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L’illusion de l'homo-ecologicus-no-gaspillus

 

L’argent ne fait pas toujours le bonheur

 

*** [...] ***
Devenir économe ? C'est aussi difficile que s'arrêter de fumer pour un fumeur "accro". Nous sommes accros à la consommation, nous continuons à courir derrière l'argent, à consommer de plus en plus, alors que pourtant nous savons, tout le monde sait, on nous le répète, que le tabac tue et que ni la consommation ni l’argent ne font le bonheur. Ce n’est pas Diogène en son tonneau qui contredira ; ni Lao-Tseu, qui vers 600 av. J.C. disait déjà : « Celui qui sait se contenter de peu est toujours satisfait. » Ni Épicure qui conseillait d’avoir peu de désirs.
Lucrèce a joliment résumé : « Vivons content de peu car de ce peu jamais il n'y a disette. »
La Fontaine confirmait : « Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux. »
Même les chercheurs le disent. Leurs études mettent en évidence deux résultats.

- D’une part, elles montrent que l’argent, même un peu, aide réellement ceux qui sont démunis de tout.

argent, bonheur, indice de satisfaction et PIB, PIB

- Mais elles montrent aussi que pour ceux qui ont déjà satisfait les besoins essentiels – se nourrir, se soigner, se loger, s’habiller, se cultiver, élever et éduquer ses enfants, alors, l’argent ne fait plus le bonheur. Jean-Jacques Rousseau en avait eu une intuition claire : « Quiconque jouit de la santé et ne manque pas du nécessaire […] est assez riche […] Gens à coffres-forts, cherchez donc quelque autre emploi de votre opulence, car pour le plaisir elle n’est bonne à rien. ». On s’en doutait, maintenant c'est mesuré. Les enquêtes répétées depuis des années donnent sensiblement les mêmes résultats dans les pays développés : Le PIB augmente, mais l'indice de satisfaction des personnes interrogées ne progresse pas. L'argent n'est que "la fausse monnaie du bonheur". (Figure d'après La croissance rend-elle heureux ? La réponse des données subjectives. - Andrew Clark et Claudia - Senik - École d’Économie de Paris - 2007)

En résumé, "l’argent fait le bonheur des pauvres" ; mais il n'apporte aucune satisfaction durable aux "Gens à coffres-forts" ; ne pourraient-ils cesser de consommer encore plus, ou même consommer moins ?

Ermites du désert - ermites de ville

Cesser de consommer encore plus ? Consommer moins ? C'est possible assurent les militants. Par exemple ces moines ermites, des bienheureux qui vivent du vent du désert et de la rosée du matin. Mais ils sont rares aujourd'hui, c'est une espèce en voie de disparition, on n’en rencontre presque plus dans le désert.
Mais la relève existe : les ermites de ville, les écologistes eux-mêmes, les vrais. Leur vocation ne va pas jusqu'à l’ascèse surhumaine de saint François, leur saint patron [2], qui avait épousé « Madame la pauvreté », qui vécut de rien et mourut de jeûne et de privation – mais ils tentent de vivre eux aussi comme des moines, ou presque. Mais eux-aussi sont une espèce rare, ils sont trop peu nombreux pour changer l'avenir de la planète.
D'autant plus que ces ermites de ville ont un gros problème : convaincre leurs proches, leur conjoint, leurs enfants, leurs ados surtout !, de vivre eux aussi comme des moines – dans la joie et la bonne humeur ; ce n’est pas gagné ! En face il y a la concurrence du téléphone portable, des vêtements de marque, et du deux roues super-génial [3].

Le luxe de l’âge de pierre

Le commun des mortels, lui, n’est pas très sage ; il a plutôt des goûts de luxe, et pas seulement depuis hier  :
« Ce penchant [vers l'ornement et le luxe] existe. On le trouve dans l’enfance et la jeunesse de l’homme. Il prend une forme très commune, pour ne citer que celle-là, l’amour de la parure. Nous acquérons tous les jours, en fouillant le sol, qui nous découvre des objets destinés à l’ornement aux époques les plus reculées, la preuve que l’enfance et la jeunesse de l’humanité ont connu également le pouvoir de cet instinct. L’âge de la pierre a eu son luxe ! » (Histoire du luxe privé et public depuis l'antiquité jusqu'à nos jours – Baudrillart, Henri, 1821-1892)
D'ailleurs, l'histoire n'a pas connu de peuples méprisant le luxe.
Sauf les Mongols.
Gengis Khan a décrit son idéal d’herbe et de vent, un vrai manifeste de vrai écologiste :
« Je veux instaurer partout le calme d'un cimetière, ôter les villes du plateau de l'Univers, afin que s'étendent partout des steppes infinies où paîtront les chevaux mongols, où se dresseront des campements silencieux, où les mongoles aux poitrines pleines nourriront de leur lait des enfants forts et joyeux. »
Quant à Houlagou son petit-fils, lorsqu’il prit Bagdad en 1258, il fut choqué en découvrant les richesses du palais du calife. Pour convaincre le calife de la vanité de ce luxe, il le fit enfermer dans une pièce, avec tous ses immenses trésors.
Le calife mourut de faim, convaincu que l'argent ne fait pas le bonheur.
Contrairement aux Mongols, l'argent nous intéresse. Les employés ne cessent de demander des augmentations de salaire, les patrons ne cessent de les refuser. Imaginons que notre patron nous appelle dans son bureau et nous reçoive tout sourire :

- Je vous en prie, Monsieur LeChanceux, asseyez-vous, j'ai une excellente nouvelle à vous annoncer.

- Oui ?

- Je vous annonce que vous allez être augmenté.

- Ah ! Merci patron ; c'est sympa de votre part, mais ce n'est pas la peine ; j’ai justement relu Lucrèce hier soir, il m’a convaincu, je me contente de ce peu dont jamais il n'y a disette."

Le problème, c'est que l'on risque de vexer son patron, ce qui n’est jamais souhaitable. Peut-être même nous demandera-t-il, l’air inquiet, si nous allons bien, si nous ne sommes pas surmenés, si nous n’avons pas besoin d’aller voir un bon médecin… Parce qu’il faut bien le reconnaître, l’idée de refuser un pouvoir d’achat supplémentaire est tout simplement suspecte ; c’est un signe d’anomalie, de dérèglement, de maladie – même si ce n’est pas encore pris en charge par la sécurité sociale. Toutes ces belles paroles, de sages, de saints, de militants… s’appliquent aux sages, aux saints, aux militants, mais pas au commun des mortels comme nous. Nous ne sommes pas encore prêts à cocufier saint François, en le trompant avec « Madame la pauvreté », son épouse spirituelle.
Nous voulons tous être riches. Pire encore : nous voulons être plus riches ; parce qu’en réalité, ce qui nous satisfait vraiment, ce n'est pas la richesse en soi, dans l'absolu ; c’est de voir notre "richesse" croître, même lorsqu'elle est déjà suffisante. Et c'est plus jouissif encore si elle croît plus que celle du collègue ou du voisin.

« Être heureux, c’est gagner dix dollars de plus que son beau-frère. »
« Mieux vaut vivre dans un pays pauvre qui s’enrichit (vite) que dans un pays (déjà) riche et qui stagne [4]. » (Daniel Cohen dans La prospérité du vice)

Mais lorsque notre richesse croît, nous nous habituons très vite à notre nouveau train de vie, et très vite nous souhaitons à nouveau plus de richesse. L'argent et le bonheur, c'est une histoire de tapis roulant pris à l'envers  on croit avancer, mais le tapis roulant de nos envies nous ramène sans cesse en arrière. C'est une histoire de drogue  plus nous sommes riches, plus nous nous accoutumons, plus nous avons besoin de dose plus forte.
Nous sommes shootés à la croissance.

L'illusion de l’éducation et des règlements

La solution pourrait être l’éducation des jeunes, soupirent tristement ceux qui sont conscients qu’en ce qui concerne les adultes, la bataille est déjà perdue.

[  ...  ]

 



[2] Il faut un saint patron pour toute corporation. Une nouvelle corporation, étant apparue, celle des écologistes, l’Église catholique romaine a donc très naturellement entrepris de désigner un saint patron de l’écologie. Naturellement, parmi les nominés il y avait saint François d’Assise, celui qui parlait aux oiseaux et aux loups. 
Il y avait également Harpagon, celui qui faisait beaucoup d’économies.
  Et le gagnant est … (suspense…)   Saint François d’Assise ! ! ! (Applaudissements) 
En 1979, Jean Paul II proclama saint François d’Assise patron céleste des écologistes.
[3] Les ados ! Ce fut le grand problème d’Harpagon, champion des économies de consommation, écologiste émérite avant l’heure : il avait des enfants adolescents, qui voulaient bêtement vivre, consommer, s'éclater, comme les autres enfants du siècle.
[4] Selon un sondage BVA-Gallup International de janvier 2011, les Français sont plus pessimistes quant à l’avenir que les Afghans ou les Irakiens – qui pourtant vivent au milieu des attentats et des bombes ; ils ne peuvent donc qu’imaginer un avenir meilleur. 

 

 

argent bonheur

 

 

L'écologie a inventé cette belle idée :
"Respectons la nature autant que les hommes."
Respectons aussi les hommes, autant que la nature.


Par Pierre Yves Morvan-Ameslon
Écolo sensible, mais pas écolo-rêveur.


Les pages de ce site s'inspirent du livre :
Écologie et environnement - Mythes et réalité

 

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Le livre est disponible en version numérique :

- Format Kindle : Écologie et environnement - Mythes et réalité

- Format E-pub : ici

Les fichiers numériques peuvent être lus sur PC, iPhone, iPad... via des applications Amazon ou Google télécheargeables gratuitement.
Ils peuvent également être lu sur des liseuses de livres électroniques (ebooks).
Le livre "Transition énergétique et changement climatique" (format Kindle seulement), est un sous-ensemble du livre complet, "Écologie, environnement... Mythes et réalité".


Du même auteur :

Dieu est-il un gaucher qui joue aux dés ?
Histoire drôle, mais vraie, de la découverte de l’univers, et des environs

Éditions l’Harmattan.
ISBN : 2-7475-2507-4 • 2002 • 512 pages
Découverte de l'univers... et des environs


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Présentation rapide

Il faut sauver la planète ! Les hommes aussi.
Ce sont les thèmes que ce livre aborde ; avec réalisme, c'est pourquoi les écologistes-rêveurs le détesteront.

Le temps où il n'y avait que quelques rares bons sauvages cueillant une poignée de baies dans la forêt, est fini. Une poignée de baies, ça va, sept milliards de poignées de baies, bonjour les dégâts ! Le monde ne peut plus être du même vert d'avant, avec seulement les rayons du soleil pour nous réchauffer, les petits oiseaux pour nous enchanter, des baies bio pour nous régaler. La petite maison dans la prairie c'est le passé, à jamais. Il faut s'adapter.

S'adapter, c'est ne pas gaspiller les baies, économiser l'énergie, et autres "petits gestes pour sauver la planète". Mais cela ne suffit pas ! Il faut aussi produire plus de baies, augmenter encore les rendements sur des terres de plus en plus rares, et produire encore plus d'énergie ; pour répondre aux énormes besoins des énormes foules des énormes pays pauvres et émergents.

Les hommes ont déjà su s'adapter. Ils ont inventé l'agriculture, développé la formidable énergie des machines, fait la révolution verte ; une partie de l'humanité peut ainsi vivre sereinement, enfin.
Sept milliards de Terriens déjà, neuf milliards bientôt, ce sont neuf milliards d'obligations d'inventer encore, avec précaution bien entendu, dans le respect de l'environnement bien entendu – mais sans frilosité passéiste.



 

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Mise à jour : 07 janvier 2017

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