité, la Chine aurait besoin d'accroître sa production électrique, d'ici 2040, d'une quantité équivalente à la production actuelle du Japon. (World Energy Outlook - iea 2017 - executive summary).

Combien d'éoliennes pour alimenter tous ces climatiseurs ?

 

« Le monde va subir une crise du froid »
(Fatih Birol, directeur de l'Agence internationale de l'énergie – "The Future of Cooling" - 2018 - Agence Internationale de l’Energie (AIE))

 

C'est encore le pouvoir d'achat qui permet d'acheter de nouveaux vêtements avant d'user les anciens, ou de gaspiller la nourriture, ou de voyager, ou qui permet aux pays émergents de consommer de plus en plus de viande.

► Population et pouvoir d'achat sont les moteurs du réchauffement climatique.

 

La plupart des lecteurs reconnaîtront facilement que l'augmentation de la population est un facteur d'accroissement du réchauffement climatique.

Mais ils seront peut-être moins nombreux à reconnaître la part de responsabilité du pouvoir d'achat, de notre pouvoir d'achat.

 

Il faudrait réduire le pouvoir d'achat dans les pays développés. (Croissance durable, ou sobriété et décroissance.

 

 



[00] On accuse la publicité, qui serait le serpent tentateur qui nous incite à consommer. À-t-on vraiment besoin d'être sollicité pour consommer ? Cette incitation existe déjà naturellement dans notre cerveau. La publicité n'a qu'un rôle secondaire, non pas d'inciter à la consommation, mais d'orienter la consommation vers tel ou tel produit, telle ou telle marque.
[0] À lire : Le bug humain - Sébastien Bohler.

 

 

 

 
 
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Pour une écologie réaliste

Par Pierre Yves Morvan-Ameslon
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Mise à jour : 23 janvier 2020