Pour une écologie réaliste

Une analyse réaliste des défis climatiques et alimentaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Énergie et réchauffement climatique, sujet brûlant

 

L'énergie est vitale. Elle est le sang et la vie de nos sociétés populeuses ; du pétrole coule dans leurs veines, du 220 V court dans leurs nerfs.

L'énergie peut être chère, même dangereuse, ce sont de vrais problèmes ; mais ils sont secondaires comparés au manque d’énergie, qui signerait la disparition de nos sociétés organisées, le retour à la sauvagerie.

Mais la consommation massive de combustibles fossiles libère d’énormes quantités de CO2 dans l’atmosphère, créant le réchauffement climatique, une nouvelle menace pour nos sociétés.

 

Peut-on réduire les émissions de CO2, alors que cinq milliards de pauvres et émergents ont d'énormes besoins de développement ?

 

L’énergie est vitale

Autrefois quelques rares hordes de bons sauvages pouvaient subsister, plus ou moins mal, de baies et de racines, sans autre énergie que les rayons du soleil et le feu de bois. Mais au-delà d'un petit nombre d'individus il faut utiliser d'autres énergies pour survivre.

Les anciennes civilisations, égyptienne, grecque, romaine, ont utilisé la force des animaux domestiques, le bois prélevé sur la forêt… et surtout les esclaves prélevés sur les tribus vaincues [1]. Lorsque l’on s’extasie sur un "travail de Romain", le pont du Gard, le Colisée [2]… c’est un abus de langage ; il s’agit d’un "travail d’esclaves des Romains" [3]. C’est aussi ce qui explique que « Rome, en l’an 100 avant J.-C., était mieux équipée en routes pavées, en égouts, en alimentation ou en eau que la plupart des capitales européennes en 1800 [4] ». En visitant Pompéi on ne s’étonne pas de ces rues parfaitement pavées – un luxe pourtant extraordinaire quand on considère qu’il fallut attendre Philippe Auguste au XIIe siècle pour paver quelques rues de Paris [5].

L'esclavage est maintenant interdit [6]. Cela ne s'est pas fait sous l'effet d'une soudaine poussée éruptive d'humanité et de générosité dans les cœurs. Tout simplement, on a trouvé autre chose : les énergies fossiles. L'entretien d'un esclave – que l'on est bien obligé de nourrir – est devenu plus coûteux que le pétrole fournissant le même travail. C'est ainsi que l’énergie fossile abondante et bon marché a permis le fantastique développement depuis deux siècles d'une partie du monde. Elle a aussi, indirectement contribué à sauver les forêts lorsque le charbon a remplacé le bois de chauffage, à sauver les baleines lorsque le gaz à remplacé l'huile de baleine [6-0], à libérer les esclaves lorsque les moteurs les ont remplacés, à l'éducation des enfants lorsqu'ils ont été libérés des corvées : depuis que les moteurs tournent jour et nuit il n'est plus nécessaire d'envoyer les enfants à la mine ou aux champs comme c’était le cas il y a seulement un siècle ; ils peuvent maintenant aller à l'école.

L'énergie est vitale. L'énergie peut être chère, même dangereuse, ce sont de vrais problèmes ; mais ils sont secondaires comparés au manque d’énergie, qui signerait la disparition de nos sociétés organisées, le retour à la sauvagerie.

L'énergie est une drogue, nous en sommes dépendants. Lorsque l'énergie fait défaut nous sommes en état de manque, prêts à tout pour en retrouver auprès de n'importe quel dealer, nous sommes accros.

L'énergie était déjà vitale au temps de "La Guerre du feu", grand film de Jean-Jacques Annaud.

C'était vrai encore en 1917, lorsque Georges Clemenceau déclarait que « Désormais, pour les nations et pour les peuples, une goutte de pétrole a la valeur d’une goutte de sang ». Il exprimait ainsi que celui qui n’avait pas assez de pétrole perdrait la guerre en cours. Ce fut le cas.

C'est encore plus vrai aujourd’hui. Nous sommes de plus en plus nombreux, de moins en moins pauvres, nous consommons donc de plus en plus d'énergie, c'est mécanique. Économiser l'énergie est nécessaire, mais cela ne suffit pas, il faut aussi en produire plus pour répondre aux énormes besoins croissants des énormes foules croissantes des énormes pays pauvres et émergents.

 

L’énergie est le sang et la vie de nos sociétés populeuses ; du pétrole coule dans leurs veines, du 220 V court dans leurs nerfs.

Si l'énergie manque, nos sociétés organisées disparaîtront. La plupart des hommes aussi.

Énergie et réchauffement climatique

L'énergie est vitale, mais elle pose aussi problème : la consommation massive de combustibles fossiles émet d'énormes quantités de CO2 dans l'atmosphère, toujours croissantes.

évolution des émissions de CO2 dans le monde

 

Sources : The Global Carbon Project

Derrière ces émissions de CO2 le réchauffement climatique couvait. Encore imperceptible il y a peu de temps, il se manifeste clairement maintenant, les catastrophes annoncées sont devenues réalité : canicules, sécheresses, ouragans, inondations, etc., toutes dopées au réchauffement climatique.

réchauffement climatique, évolution des températures

 

Source : Température mondiale : les prévisions du Met Office pour 2016 (depuis 1880, projection pour 2016).

 

Il faut réagir, vite, c'est urgent [6-1].

Il est peut-être même déjà trop tard, car l'inertie du système climatique est grande. La durée de vie dans l'atmosphère du principal gaz à effet de serre, le CO2, est de plusieurs dizaines d'années. C'est-à-dire que le réchauffement climatique constaté ce soir ne vient pas du charbon que j'ai brûlé ce matin ; il vient du CO2 qui a déjà été émis depuis des années, qui se trouve encore dans l'atmosphère, en excès.

Si à partir d'aujourd'hui on ne consommait plus un seul gramme d'énergie fossile... l’effet serait le même que lorsqu’un supertanker lancé à pleine vitesse freine de ses supers quatre fers, ou que lorsque le Titanic tentait d'éviter l’iceberg : il n’y aurait pas d’effet ! Pas immédiatement, pas assez vite, trop tard ! Le Titanic a coulé, et pour les années à venir la messe climatique est déjà dite, les banquises sont cuites, il y aura réchauffement.

... [ ... ] ...

Les chercheurs prévoient une augmentation de + 1,1°C à + 6,4°C d’ici 2 100 [7]. 1 à 6°C, c’est peu ? … Il y a 20 000 ans, la température moyenne de la Terre était inférieure de 5°C seulement à ce qu’elle est aujourd’hui… ce qui a suffi pour recouvrir le Nord de l’Europe de 2 à 3 km de glace ! Et si ma température corporelle augmentait de seulement 4°C, je devrais m'en inquiéter sérieusement.

... [ ... ] ...

Sortir du réchauffement climatique - La fracture planétaire

L'ombre du réchauffement climatique commande de s'en préoccuper, de s'y opposer si c'est possible, ou de s'y adapter. Ceux qui ont survécu aux glaciations ne sont pas ceux qui ont tenté de s’y opposer, mais ceux qui se sont adaptés en inventant le manteau de fourrure.

Il faut réduire drastiquement les émissions anthropiques de CO2. Idéalement il faudrait consommer moins et remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables. Mais est-ce possible ? La sagesse commence par savoir distinguer entre ce qu’il est possible de changer, et ce qui ne l’est pas.

« Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre. » (Marc Aurèle - L’empereur-philosophe romain)

La sagesse de Marc Aurèle nous manque ; nous n'avons pas la sagesse de distinguer ce qui peut être changé de ce qui ne peut pas l'être, nous espérons encore pouvoir limiter le changement climatique avec quelques "petits gestes pour sauver la planète". Ce n'est pas sage, pas réaliste.

- Parce que nous sommes de plus en plus nombreux.

- Parce que des milliards de Terriens émergent et commencent à consommer, impatients de vivre dignement eux aussi [8].

- Parce que les pays déjà développés, les seuls qui pourraient faire des économies... promettent d'économiser... mais sans aucune réduction de leur train de vie ! Au contraire, ils implorent la croissance, comme des sorciers implorant la pluie.

- Parce que les éventuelles petites économies des petits pays développés ne compensent pas les énormes besoins de développement des énormes pays pauvres et émergents.

- Parce que les énergies renouvelables croissent, mais moins vite que la consommation de combustibles fossiles.

 

Il y aura donc réchauffement climatique. Les effets futurs n'en sont pas encore clairs, on l'a vu, mais dans le doute nous avons commencé petit à petit à nous en préoccuper. Évidemment nous appliquons la recette verte, celle qui est proposée partout, imposée par le tout-puissant lobby idéologique vert comme si elle était la seule possible : une sortie du nucléaire, une grosse louche d'énergies renouvelables, une petite cuillère d'économies d’énergie, une pincée d'économie circulaire, un train de vie différent mais pas moins de train de vie – et voilà ! L'avenir sera rose quand il sera vert. La recette est présentée avec une telle assurance, avec tant de verdeur, que nous sommes tentés de l'acheter sans garantie.

Mais… si ça ne marche pas, où est le service de réclamation, quel est le numéro vert des Verts ?

Et surtout : sera-t-il encore temps d'essayer une autre recette ?

La recette a l'apparence d'être bonne puisque la presse rapporte d'innombrables succès – des économies d'énergie ici, une initiative locale innovante là (même s'il reste à démontrer qu'elle est reproductible sans obstacle majeur), consommation locale, tri des déchets, éoliennes dans le vent, efficacité énergétique des moteurs, etc.

Mais ce battage médiatique autour d'expériences locales et d'actions de second ordre [9], même nombreuses, masque un échec dramatique : la même presse rapporte presque tous les jours maintenant les effets dévastateurs d'un réchauffement climatique global déjà engagé : sécheresses, canicules, inondations, incendies et ouragans catastrophiques... et les émissions de CO2 continuent à augmenter. Manifestement la recette ne fonctionne pas, il lui manque un ingrédient.

En effet, la recette oublie de tenir compte de la fracture planétaire qui sépare cinq milliards de personnes dans les pays pauvres et émergents d'un côté, et deux milliards de développés d'un autre côté. Les uns consomment trop, les autres pas encore assez, mais ils se développent.

Le fameux protocole de Kyoto (décembre 1997) ne les oubliait pas. Il demandait une réduction des émissions de CO2, c'était une bonne idée. Toutefois il le demandait seulement aux pays développés, c'était une autre bonne idée – on n’avait tout de même pas eu le mauvais goût de demander aux pauvres de rester pauvres et de ne pas se développer.

Le problème est que ces bonnes idées, toutes bonnes une par une, se télescopent. Comment réduire les émissions de CO2 quand cinq milliards de pauvres et émergents doivent se développer ? C'est la quadrature du cercle des bonnes idées.

« Le train de l'humanité et son panache de CO2, mais aussi le nombre de ses voyageurs qui augmente de 1,5 million d'âmes chaque semaine, accélère sa course. Depuis l'an 2000, les émissions de gaz à effet de serre par rapport à la décennie précédente ont triplé : de 1 % chaque année à 3,4 %. […]
Il s'agit de freiner en quelques minutes un train qui fonce vers l'abîme tout en changeant en pleine course le moteur et le carburant de la locomotive, mais aussi en improvisant de nouveaux brevets et des technologies alternatives. Le tout en convainquant les passagers confortablement installés sur leurs sièges que ce chambardement à froid est pour leur bien ! » « Des passagers qui ont encore la tête ailleurs, du côté de la crise économique et du chômage. » (Rendez-vous avec la planète - Le Nouvel Observateur, semaine du 03 décembre 2009, par Daniel Cohn-Bendit, Guillaume Malaurie, Vincent Jauvert)

Le maximum syndical

La plupart des conducteurs de locomotive ont bien compris qu'il y a un problème, qu’il n’est pas possible d’avoir le beurre et l'argent du beurre, d'avoir à la fois, croissance et progrès social et réduction des émissions de CO2. Mais il faut beaucoup de courage pour l'annoncer aux passagers du train ! D'autant plus qu'il faut aussi leur demander de payer d'avance, de débourser dès aujourd'hui l'argent du beurre de demain.

Les passagers de première classe (dans les pays développés essentiellement, ils sont deux milliards), ont bien compris eux aussi qu'il y a un problème, mais ils considèrent que c'est l’affaire du chauffeur de la locomotive, qu'il s'en débrouille seul ; eux-mêmes sont éventuellement disposés à aller jusqu'au maximum syndical écologique, qui est, comme chacun sait, de fermer le robinet lorsqu’on se brosse les dents ; mais pas au-delà.

Quant aux passagers de troisième classe (dans les pays qui émergent, ils sont bien plus nombreux, cinq milliards), ils s'activent avec une formidable énergie juvénile pour monter en seconde classe. La préoccupation première des pays émergents est d'émerger, elle n'est pas de réduire les émissions de CO2.

On a fait croire aux passagers de première classe, à l'encontre de tout ce qui est mesuré et prévisible, que le réchauffement climatique est soluble dans les énergies renouvelables ; ils sont maintenant persuadés que la solution existe, indolore pour eux (c'est important !). Il suffit que le chauffeur de la locomotive fasse les bonnes manœuvres pour développer ces énergies.

On verra ce qu'il en est vraiment de la capacité des énergies renouvelables – elle est très faible – ainsi que du vrai pouvoir et de la marge de manœuvre des chauffeurs de locomotive, c'est-à-dire des gouvernements – elle est très faible.

 



[1] Jules César aurait ramené un million d’esclaves de la Gaule conquise, réalisant ainsi une superbe opération commerciale.
Après la chute de Jérusalem et la fin de l’aventure franque en terre sainte, on déplora un effondrement, un krach du cours du chrétien. « L’homme, la femme et les enfants, dit le Livre des deux jardins, se vendirent à la criée en un seul lot. Le taux d’un prisonnier tomba à trois dinars à Damas. La dépréciation était telle qu’un fakir put échanger un captif contre une paire de sandales. »
[2] L’Empire romain a inventé les premières lois sur les énergies renouvelables et les économies d’énergie. Pour que les esclaves soient de l'énergie renouvelable il fut interdit de les castrer – c'était le minimum... Il fut également interdit de (trop) les maltraiter afin de les économiser.
[3] Les esclaves construisaient le Colisée pour que d'autres esclaves s'y entretuent pour divertir le peuple.
[4] La prospérité du vice – Daniel Cohen – Albin Michel
[5] « Philippe, toujours auguste, retenu alors quelques temps à Paris par les affaires de l'État, s'approcha d'une des fenêtres de son palais, où il se mettait ordinairement pour se distraire par la vue du cours de la Seine. Des chariots qui traversaient, en ce moment la Cité, ayant remué la boue, il s'en exhala une telle puanteur que le roi ne put y tenir. Dès lors, il forma le projet d'un travail bien ardu, mais nécessaire, et qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait osé entreprendre, à cause des grands frais et des difficultés que présentaient son exécution ; il convoqua les bourgeois et le prévôt de Paris, et, en vertu de son autorité royale, il leur ordonna de faire paver toutes les rues et places de la ville, avec de fortes et dures pierres. » (Chronique de l'abbaye de Saint-Denis)
[6] L'esclavage est interdit, c'est très récent.
En France depuis le 27 avril 1848, les esclaves sont devenus des hommes libres et égaux en droits.
[6-0] Les baleines ont été sauvées lorsque le gaz a remplacé l'huile de baleine pour l'éclairage. Naturellement, la nouveauté du gaz suscitait des craintes à l'époque, comme toujours les nouveautés ont suscité des craintes ; il est intéressant de savoir que la crainte était alors... d'une diminution de la chasse de la baleine : « L'éclairage par le gaz est aujourd'hui répandu à un tel point en Angleterre, pour les rues, les boutiques, les ateliers, les spectacles, les fabriques et les temples, que l'on a craint que cette invention, en diminuant l'usage de l'huile de baleine, ne nuisît aux pêcheries anglaises. » (Journal des savans (sic) - janvier 1817)
[6-1] Version Jacques Chirac : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »
Version Nicolas Hulot : « La planète est en train de devenir une étuve. »
Version Emmanuel Macron : « On est en train de perdre la bataille. » [ contre le réchauffement climatique] - « On ne va pas assez vite. »
[7] La fourchette est large car elle dépend d'incertitudes techniques, et surtout des incertitudes sur la capacité des hommes à changer de comportement. On en reparlera.
[8] Un exemple terre à terre de ce qu'il y a à faire :
« Dès son arrivée au pouvoir en mai 2014, M. Modi, nouveau premier ministre de l'Inde, avait fait de cet enjeu sanitaire l’une de ses priorités, promettant que tous les foyers indiens seraient dotés de toilettes d’ici à la fin de son mandat en 2019. On estime que plus de 550 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, pratiquent la défécation en plein air dans le pays, entraînant des problèmes de santé. » (L’« Inde propre », un défi sanitaire loin d’être gagné - journal Le Monde, 2016)
[9] Le tri des déchets de notre consommation est évidemment de second ordre par rapport à notre consommation globale. L'achat local de quelques légumes est évidemment de secon ordre par rapport à notre consommation globale. Et tout cela ne concerne qu'une partie de l'humanité, de second ordre maintenant, les pays développés.

 

 
 
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Par Pierre Yves Morvan-Ameslon
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Mise à jour : 20 juillet 2019