écologie, dogmes, agriculture bio, OGM, nucléaire

 

 


La nature et les hommes
Le mythe du bon sauvage respectueux de la nature

 

La nature n'est pas une sainte-nitouche.
Elle est parfois généreuse, mais parfois aussi famines et épidémies.

L'homme n'est pas un saint.
Le bon sauvage autrefois était un prédateur sans frein ni limites.

Mais l'homme moderne, maintenant, tente de préserver la nature.

 

Tout va mal... Quels sont les responsables ?

Nous rêvons aujourd’hui du "bon" vieux temps d’il y a cent ans… Mais de quoi rêvaient donc nos aïeux d’il y a cent ans ? La réponse étonnante est qu’ils rêvaient… du bon vieux temps d’il y a cent ans – cent ans avant eux… Et ainsi de suite. La recherche du temps perdu est perdue d’avance ; aussi loin que l’on remonte dans le passé, on retrouve le mythe du bon vieux temps d'avant. Il y a cinq mille ans, on rêvait déjà du bon vieux temps d'avant.

Version sumérienne du bon vieux temps :

« [en ce temps-là] Le lion ne tue pas, / Le loup ne s’empare pas de l’agneau, / Inconnu est le chien sauvage dévoreur de chevreaux... / Celui qui a mal aux yeux ne dit pas "j’ai mal aux yeux" ; / Celui qui a mal à la tête ne dit pas "j’ai mal à la tête" ; /La vieille femme ne dit pas : "je suis une vieille femme"... » (Retrouvé sur ces tablettes d’argile exhumées du côté du Tigre et de l'Euphrate, recouvertes de cette étonnante écriture cunéiforme – pattes de mouche ou art abstrait - 3 000 AV J.C.)

Version grecque :

« [Les hommes] vivaient comme des dieux, le cœur libre de soucis, à l’écart et à l’abri des peines et des misères : la vieillesse misérable sur eux ne pesait pas ; mais, bras et jarret toujours jeunes, ils s’égayaient dans les festins, loin de tous les maux. [...] Tous les biens étaient à eux : le sol fécond produisait de lui-même une abondante et généreuse récolte, et eux, dans la joie et la paix, vivaient de leurs champs, au milieu de biens sans nombre. »

Version Biblique :

« Puis l’Éternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait formé. L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger… »

 

Hélas, les portes du jardin en Éden sont maintenant fermées – et nous sommes du mauvais côté de la porte, exposés aux ouragans, sécheresses, inondations, tremblements de terre, tsunamis, volcans, et aussi aux épidémies, à la famine, la douleur, et à l'innommable naufrage de la vieillesse… Qui fut responsable de ce désastre ? Depuis des millénaires les plus fins limiers se penchent sur ces événements pour démasquer les coupables.

Deux suspects sont en examen : l'homme et la nature.

La nature n'est pas une sainte-nitouche.

Docteur Jekyll et mister Hyde

L'enquête a montré que la nature est généreuse – parfois.

Mais qu'elle est aussi désastres et catastrophes, famines et épidémies – parfois.

Elle est docteur Jekyll et mister Hyde.

Elle est docteur Jekyll quand elle est corne d'abondance et sacre du printemps ; elle est mister Hyde quand elle est récoltes ravagées, famines et épidémies, tempêtes et ouragans, et le général hiver.

La vie peut être belle sous les tropiques enchanteurs ; à condition d’échapper aux maladies tropicales, aux ouragans tropicaux, aux moustiques et autres animalcules tropicaux qui mordent, qui piquent, qui sucent. La vie pouvait être belle sous les alizés autrefois, au rythme du vent, des vagues et du soleil, dans une cabane de feuilles au bord d’un ruisseau limpide… elle pouvait être belle, à condition de ne pas avoir de rage de dents ni la malaria … elle pouvait être belle… et courte !

Et dans les contrées plus nordiques, elle pouvait être moche et courte.

 

La nature crée des poisonsLa nature, celle qui a inventé le vert tendre des feuilles nouvelles à peine écloses de leur bourgeon, celle qui a inventé la symphonie délicate des couleurs de l’automne, celle qui a inventé la brume légère du petit matin aussi bien que l’or et le pourpre éclatant du couchant – cette nature que chantent les poètes, cette nature-là a inventé le poison, le venin, le crime. La paix champêtre de la prairie est trompeuse. Les herbes ondulent mollement sous la brise, "tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté" ; pourtant, derrière chaque brin d’herbe, derrière chaque petite fleur, des guets-apens se trament, des combats sans merci se déroulent. L’araignée sauteuse guette la proie de ses quatre yeux, le dard de la guêpe vise le ventre mou de la chenille. Même Les abeilles butineuses sont aussi des tueuses, une quinzaine de décès par an en France.

Dans le domaine du meurtre, du crime, de l'empoisonnement, la merveilleuse nature a l’esprit fertile. La nature est un Colisée planétaire où il n’y a pas de spectateurs, nous sommes tous des gladiateurs dans l'arène, mal armés par la nature, entourés de fauves. La nature a inventé les microbes, les virus, ou encore ces guêpes qui pondent leurs œufs dans une chenille, afin que la larve de la guêpe puisse se développer en dévorant la chenille vivante de l’intérieur. Pire que le Colisée. L’entomologiste Fabre s’indignait : « Ah les féroces bêtes ! […] La mante fait régal de son pareil ». Sans parler de notre chat si mignon qui s'amuse si joliment de la souris avant de la croquer. Ou pire encore, sans même la croquer, seulement pour le fun.

 

« Le monde est une fête où le meurtre fourmille 
Et la création se dévore en famille. » (Victor Hugo)

 

« La simple vérité est que la nature accomplit chaque jour presque tous les actes pour lesquels les hommes sont emprisonnés ou pendus lorsqu'ils les commettent envers leurs congénères. » (Sur La Nature - John Stuart Mill, 1806-1876).

 

Il est naturel de respecter nature-Jekyll, mais naturel aussi de se défendre de nature-Hyde.

L'homme n'est pas un saint

Dès les débuts de l'enquête, les hommes ont été soupçonnés. Les vieux rapports d'enquête racontent comment les choses se seraient passées.

Au début il y avait le bon vieux temps. Séquence paradis terrestre, brise tropicale, fleurs multicolores, papillons et libellules…

Mais les hommes en ont voulu plus, ils ont manigancé pour se procurer quelque avantage supplémentaire. Selon des témoins dignes de foi ils auraient volé le feu (version grecque), ou une pomme (version biblique). Séquence chapardage.

Les voleurs sont pris la main dans le sac et expulsés. Séquence eau et pain sec.

Ces vieux rapports ont été recyclés, adaptés, à peine relookés, pour raconter nos tribulations aujourd'hui :

Il y avait le bon vieux temps. Comprenons : la nature vierge, les fleurs, les papillons… et des laboureurs sifflotant allègrement derrière la charrue tirée par "deux beaux bœufs blancs marqués de roux".

Mais les hommes en ont voulu plus, ils ont croqué la pomme. Comprenons : ils violentent la terre, ils l’ont asservie, exploitée, pressurée, ils ont utilisé engrais et pesticides.

La planète se venge en se détraquant. Comprenons : tout est pollué, tout va mal, il n’y a plus d’oiseaux pour chanter le lever du soleil.

Le mythe du bon sauvage respectueux de la nature

On accuse les hommes modernes d’utiliser la puissance des moyens que la technique leur donne pour exploiter la terre à outrance, sciant la branche nature sur laquelle ils sont assis. On les oppose aux mythiques hommes d'autrefois, idéalisés en sages, en exemples de frugalité et de respect de la nature. L'homme de Cro-Magnon aurait été sobre par nature, comblé de ce petit peu que la nature lui offrait, ne désirant rien de plus ; une grotte, une peau de bête, quelques baies…

Hélas, Cro-Magnon lui-même s'est laissé aller à la fâcheuse tendance à rechercher un peu plus de confort, un peu moins de précarité – que le premier à n'avoir jamais succombé lance la première pierre. Cro-Magnon a voulu un peu plus, un peu mieux, il a inventé l'agriculture, la maison et le chauffage central, le village et la ville, les machines et le commerce...

C’est ainsi que le drame a commencé.

En réalité, la sagesse supposée des premiers hommes d'autrefois n’était rien d’autre que leur petit nombre et leurs médiocres moyens techniques. Lorsque les hommes étaient rares sur une terre immense, ils puisaient sans retenue et sans vergogne dans la nature, ils ne se préoccupaient pas des déchets de leur petit campement, les laissant à l’abandon, aux bons soins des vautours, des hyènes, et autres éboueurs naturels. Ils n'avaient pas l’idée d’épargner les forêts qu’ils brûlaient pour faire place aux cultures. Ces hommes anciens n'avaient pas non plus l'idée d’épargner la faune sauvage [1], ni même l’idée d’épargner les tribus concurrentes.

Il est vrai que les pêcheurs de morue du siècle dernier n'ont pas épuisé les réserves de l’océan ; mais, était-ce là l’effet d’une conscience écologique précoce... ou la simple mesure de leur impuissance ? Ils n'avaient pas de sonar, pas de chalut, pas de moteurs. Ils partaient sur des bateaux à voiles, ils pêchaient à la ligne dans leurs minuscules doris... ils étaient tout simplement incapables de pêcher davantage.

En revanche, lorsque leur technique permettait à nos pères d’aller jusqu’au bout des choses, ils l’ont fait sans retenue. Ils ont toujours considéré qu'ils étaient les meilleurs et les plus beaux, que même la nature devait subir leur loi.

 

Ils ont commencé très fort, en exterminant les mammouths ;

… et les néandertaliens de surcroît.

Puis les Romains ont anéanti des populations entières d'animaux sauvages d'Afrique et d'Orient, parce qu'il leur fallait du pain et du cirque (500 lions exterminés lors de l'inauguration du théâtre de Pompée à Rome).

Puis, avec Buffalo Bill, ils ont exterminé les bisons ;

… et les Indiens de surcroît.

Les anciens ont aussi quasi exterminé les loutres de mer, les phoques, les bébés phoques, les éléphants de mer, les éléphants de terre, les bêtes à fourrure [2]… et les autres peuples et tribus aussi. On sait ce qui s'est passé après la découverte du Nouveau Monde, l'anéantissement de peuples et de cultures ; on est moins conscient que la guerre fut toujours "l'état de nature", même là où on ne s'y attendrait pas :

 

« [les Tahitiens] sont presque toujours en guerre avec les habitants des îles voisines. […] La guerre se fait chez eux d'une manière cruelle. Suivant ce que nous a appris Aotourou, ils tuent les hommes et les enfants mâles pris dans les combats [3] ; ils leur lèvent la peau du menton avec la barbe, qu'ils portent comme un trophée de victoire ; ils conservent seulement les femmes et les filles, que les vainqueurs ne dédaignent pas d'admettre dans leur lit. » (Bougainville [4], l'un des premiers à visiter la Polynésie nouvellement découverte, à propos des Tahitiens)

 

(On appréciera le style délicat et raffiné du XVIIIe siècle : « que les vainqueurs ne dédaignent pas d'admettre dans leur lit »… Qu’en termes galants ces choses-là sont dites… )

 

Oublions le mythe du bon sauvage bisounours respectueux de l'environnement, nos ancêtres ne respectaient rien [4-1]. Il est vrai qu'en haut lieu, en très haut lieu, on leur avait donné carte blanche :

« Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la, soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre... » (Genèse 1:28).

Mais ce message n'avait été transmis qu'à l'Ancien Monde, on avait oublié d'en informer le Nouveau Monde ; il n'y avait aucune radio aucun Internet pour y faire connaître cette "Bonne Nouvelle". C'est pourquoi peut-être les Amérindiens avaient, dit-on, un tout autre rapport avec la nature ; ils en parlaient, dit-on, avec amour et poésie :

« Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l'expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'homme rouge. […]
Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. […]
Quel intérêt y-a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? […]
Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l'homme ; l'homme appartient à la terre. » (discours du chef indien Seattle en pourparler avec le gouvernement des États-Unis d’Amérique)

 

C'est très émouvant, très "écolo".

Mais cette poésie n'empêchait pas que la noble occupation des fiers guerriers emplumés était de faire la guerre aux tribus voisines. La vie de guerrier du chef Seattle correspond peu à cette poésie champêtre  [5].

L'héritage de la savane

Tout cela surprend, nous sommes encore influencés par les mythes du "bon sauvage" qui aurait été un bisounours respectueux de la nature.

La réalité est bien différente. Nos anciens, tout frais sortis des forges de l'évolution, brut de fonderie, ne respectaient pas la nature... parce qu'ils suivaient les lois de la nature ! Et les lois de la nature sont de s'imposer, conquérir un territoire, exploiter ce territoire au maximum pour se nourrir, et but ultime se reproduire.

Les hommes agissaient, agissent encore, selon ces lois – ils s'imposent, se répandent, envahissent, exploitent, exactement comme n'importe qu'elle autre espèce sauvage ; nous sommes une espèce sauvage. Jamais une espèce, de la bactérie à la plante envahissante ou au carnivore, ne s'est préoccupée de limiter son extension et sa prédation. On a vu la jacinthe d'eau envahir des fleuves, le frelon asiatique s'attaquer aux abeilles d'Europe. Les hommes se comportent naturellement de la même façon, ils envahissent tous les recoins de la terre, ils en exploitent toutes les ressources jusqu'à épuisement, bref, ils font naturellement comme tous les autres êtres vivants, tous façonnés par la même évolution, qui a sélectionné partout le même impératif de la nature : "croissez et multipliez".

Les hommes... des animaux comme les autres.

Mais aujourd'hui les brutes grossières que nous étions au sortir des usines de l'évolution sont passées par un atelier spécial de finition ; nous avons reçu une couche de vernis qui nous donne une meilleure apparence, même si le fond n'a peut-être pas beaucoup changé. Un vernis de civilisation et d'humanisme, qui n'est peut-être qu'une adaptation à de nouvelles conditions d'existence, moins précaires, moins dangereuses, plus policées.

Le verni est fragile il n'attache pas partout et se craquelle parfois ; on a vu des fissures en Allemagne dans les années trente, en en voit encore ici et là.

Mais par endroits le vernis tient. Le bon sauvage des premiers temps tirait sur tout ce qui bouge ; maintenant on protège la vie sauvage, on ne va plus chasser les bisons ou les baleines on va les photographier, et de braves petits jeunes gens s'étaient mobilisés jour et nuit, prêts à se battre pour sauver, disaient-ils, le précieux petit campagnol amphibie de Notre-Dame-des-Landes. Un exemple de l'évolution des mentalités : au début des années 1800 l'éclairage au gaz de houille s'est répandu, menaçant le commerce de l'huile de baleine qui était jusqu'alors utilisée dans les lampes à huile. Aujourd'hui on se réjouirait de voir ainsi diminuer la chasse à la baleine ; à cette époque, on s'en lamentait :

« L'éclairage par le gaz est aujourd'hui répandu à un tel point en Angleterre, pour les rues, les boutiques, les ateliers, les spectacles, les fabriques et les temples, que l'on a craint que cette invention, en diminuant l'usage de l'huile de baleine, ne nuisît aux pêcheries anglaises. » (Journal des savans (sic) - janvier 1817).

 

Dans le bon vieux temps les hommes étaient insouciants de l'environnement. Même en petit nombre ils ont fait des dégâts considérables. Les chasseurs-cueilleurs ont ainsi exterminé les mammouths, les néandertaliens, les bisons, et les tribus voisines aussi. Ils ont exterminé 90 % de la grande faune australienne dès leur débarquement, et plus globalement 50 % des grands mammifères terrestres de la planète. Les « chasseurs-cueilleurs, étaient des "serial killers" écologique » (Sapiens, par Yuval Noah Harari - Albin Michel).

Toutefois... ces hommes – qui sont des animaux comme les autres – ont quand même un petit plus : ce sont des animaux raisonnables. Ils sont les seuls animaux à avoir pris conscience des dégâts qu'ils provoquent, qu'il n'est plus possible de continuer ainsi, qu'il faut s'autoréguler ; ils ont commencé, lentement. Les sensibilités ont évolué, plus attentives à l'environnement. Mais la foule des hommes est si dense maintenant que même si chacun est plus respectueux de la nature, l'impact global de cette multitude sur l'ensemble de la planète est encore plus considérable que tout ce que pouvaient faire nos ancêtres – très irrespectueux de l'environnement, mais qui avaient la "qualité" d'être peu nombreux.

L’homme ancien, brut de fonderie, tel que la nature l’a fait, était un prédateur insouciant de l'environnement ; il "suivait l'exemple de la nature".
L'homme nouveau, sous son vernis de civilisation, est devenu un peu plus respectueux de l'environnement.

 

"Dominez la terre"

En haut lieu, en très haut lieu, avait donné aux hommes la mission de "dominer la terre". Facile à dire... mais à l'origine ce sont les hommes qui étaient dominés par la terre. Transis, menacés, affamés, ils devaient se défendre d'une nature hostile pour survivre. Il y a deux mille ans Lucrèce dénonçait combien il fallait d'efforts pour espérer quelques grains à la sueur du front :

« Ce qui reste de champs, la nature le couvrirait
de broussailles si l’homme à sa force ne résistait
et pour vivre ne gémissait sur la lourde charrue
à labourer la terre, à peser toujours sur le soc. » (Lucrèce – 98 / 55 AV J.C. – De Rerum Natura.)

 

La terre n'est pas naturellement généreuse, elle est plutôt pingre et avare. Si on réussit maintenant à nourrir sept milliards d'hommes, ce n'est pas un cadeau, un "don de la terre", c'est le fruit du travail et de l'ingéniosité des hommes. L'Égypte serait un "Don du Nil" ? En effet il fallait le Nil ; mais il fallait aussi la sueur des millions de fellahs qui l'ont mis en valeur au cours des millénaires. Ce sont les hommes qui transforment une terre sauvage en champs de blé, en Égypte ou ailleurs. (Voir sur ce site Le mythe du naturel

 

« La Nature brute est hideuse et mourante ; c’est moi, moi seul qui peux la rendre agréable et vivante : desséchons ces marais, animons ces eaux mortes […] mettons le feu à ces vieilles forêts […] une Nature nouvelle va sortir de nos mains. » (Buffon – De la nature)

 

 

« Quant aux premiers nés parmi les humains [ils menaient] une vie pénible, privés de vêtements, ne connaissant ni l’habitation ni le feu, étant totalement ignorants de la nourriture cultivée […]. Le feu ayant été connu, ainsi que les autres choses utiles, peu à peu les techniques furent découvertes, ainsi que les autres choses aptes à porter aide à la vie en commun. » (Diodore de Sicile, 90 - 30 AV J.C.)

 

La machine à laver de Nausicaa

Diodore de Sicile louait déjà les inventions qui aident les hommes – l'agriculture, le feu, et autres techniques. Nous devrions être comblés aujourd’hui, alors que nous sommes assistés d’une armée d’esclaves mécaniques, aspirateurs, machines à laver le linge... Nous avons oublié que dans le bon vieux temps, la belle Nausicaa, bien que fille de roi, allait laver le linge de famille à la rivière. Décrit par Homère, cela donne un tableau charmant et bucolique. « L’aurore au trône éclatant » avait réveillé Nausicaa. Elle avait mis son linge souillé sur une « charrette aux belles roues » tirée par des mules, elle avait pris « dans un panier toutes sortes de choses bonnes à manger, ainsi qu’une outre en peau de chèvre remplie de vin » ; aidée de ses «  servantes à la belle chevelure », elles « avaient enlevé le linge de la charrette à pleins bras, l’avaient porté dans l’eau sombre des bassins, où elles l’avaient foulé, rivalisant entre elles d’activité. »

Quelle charmante scène ! Nous pourrions même être tentés de basculer par la fenêtre notre machine à laver, qui nous prive de ces délicieuses joies simples de la lessive à la rivière. Mais avant de passer à l'acte, réfléchissons bien. Où garer les mules entre deux lessives ? Le bord de la rivière dans une île grecque à la belle saison, est-ce vraiment la même chose que le bord d'une rivière d’un pays du Nord, quand le ciel pleure de froid ? Pierre-Jakez Hélias raconte la vie des femmes du pays bigouden, en Bretagne, au début du XXe siècle, le « retour du lavoir ou des champs, écrasée d’un fardeau de linge, d’herbe ou de choux, crottée jusqu’aux reins, refroidie jusqu’aux moelles et les hardes si trempées qu’elles ont doublé de poids. » (Le cheval d’orgueil – pierre jacquez - Plon).

Il y a loin du rêve ensoleillé d’un poète grec à la réalité bretonne ! On a chanté que « la misère serait moins pénible au soleil ». Il faudrait demander l’avis de ceux qui risquent leur vie en affrontant la Méditerranée vers l'Europe promise, dans l'espoir d'échapper à la misère, même ensoleillée.

 

C’est ainsi que l’histoire de l’humanité et de ses relations avec la nature peut être racontée selon deux versions totalement opposées.

Les uns voient l'histoire des efforts et des inventions des hommes pour se protéger d’une nature adverse, défectueuse, dangereuse ; se protéger du froid, des maladies, de la famine… Ils n’hésiteront pas alors à continuer le chantier, pour corriger les imperfections de la nature, l’embellir même, et améliorer le sort des hommes. Ceux-là se tourneront naturellement vers l’avenir, vers le monde de demain qu’il faut édifier jour après jour.

Les autres racontent au contraire l'histoire d'un bon vieux temps perdu, l'histoire d'une nature généreuse, autrefois enchantée mais maintenant dégradée par la cupidité des hommes, où il ne reste que les décombres d’un ancien paradis terrestre. Ceux-là seront évidemment tentés de se tourner vers le passé, de s’accrocher en soupirant aux quelques vestiges encore debout du paradis perdu, de rejeter toutes les inventions des hommes, toute nouvelle évolution, qui ne pourrait qu’entraîner de nouvelles déchéances.

Le bon temps est-il enseveli à jamais sous les décombres du paradis perdu, ou est-il devant-nous, encore à construire ?

Faut-il revenir en arrière ou aller de l'avant ?

 

 

[1] La prise de conscience que ces comportements ne sont pas (plus) tolérables est très récente. On trouve sur Internet des photos montrant d'intrépides chasseurs de tigres posant fièrement devant leur "gibier". Parmi ces "intrépides" on découvre le prince Philippe d'Angleterre (India Prince Philip & Queen Hunting Tiger) et et Clémenceau (Monsieur Clemenceau a tué deux tigres).
[2] « Les aristocrates, les membres du haut clergé, les princes, les rois ou les riches marchands achètent de l'écureuil [le vair], de l'hermine, du renard, de la belette blanche, de la loutre, du castor, et font venir des forêt plus froides de l'Europe centrale des zibelines. Pour une houppelande, il faut jusqu'à 2 250 peaux d'écureuil ou 500 peaux de zibeline. Quand les princes ou les rois habillent leur "maison" [leurs familiers], ils peuvent acheter, à l'instar du roi de France, sur six mois en 1322... un million de peaux fines. ?» (Le Moyen Äge - Madeleine Michaud – Eyrolles)
On peut saluer le chauffage central et les vêtements "polaires" en fibre polyester, qui permettent de se passer de fourrures.

[3] Mémoire de ces anciens temps, Teahupoo qui est aujourd'hui un haut lieu du surf mondial. Il n'est pas certain que les surfers sachent que Teahupoo signifie "mur de crâne" ?: les crânes des ennemis tués lors des batailles étaient utilisés pour construire des murs délimitant leur territoire.
[4] Qui a donné son nom au bougainvillier.
[4-1] Ne respectaient ni la nature, ni les animaux, mais non plus les "autres" hommes (ceux des autres villages, des autres cultures) ; les vaincus devenaient esclaves à la vie brève, ou sacrifice humains à la vie encore plus brève (et on ne sait pas ce qui était préférable).
Les droits de l'homme n'avaient pas encore été inventés.
C'est aujourd'hui seulement que, lentement, péniblement, l'humanité sort de la violence de l'état de nature et invente un nouveau monde, plus humain.

[5] La réalité décevante est que ce discours que je reprends ici tel qu'il est largement diffusé aujourd'hui, est sans doute très éloigné du peu que l'on sait du discours original. Des chercheurs considèrent que celui-ci serait « une supercherie médiatique de l’ère écologique naissante. », fabriquée dans les années 1970.

 

 
 
facebook

écologie réaliste, urgence alimentaire, urgence énergétique    facebook


Les pages de ce site s'inspirent du livre :
Une écologie réaliste

Par Pierre Yves Morvan-Ameslon

Versions numériques :
Amazon Kindle

Epub

écologie, réchauffement climatique, ogm, biologique




 

Feuilleter quelques autres pages écologie, illusion, agriculture bio, nucléaire, ogm.

 

Le facteur humain

Surpopulation - ressources
Une transition démographique est en cours ;
La population était régulée par la famine ;
Elle est maintenant régulée par l'éducation, les systèmes sociaux, la pilule.

La croissance durable… une grenouille plus grosse que la planète
Une croissance, qu'elle qu'elle soit, c'est laisser à nos enfants une planète sans ressources, mines et puits vides, forêts rasées.
La plus belle planète du monde ne peut donner que ce qu'elle a.

Il faudrait consommer moins, mais peut-on changer "le fond de l'humaine nature" ?
Il faudrait consommer moins, être sobres.
Mais l'évolution n'a pas sélectionné la sobriété, elle n'est pas naturelle.
Pouvons-nous devenir sobres ?
Pourrait-on bâtir une économie sobre, produisant peu, consommant peu, sans risque de chaos économique et social ?

Économiser, partager, consommer autrement, ne suffit pas !
Les économies n'existent pas !
Économiser ce n'est que reculer pour mieux dépenser.
la consommation n'est limitée que par le pouvoir d'achat.
L'illusion de l’éducation et de la "prise de conscience".

Les petits gestes pour sauver la planète
... Ont de petits effets !

Réchauffement climatique, énergies renouvelables, économies d'énergie...

Peut-on échapper au réchauffement climatique ?
Les émissions de CO2 croissent.
Les gouvernements peuvent-ils changer les choses, ou nous-mêmes ?
Le CO2 demain viendra surtout des pays émergents.

Énergie, réchauffement climatique, croissance des pays émergents
Peut-on à la fois réduire le réchauffement climatique, et demander de la croissance, et répondre aux besoins d'énergie et de développement des pays pauvres et émergents ?

La voiture électrique est-elle un bon cheval?
La voiture électrique : le CO2 vient de la centrale électrique.
En France, grâce à son électricité nucléaire bas carbone, une voiture électrique moyenne économise du CO2. Pas en Allemagne.
On a raison de soutenir la voiture électrique en France. À condition d'être cohérent en soutenant aussi la production électrique nucléaire.

Énergie, transition énergétique, énergies renouvelables, sortir du nucléaire, charbon...

La transition énergétique : sortir du réchauffement climatique, ou sortir du nucléaire ?
Quelle est la priorité ?
Peut-on sortir du nucléaire et en même temps sortir du réchauffement climatique ?
L'échec de la transition énergétique en Allemagne : les émissions de CO2 ne baissent pas.

Les énergies renouvelables peuvent-elles remplacer les énergies fossiles à elles seules ?
Les énergies renouvelables croissent...
... mais moins vite que la demande d'énergie !
C'est pourquoi la consommation d'énergies fossiles augmente encore.

Les énergies renouvelables peuvent-elles fournir un mix électrique 100% renouvelable ?
Avec quelles contraintes pour l'environnement ?
Avec quelles contraintes pour les consommateurs ?

Nos très chères énergies renouvelables
Le vent et le soleil sont gratuits...
... mais l'électricité de vent et de soleil doit être subventionnée.

L'énergie de demain
Y a-t-il une vie après le pétrole ?
Oui, il restera encore du charbon.
Et le peu dont sont capables les énergies renouvelables.

Dangers des énergies – renouvelables, nucléaire, charbon...
Le nucléaire est dangereux... à peu près autant que les énergies renouvelables, accidents nucléaires inclus.
... et moins dangereux que le feu de bois !

Les déchets nucléaires ? ... Le vrai problème c'est le déchet CO2
Les pires déchets ne sont pas les déchets nucléaires, ce sont les milliards de tonnes de CO2 relâchées dans l'atmosphère, cause du réchauffement climatique.

Urgence alimentaire, agriculture bio, pesticides, OGM...

L'agriculture biologique pourrait-elle nourrir toute l'humanité à venir – sans déforestation ?
L'agriculture bio, de faible rendement, nécessite beaucoup de terre.
Mais la terre manque.
L'agriculture bio pourrait-elle nourrir toute l'humanité ?
  Oui.
L'agriculture bio peut-elle nourrir toute l'humanité sans conditions et sans déforestation ?
  Non.

Pour nourrir les hommes et sauver la forêt il faut augmenter les rendements agricoles.
La population augmente... il faut produire plus de nourriture.
Mais la terre agricole rétrécit, mangée par l'asphalte et le béton.
Il faut donc créer des variétés plus performantes et augmenter les rendements agricoles...
Sinon il faudra piocher de nouvelles terres dans ce qui reste de forêt tropicale.
C'est déjà commencé.

L'agriculture biologique utilise des pesticides
Le pyrèthre, pesticide bio, est dangereux pour les utilisateurs, pour la faune aquatique, pour la faune terrestre, pour les abeilles...
... Qui dit pire ?

Les pesticides sont dangereux... mais présentent peu de risques.
Ils présentent moins de risque que la sédentarité.
Ils sont nécessaires pour nourrir le monde.
Les agriculteurs, qui sont mille fois plus exposés aux pesticides que les simples consommateurs, ont globalement une espérance de vie supérieure à la moyenne du fait d’une sous-mortalité par cancer en général…

Les OGM Bt réduisent l'utilisation des insecticides...
Veut-on moins d'insecticides ? Alors il faut être réaliste et développer les OGM Bt.
Veut-on protéger les abeilles et la biodiversité ? Alors il faut être réaliste et développer les OGM Bt.

La viande rouge n'est pas verte
Le défi alimentaire pourrait peut-être être résolu si les hommes étaient des homo-ecologicus-no-gaspillus, ne gaspillant pas, mangeant peu de viande.
... Mais ces hommes-là n'existent pas.

Agriculture bio et biocarburants
Agriculture bio et biocarburants consomment trop de terre,
entraînent plus de difficultés pour nourrir toute l'humanité,
et la dispariton de la forêt.

OGM, des variétés naturelles comme les autres, en mieux
Les nouvelles variétés "naturelles" contiennent naturellement des pesticides naturels.
Les nouvelles variétés dites "naturelles" contiennent des gènes inconnus, aux effets inconnus.
... Mais enfin, les OGM vinrent !

Lobbying, désinformation, préjugés...

Greenpeace, une multinationale du lobbying
Le lobbying économique existe, mais aussi le lobbying idéologique.

"OGM j'en veux pas", une nouvelle religion ?

Le mythe du naturel...
La planète bleue n'était pas verte, la vie n'était pas rose...

Le mythe du "bon" vieux temps
La planète bleue n'était pas verte, la vie n'était pas rose... 
C'était le temps des disettes, famines, de la mort infantile, d'une espérance de vie courte.

Qui veut troquer un seul aujourd'hui contre deux hier ?
Avons-nous perdu au change ?

La nature et les hommes
Le mythe du bon sauvage respectueux de la nature.

Le mythe du naturel...
La nature invente virus et épidémies ; l'homme invente les vaccins.
La nature invente les pestes qui ravagent les cultures ; l'homme invente les pesticides.



 


comments powered by Disqus

 

Mise à jour : 14 mai 2021