Pour une écologie réaliste

Une analyse réaliste des défis climatiques et alimentaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le mythe du "bon" vieux temps - C'était vraiment mieux avant ?

 

 

Dans le "bon" vieux temps les hommes subissaient les caprices de la nature.

La disette et la famine étaient toujours là en embuscade, profitant du moindre épisode trop pluvieux, trop sec, trop froid, trop chaud…

Aujourd'hui nous pouvons nourrir sept milliards de Terriens.

Nous avons troqué les famines du passé contre d'infimes résidus de pesticides – qui n'empêchent pas que nous vivons de plus en plus longtemps en bonne santé.

Nous avons troqué le travail des enfants aux champs ou à la mine contre l’école, l'eau polluée de la rivière contre l'eau saine du robinet, etc.

Avons-nous perdu au change ?

 

 

 

La planète bleue n'était pas verte, la vie n'était pas rose

Tout va mal !

Les médias le répètent en boucle, l’air que nous respirons est pollué, l’eau que nous buvons malsaine, notre nourriture empoisonnée, la planète est en ruine… "C'était mieux avant !", il faut vite revenir au bon vieux temps, lorsque la planète bleue était encore verte.
Nous nous laissons influencer par cette profusion de discours angoissants, jusqu'à ne plus voir la réalité qui est en toute évidence sous nos yeux.

Nous sommes conditionnés par cette profusion de discours angoissants, au point de ne plus voir ce que nous avons réellement sous les yeux. La réalité c'est les villages proprets et bien soignés, les massifs fleuris, les petits jardins ; les passants convenablement habillés, en bonne santé ; des jeunes, des moins jeunes, beaucoup de "seniors" – c’est normal, puisque aujourd’hui en France on vit en moyenne quatre-vingts ans ; en dépit de l’eau malsaine et de la nourriture empoisonnée.

Autour du village, les champs colorés de cultures variées s'entrecroisent en un vaste tableau bariolé.

L'évidence est que la campagne aujourd'hui est belle, que les rues sont belles. Qui troquerait une rue d'aujourd'hui contre une rue du "bon" vieux temps (ici de Beauvais) ?

« Les rues qu’on n’éclaira qu’en 1765, valaient encore moins que les maisons. Rarement pavées, boueuses, étroites, encombrées par les auvents, les étals et les bornes, elles offraient, comme en bien d’autres villes, le spectacle d’une malpropreté qui, à distance, nous paraît répugnante. On n’en donnera que cette preuve : l’inlassable répétition, d’année en année des mêmes ordonnances de police par le bailli de l’évêché-comté-pairie, chargé de toutes les questions de voirie. Les bouchers jetaient régulièrement à la rue les "entrailles et boyaus" des bêtes abattues ; rôtisseurs, pâtissiers et poissonniers les imitaient. Des volailles et des porcs erraient, cherchant leur nourriture dans les tas de fumier que chacun entretenait devant sa porte dans l’espoir d’engraisser un jardin. Trop souvent, le bailli interdit aux Beauvaisiens de "faire leurs ordures dans les rues", d’y "jeter tant de nuit que de jour ordures et immondices, urine et excréments". Un règlement de 1665 enjoignait aux propriétaires de construire des lieux d’aisances, mais permettait à ceux qui ne disposaient pas d’un "espace suffisant" de se procurer un "vaisseau" et d’aller, "chaque semaine", le "vuider en la rivière" [2]. »

 

 

Le bon vieux temps, c'était le paradis terrestre... pour les mouches.

Quant aux passants dans cette rue répugnante du "bon" vieux temps, nous rêvons qu’ils étaient de beaux et vigoureux gaillards, solides, fortifiés par une vie saine au grand air, par une alimentation naturelle qu’aucun pesticide encore n’avait contaminée. Hélas…

« L’ignorance quasi totale d’hygiène personnelle et collective faisait que l’eau et la nourriture étaient sources constantes de contamination…
Ces conditions sanitaires primitives déclenchaient continuellement des infections bactériennes gastriques, dont la plus redoutable était la dysenterie, qui emportait de nombreuses vies sans distinction de sexe ni d’âge, en l’espace de quelques heures ou de quelques jours. Provoquées par un régime alimentaire déséquilibré chez les riches et par la consommation de nourriture avariée ou insuffisante chez les pauvres, les problèmes gastriques de tous ordres étaient chroniques. La fréquence de vers intestinaux… était une maladie lente et répugnante qui minait la population et la maintenait en mauvaise santé…
On oublie que peu d’adultes étaient à la fois en bonne santé et séduisants, sans parler de l’odeur ni de la saleté qui étaient tout à fait courantes… Hommes et femmes ont souvent dû avoir des haleines fétides à cause des dents gâtées, de maux d’estomac constants dont on trouve mention dans de nombreuses archives, tandis qu’ulcères purulents, eczéma, croûtes, plaies suppurantes et autres maladies de peau étaient monnaie courante et duraient souvent des années [3]. »

Disettes et famines

La nourriture du bon vieux temps ? On mangeait d’abord la soupe ; et ensuite… ensuite rien ! La viande ? presque jamais. De la bonne soupe ? même pas. De la soupe en abondance ? même pas. La disette et la famine étaient toujours là en embuscade, profitant du moindre épisode trop pluvieux, trop sec, trop froid, trop chaud…

« Si la malnutrition est endémique dans les couches modestes de la population, et surtout de la population rurale, on ne signale que trois disettes graves entre la famine de 749-750 et celle de 840. » (Charlemagne, Jean Favier – Fayard.)

« La France, pays privilégié s'il en fut, aura connu dix famines générales au Xe siècle, vingt-six au XIe, deux au XIIe, quatre au XIVe, sept au XVe, treize au XVIe, onze au XVIIe. » (Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme)

 

 

C'était le bon vieux temps... des disettes et des famines.

Les témoignages de ces carences se retrouvent partout. La hauteur des portes d’alors, qui nous oblige aujourd’hui à nous baisser, trahit la petite taille de nos grands-pères ; dans la chorale d’enfants que dirigeait Bach, les garçons restaient jusqu’à quinze ou seize ans, signe d’une puberté bien plus tardive qu’aujourd’hui – entre autres pour des raisons de malnutrition…

Le pain qu'on trempait dans la soupe du bon vieux temps, ce n’était pas notre bon "pain à l'ancienne" (qui n’a rien d’ancien, on crée de nouvelles variétés de blé pour le fabriquer). Il était fait alors d’un mélange de seigle essentiellement, de froment, d’orge, qu'on ne cuisait que toutes les deux à trois semaines – d'où l'idée géniale de le tremper dans la soupe pour le ramollir.

Allez, vous prendrez bien un dernier petit quignon rassis pour la route ?

Une poule au pot le dimanche ? … Ce n'était qu'une promesse. Mais en des temps plus reculés encore, six siècles avant Jésus-Christ, un luxe aussi extravagant qu’une poule au pot ne pouvait même pas être imaginé ; dans la Grèce de Solon, il était autorisé de faire bombance les jours de fête en mangeant du pain de froment – sans poule au pot ; les autres jours, il fallait se contenter de la maza, la galette d’orge – sans poule au pot. Un régime très sain, aucun risque d’obésité. Le mot même d'obésité n’existait pas, il n'y avait alors que de l'embonpoint – ne pas confondre ! Quelques rares privilégiés seulement avaient cette chance extraordinaire d'être en bon point – une condition enviable et admirable.

« Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire. » (La Fontaine Le Loup et le Chien)

Hibernatus, le retour !

Si l’on remonte plus loin dans le passé, vers des temps que nous croyons plus bucoliques encore, quand il n’y avait même pas de ville, seulement la nature, les fleurs et les petits oiseaux, nous avons un témoin en chair et en os – surtout en os – pour nous en parler : Ötzi, "l’homme des glaces", retrouvé en 1991, momifié dans un glacier à la frontière entre l’Autriche et l’Italie. Ses restes ont parlé : ils ont confessé que ses poumons étaient encrassés par la fumée du feu de bois. Ses viscères ont également avoué qu'il avait bu de l'eau contaminée par des matières fécales…

Ah ! la saine vie champêtre de nos ancêtres ! Feu de bois et eau pure des petits ruisseaux !

Imaginons que l’on retrouve un jour un Hibernatus de la Beauvais du XVIIe siècle, parfaitement conservé dans je ne sais quelles glaces, et qu’on puisse le ramener à la vie… Son vieux monde lui reviendrait en mémoire, lorsqu'il vivait naturellement (mal), se chauffait naturellement (mal), mangeait naturellement (mal) ; lorsqu'il avait l'estomac naturellement pourri par une nourriture sans variété, mal conservée dans la chaleur de l’été sans réfrigérateur ; lorsqu'il puait naturellement de la bouche ; lorsqu'il était mort naturellement (mal), à quarante ans, sans dents depuis longtemps.

[...]

Qui veut troquer un seul aujourd’hui contre deux hier ?

Il n’est pas question de dire qu’aujourd’hui tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais qui accepterait de troquer un seul aujourd’hui, même imparfait, contre deux bons vieux temps ?

[...]

 



[2] 100 000 provinciaux au XVIIe siècle – Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730 – Pierre Goubert, professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne – Champ historique – Flammarion – 1977

 

[3] Lawrence Stone de l’université de Princeton. Cité par Bjørn LOMBORG - L'écologiste sceptique - Le véritable état de la planète - Le Cherche midi éditeur.

 

 

 

 
 
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Pour une écologie réaliste

Par Pierre Yves Morvan-Ameslon
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Mise à jour : 25 mars 2019